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Religion

  • "Marche pour la vie" : interdiction de couper les choux !

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    Jusqu’à l’âge de onze ans, j’ai cru dur comme fer que, dans la nuit du 5 décembre, un vieux monsieur déguisé en évêque, avec mitre, crosse et tout le saint tremblement, accompagné de son âne et d’un esclave africain, s’introduisaient chez moi par un conduit de cheminée mesurant à tout casser trente centimètres sur vingt. Qu’ils déplaçaient, en plus, une cuisinière de marque Ciney d’une demi-tonne, et bourrée de charbon rougeoyant, pour pouvoir m’apporter des jouets, des mandarines et des bonbons. Comment faisaient-ils pour remonter en ayant replacé le poêle ? C’était ça le vrai miracle !
    Plus tard, au catéchisme, un autre monsieur, déguisé en veuve calabraise, m’a assuré que c’est un volatile à visage humain nommé Gabriel qui avait envoyé un pigeon (que j’étais) appelé saint Tesprit (qui croyait prendre) pour cocufier un charpentier de Nazareth et faire ainsi un fils à dieu, et par la même occasion à une brave fille qui, non seulement resterait vierge, mais garderait le nom toute sa vie. Vie d’ailleurs qu’elle passerait à revenir sur terre après sa mort pour dire aux autres pigeons qu’elle était toujours immaculée ! Soit. Mais pendant tout ce temps, ma grand-mère m’assurait que les enfants ça naissait dans les choux… Schizophrène moi ? Meuh non… Mais j’allais quand même traîner souvent dans le jardin… au cas où… On ne sait jamais !
    Re-soit ! Mais bon, saint Nicolas cela n’a duré que jusqu’à mes onze ans, et pour le reste Marie, Jésus, Joseph, j’eus vite compris, avec l’aide de mes copains, que Gabriel s’appelait en fait Zizi et que c’était pas des trucs à faire sinon « on était obligé de se marier ».
    Et vl’la t’y pas que dimanche au JT je tombe sur un cortège (une procession mariale ?) constituée de gens qui continuent de croire dur comme fer que Gabriel, saint Tesprit et donc Dieu sont les papas de Jésus, et donc que mama Marie a toujours un hymen non perforé, et qui manifestent contre une loi qui a été votée quand la plupart n’étaient même pas encore nés. Des gens qui croient que Darwin a créé le monde en sept jours, et sans heures sup !
    Et qu’est-ce qu’ils veulent imposer à toutes ces gens-là ?
    Eh ben, ils veulent interdire que l’on coupe les choux fraîchement repiqués. Rien de moins, rien de plus !
    Ben ouais, le raccourci est saisissant. Mais c’est ça. Quand on croit au surnaturel au point d’en faire une règle stricte de vie quotidienne, on en arrive à extrapoler ses croyances au point d’en perdre la raison. Vous verrez, ce seront les mêmes qui bientôt nous obligeront à « étourdir » les huitres avant ouverture. Les mêmes qui proposeront, si on les laisse se reproduire sans capote, le port obligatoire du triangle rose pour les « sexuellement orientés différemment ». Les mêmes qui remettront Zola à l’index. Les mêmes qui n’osent pas écrire « vierge » sans le « i », du moins avant le mariage.
    Ceux-là mêmes qui fustigent les musulmans pour cause d'
    intégrisme !

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  • Plus c'est simple et plus c'est gros, et plus ça passe.

    Les religions et l’extrême droite actuelle ont plusieurs points communs.

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    La foi sans les preuves d’abord. 
     
    Des politiques dont la principale activité a été, jusqu’ici, de se faire élire sur base de messages simplistes visant uniquement à décrédibiliser les « autres ». Sans avoir prouvé leur réelle efficacité.
    Idem pour la religion. Cela fait plus de deux mille ans qu’elle nous promet la vie éternelle après la mort. Et la résurrection des corps au jugement dernier. Et cela sans autres preuves que des bouquins relatant des promesses prononcées aussi il y a vingt siècles. Ou des miracles souvent sulfureux.
    Donc, croyez, ne pensez pas. 
     
    Le rejet et l’intolérance.
     
    Le manque de respect de la religion pour les autres croyances n’est plus à démontrer. Demandez aux Andiens d’Amérique, aux tribus africaines, que nos colons (Christophe ou pas) ont missionnarisées à outrance. Sûrs du bon droit que leur prodiguait leur foi. Non seulement la religion a détruit pour s'implanter, mais à tué pour se maintenir. 
    Les racistes anti-migrants d’aujourd’hui ressortent leur christianisme non pratiqué pour justifier leur peur et leur repli. « Sauvez notre crèche ! » . Sous-entendu… bientôt ils prieront leur dieu dans toutes les églises que nous avons désertées. 
    L’extrême droite prend le relais de ces peurs pour y ajouter des solutions radicales et simplistes : « Stop à l’entrée ! Et dehors pour ceux qui sont entrés ». Et tout ira mieux entre nous, dans notre meilleur des mondes où nous ne partagerons qu’entre-nous. En attendant… nous savons par expérience que les régimes totalitaires ont détruit pour s'implanter, et ont tué pour se maintenir.
     
    Le grappin sur la misère.
     
    La religion se diffuse mieux dans un corps faible, malade, et désespéré. Il suffit de voir la vivacité de la foi dans les pays pauvres. Où cependant, la culture chrétienne n’a pas toujours réussi à imposer ses propres superstitions face à celles des croyances primitives. Et quand il lui arrive de rassembler une élite (Manif pour tous) c’est pour s’opposer au progressisme humaniste et éclairé d’une société.
    Partout, l’extrême droite racole les laissés économiquement pour compte. Ou ceux à qui elle fait croire qu’ils risquent de le devenir. Et là, elle se sert souvent du conservatisme de la religion pour justifier son propos.
     
    La haine des intellectuels et de la raison.
     
    Religion et extrême droite n’ayant pas de preuves à fournir, elles remplacent l’information par la propagande. L’étouffement de certaines vérités pour la première et le mensonge pour la seconde .
    Mais cette maladie est contagieuse au plus haut point. Profitant de ce climat où le peuple est prêt à croire tout ce qui n’est pas compliqué, d’autres politiques au vernis plus démocratique, sont tentés par la méthode à succès du repli identitaire à la sauce patriotique. Et du « tout ira mieux sans les autres ». Vague, très vague programme. Si la solution était si simple il y a longtemps que la formule aurait réussi.
     
    Face à cela, et vu les échéances et les heures des choix qui se rapprochent, il reste aux femmes et hommes de bonne volonté de devenir, chacun à leur niveau, et au quotidien, des petits lanceurs d’alerte. Incitant les gens, et leurs amis d'abord, à se méfier de ces faux messies qui nous promettent la lune à défaut d’une terre vivable. Pour tous et pour chacun. Que 2017 vous soit la plus heureuse et la plus laïque possible.
  • Les nonnes de Rome

     

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    Paradoxal ces nonnes italiennes qui se mettent en prière et qui manifestent pour défendre ce qu'elles ont refusé de fonder : une famille. Pour empêcher aussi la possibilité des "mères porteuses" alors qu'elles vénèrent chaque jour la première de toutes. Pour empêcher, enfin, tout ce qui est "contre nature" alors qu'elles se forcent au célibat. Ayez pitié car elles ne savent ce qu'elles font.
    Pour rappel, une vielle blague : les femmes qui pratiquent l'insémination "in vitro" sont des vierges fioles.

  • Attentat : 106 vicitimes

     

     

     

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    NDLR : Le nombre de victimes aurait pu être plus lourd si certains, par un réflexe salvateur, n'avaient eu l'absence d'esprit de détourner le regard in extremis. Une cellule spéciale "soutiens" s'est chargée du nettoyage des lieux du carnage.

     

     

  • Le temps de la spiritualité

    Une anesthésiste du Centre de la douleur du CHU de Liège m'a dit un jour : "La médecine actuelle privilégie trop les interventions lourdes au détriment des solutions plus psychologiques."

    Mon homéopathe, pour sa part, comparait son art à celui des médecins allopathes : " Pour ouvrir une porte, ils l'enfoncent. Et le chambranle, ainsi que des morceaux de mur s'en vont avec. Dégâts dont la réparation nécessitera d'autres médicaments et ainsi de suite. L'homéopathie se résume à chercher où se trouve la petite clé qui permettra d'entrouvrir la porte."

    Ces réflexions me font penser à la situation de peur que certains essaient de nous imposer. Et la réponse émocratique est automatique, comme les armes du même nom : la guerre. "Qu'un sang impur abreuve nos sillons !"

    Tâlââââm ! On va irradier cette putain de tumeur ! Et si ça suffit pas on va la chimiothérapier. Et mourira bien qui mourira le dernier !

    Et les métastases de répondre : "Plus con que ça tu meurs !"

     

    Certes il est des mesures que l'urgence nous impose. Mais, parallèlement, n'est-ce pas aussi le temps venu de la réflexion.

    Mon quotidien préféré semble avoir pris ce virage, en même temps que de la distance. Témoin ce remarquable texte demandé au philosophe Abdenmour Bidar.

    Puissent tous les citoyens de bonne volonté se donner la peine -et la joie- de le lire.

    Notre monde a en effet aujourd'hui plus besoin de spiritualité que de religions.

     

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    "Suite aux attentats effroyables de Paris, il y a un piège dans lequel nous ne devons pas tomber : la stratégie claire de Daesh est de provoquer le chaos dans la société française en alimentant la peur, qui va nourrir le vote d’extrême droite. Au-delà, c’est le risque que partout en Europe ces attentats aggravent encore la suspicion et le rejet à l’égard de nos concitoyens musulmans en provoquant une flambée de l’intolérance et de la haine. Car en France aujourd’hui, et dans bien d’autres pays européens, se creuse dramatiquement le fossé d’incompréhension entre les musulmans et les autres : d’un côté une véritable allergie se répand à l’égard d’une religion perçue comme violente et agressive, de l’autre se propage le sentiment d’être toujours plus « montrés du doigt », stigmatisés. Le rejet n’en finit plus de monter des deux côtés : les uns rejettent, les autres se sentent rejetés. Voilà le mécanisme, l’engrenage maudit, qui pourrait dresser demain nos populations les unes contre les autres. Face à cela, nous devons avoir un sursaut de lucidité collective : être capables de comprendre le piège à temps, et l’éviter tous ensemble, non musulmans et musulmans unis, avant que ne se déclenche son mécanisme de désastre sur les plans social et politique.

    Au bord de ce péril, les réactions des musulmans eux-mêmes qui expriment leur dénonciation de Daesh sont nécessaires et salutaires, indispensables pour faire diminuer la suspicion à l’égard de l’islam. Mais c’est insuffisant. Tragiquement insuffisant. Il ne suffit plus de dire « ne faisons pas l’amalgame entre islam et islamisme » . Les musulmans du monde entier doivent passer du réflexe de l’autodéfense à la responsabilité de l’autocritique. Car comme le dit le proverbe français, « le ver est dans le fruit » : ce n’est pas seulement le terrorisme djihadiste qui nous envoie de mauvais signaux en provenance de cette civilisation et culture musulmane, mais l’état général de celle-ci. Voilà en effet une culture tout entière qui est menacée par la régression vers l’obscurantisme, le dogmatisme, le néoconservatisme, le rigorisme incapable de s’adapter au présent et aux différents contextes de société… et qui, c’est le comble, parle parfois de liberté de conscience pour réclamer le droit de donner libre cours à sa radicalité, ou pour faire valoir publiquement ses « principes éternels » , sa « loi divine intangible et indiscutable » , comme si quelque chose pouvait et devait échapper aussi bien à la marche de l’histoire et à la volonté des hommes !

    La nostalgie de l’âge d’or ne vaut guère mieux que l’islam pur des salafistes

    De plus en plus de musulmans prennent conscience qu’il y a là un cancer interne de civilisation gravissime, un cancer qui se généralise à grande vitesse et face auquel les courants progressistes reculent. Un cancer face auquel les musulmans lucides souffrent de voir leur religion ainsi dégénérer. Qu’ils ne se laissent pas paralyser par leur sentiment d’impuissance ! L’optimisme est une responsabilité. Quand on agit, il n’y a plus de place pour la peur et le désespoir. La tâche est qu’il faut tout faire, chacun à son niveau, chacun avec ses moyens, pour régénérer, réinventer, métamorphoser cette culture spirituelle en perdition. Et pour cela, la première chose à comprendre est qu’il faut arrêter de dire seulement « le vrai islam ce n’est pas cela », « cet obscurantisme ce n’est pas l’islam de mes grands-parents, de mon village, ou des âges d’or de l’islam, comme l’Espagne andalouse » . Ce type de nostalgie ne vaut guère mieux face à la gravité du présent que la solution des salafistes qui veulent revenir à un «islam originel », à un « islam pur ». Rien de plus stérile que de vouloir fabriquer du futur avec le passé ! Rien de plus dangereux que de vouloir faire triompher la « pureté » de quoi que ce soit : ce fantasme de « pureté » passe toujours, l’histoire nous l’a enseigné, par la « purification totalitaire » de tout ce qui n’est pas conforme au modèle !

    Pour dire cela, combien sommes-nous ? D’intellectuels de culture musulmane ? De philosophes critiques ? De consciences engagées ? Dès aujourd’hui, il faut que du côté musulman, les voix de la transformation soient beaucoup plus nombreuses et puissantes. Et que nous entendions dans ce concert la voix de plus de théologiens ou d’imams, bien qu’en tant que philosophe, je suis toujours très prudent avec les « clercs éclairés » : même ouvert d’esprit jusqu’à un certain point, le savant ou le chef religieux reste un « maître de religion » attaché au noyau du dogme, et face auquel toute conscience doit garder farouchement sa vigilance et sa liberté. La responsabilité des musulmanes et de musulmans dans nos sociétés européennes ? Elles et ils doivent s’engager massivement, pas seulement en tant que croyants de telle religion, mais en tant que citoyens qui participent au progrès moral et social général, à la reconstruction, ici, en Europe de sociétés plus justes, plus fraternelles. Contre le libéralisme sauvage, contre les inégalités entre riches et pauvres, contre le matérialisme anti-spirituel de nos sociétés. C’est en participant à tous ces combats que les musulmans d’Europe pourront affirmer une voix propre, et peut-être construire le modèle d’une autre identification à la culture musulmane – non plus repliée sur elle-même, sur la défense de son identité et de ses intérêts, mais ouverte et engagée dans une logique de contribution au bien collectif.

    La mère de toutes les crises : celle du spirituel

    Comme toujours, l’intellectuel est en première ligne, il doit monter au front des idées, des propositions, de l’ouverture de nouveaux horizons de sens et de société. Il doit porter un projet de civilisation nouveau face à la « fin des idéologies » et au « désenchantement du monde » où nous sommes tombés en Occident. A partir de ma double culture française et musulmane, j’essaie d’expliquer que nous sommes tous maintenant, musulmans et occidentaux, et la planète entière avec nous, confrontés à une immense question qui fait son grand retour au milieu du monde humain : la question du sacré. Voilà le défi du siècle qui s’ouvre. Il nous renvoie non pas à la crise écologique, ni aux crises financières ou politiques, ni aux crises géopolitiques, mais à la mère de toutes les crises : celle du spirituel. Quelle vie spirituelle pour l’humanité, à l’heure où tout entière elle essaie de se rassembler dans la mondialisation ? A l’heure où elle cherche un « projet de civilisation » qui ne soit pas seulement politique et économique, mais qui nous permette de devenir plus humains ?

    Voilà le défi qui se cache encore derrière tous les autres – et que nos grands médias, nos classes politiques n’ont pas encore eu la lucidité de voir alors même que beaucoup de consciences ont déjà compris que, comme l’avait dit André Malraux, « le XXI e siècle sera spirituel ou ne sera pas » . Daesh ? L’islamisme radical ? Oui, c’est l’urgence, mais c’est une goutte d’eau dans l’immense tâche qui nous incombe aujourd’hui : sortir enfin des guerres de religion, sortir enfin du conflit immémorial entre les formes du sacré, pour aller ensemble vers un sacré partageable entre toutes les cultures, toutes les civilisations. Mais où est-il ce sacré partageable qui créerait l’unité spirituelle entre nous, sans abolir la diversité de nos croyances ? C’est l’axe de tous mes travaux depuis des années. Sans relâche, j’essaye de dessiner, d’esquisser les formes de ce sacré partageable – je m’y consacre à partir de l’intuition qu’il s’établira sur une vision de l’être humain, un humanisme complètement réinventé à partir de tous nos héritages d’Orient et d’Occident, critiqués et mis en mutation créatrice.

    Vivre reliés

    En vue de cet objectif élevé d’un sacré partageable qui soit un juge de paix nous évitant de nous battre, je demande solennellement aux musulmanes et aux musulmans européens de ne pas rester de leur côté, de ne pas céder à la tentation de se replier sur eux-mêmes dans la défense exclusive de leurs intérêts propres. Qu’ils répondent à la suspicion par l’ouverture. Qu’ils répondent au rejet par la contribution. Qu’ils répondent au mal par le bien, comme le conseille le Coran (41, 34). Qu’ils regagnent le respect et la considération de tous en s’associant intellectuellement et humainement, partout où c’est possible à tous ceux qui refusent un monde égoïste où l’on vit séparés en communautés et en tribus. Qu’ils regagnent l’estime générale en unissant leurs efforts à tous ceux qui refusent aussi bien un monde matérialiste, sans spiritualité, qu’un univers où telle religion domine tout, sans laisser à chacun sa liberté de conscience.

    Contre cela, cherchons ce sacré partageable que j’évoque ici à l’horizon de nos sociétés. Il commence là. Dans la lutte pour une fraternité sans frontières, qui travaille aussi bien à réduire les inégalités sociales qu’à combler les distances, les « coexistences » sans mélange, les fossés d’incompréhension, le choc des ignorances, des rejets et des peurs, entre les cultures et les croyances. Quand je parle du sacré et du spirituel, son sens est très simple : il surgit de cette fraternité qui crée du lien et qui fait grandir en humanité. Plus largement, vivre spirituellement, c’est vivre relié : à soi, aux autres, à la nature et à l’univers. Nos individualités étouffent et meurent lorsque ces liens sont rompus ou endommagés – soit par une vie superficielle où l’on n’écoute plus sa voix intérieure, soit par une vie égoïste et indifférente à l’autre, soit encore par une vie loin d’une nature qui nous enseigne la façon sublime dont toujours la vie triomphe de la mort. Daesh ? J’y insiste : sa seule force est de profiter de nos faiblesses. Si nous persistons à vivre en régime de « déliaison du monde », où la qualité de ce triple lien à soi, à autrui, à la nature, reste si mauvaise, alors le néant, le nihilisme, de Daesh viendra comme un poison s’infiltrer dans toutes nos brèches, dans toutes les blessures de nos liens. Travaillons à nous relier, resserrons nos liens, tous nos liens de sens et de fraternité, et Daesh n’aura pas pour nous diviser le passage d’une seule petite faille. Retissons les liens de fraternité avec nous-mêmes, avec les autres, avec la nature et l’univers. Respiritualisons le monde et nous aurons une chance de le guérir de ses souffrances."

    (Abdenmour Bidar, in "Le Soir; 19/11/2015)

  • Vaisselle de fête

     

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    (Illustration : Leo Sallustio)

    Hier ils étaient là, autour de la table. Et leurs verres étaient pleins.
    Et leurs rires étaient clairs. Comme leurs yeux et nos souvenirs.

    Aujourd'hui, c'est la vaisselle de la fête.
    Un moment précieux.
    Un à un leurs verres passent par mes mains.
    Et je me souviens de ce qu'ils ont ri en les vidant.
    Et je me souviens de ce qu'ils disaient d'une gorgée à l'autre.
    Et je me refais une fête. Dans ma tête. Plus intime.
    Plus infime.

    L'iPod est sur son socle. Et Souchon susurre .

    "Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Tant de processions, tant de têtes inclinées
    Tant de capuchons tant de peurs souhaitées
    Tant de démagogues de temples de synagogues
    Tant de mains pressées, de prières empressées

    Tant d'angélus
    Ding Qui résonnent
    Et si en plus Ding
    Y'a personne"

    D'abord, les verres à bulles de l'apéro.
    Flûtes fragiles, cadeau de mariage de la cousine de Fosses.
    Là leurs mots aussi se sont mis à pétiller.
    Je leur avais fumé du magret.
    Et ils aimaient.
    En se demandant des nouvelles de leurs petits bobos.

    Et Souchon en remet une :"Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Il y a tant de torpeurs
    De musiques antalgiques
    Tant d'anti-douleurs dans ces jolis cantiques
    Il y a tant de questions et tant de mystères
    Tant de compassions et tant de révolvers

    Tant d'angélus Ding
    Qui résonnent
    Et si en plus Ding
    Y'a personne"

    Au tour des verres à blanc qui escortaient l'entrée.
    Moins précieux. Plus râblés.
    Ils parlaient retsina en buvant sauvignon.
    Ils ont tsiprassé beaucoup, et podemossé un brin.
    Et le gaspaccho aux amandes nous a ramené
    à nos vingt ans, en '68.
    Dans une Catalogne sans Costa Brava.

    "Barouh hachem, Inch Allah
    Are Krishhna, Alléluia

    Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Si toutes les balles traçantes
    Toutes les armes de poing
    Toutes les femmes ignorantes
    Ces enfants orphelins
    Si ces vies qui chavirent
    Ces yeux mouillés
    Ce n'était que le vieux plaisir
    De zigouiller

    Et l'angélus Ding
    Qui résonne
    Et si en plus Ding
    Y'a personne"

    Une couche de lie aubergine tapisse un grand verre INAO.
    Je sais qui a eu la dernière goutte de ce vieux flacon.
    Les boulets sauce lapin de la mère Michelle étaient déjà un goûteux souvenir
    quand il a prononcé le mot "dieu".Juste pour dire :
    "Dieu que c'était bon ! Le petit Jésus en culottes de velours !"
    C'est à ce moment qu'ils ont commencé à mécréer.
    Et que la Sixtine a tremblé quand leurs saintetés se sont retournées dans leurs tombes. Plusieurs fois.
    Et qu'un autre bouchon à quitté son goulot pour toujours.

    Les verres tintinabullent sur le plateau qui les mène au repos.
    Jusqu'à l'armoire de grand-mère.
    Jusqu'à la prochaine.
    Petite musique d'après.
    Mélodie de générique de fin d'un diem bien carpé.

    Et l'iPod sur son socle.
    Brassens attaque : "Mourir pour des idées d'accord, mais de mort len-en-en-te…"

    Et moi, j'attaque les casseroles.

  • Crise de foi et stylo à bile

    Si l'on ne peut pas se moquer des malades mentaux, il est normal qu'il soit interdit de se moquer des intégristes.

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    Dans une étude menée par L.F. Richardson (Collected Papers, Cambridge University Press, 1998), portant sur plus de 3154 guerres, analysées sur une période de 150 ans, aucune cause déterminante des conflits n'a pu être dégagée.
    Ni les barrières linguistiques, ni les différences ethniques, ni les indicateurs économiques n'ont pu être établis comme lien probant avec l'apparition des conflits armés.
    " Le seul facteur ayant une connotation détectable avec la guerre est la religion. Dans l'ensemble des données analysées, les nations qui diffèrent par leur religion sont celles qui entrent le plus souvent en conflit."
    Tant que les croyants seront persuadés de la supériorité que le confère leur dieu aucune paix ne sera possible.

    Une anecdote en passant.
    Chez Delhaize, mon épouse, rencontre une ancienne voisine.
    La cinquantaine, élevée par un père et une mère hyperactifs dans la paroisse.
    Elle termine l'échange de banalités de circonstance par un "A la grâce de Dieu !".
    Auquel ma femme répond par un : "Oh ! Celui-là, encore faudrait-il qu'il existe !".
    La voisine horrifio-livide : "Comment ! Tu n'es pas croyante ! Alors, tu pourrais me tuer. Là tout de suite. Et ça ne te ferait rien ! Ma pauvre, je te plains..." (sic).
    Et elle a tourné les talons, comme l'étalon devant une jument lesbienne.
    (Oui, c'est osé, mais je n'allais quand même pas écrire "Comme si elle avait vu le diable", puisque Satan, elle le voit déjà partout. (Non je n'ai pas dit "partouze" !) .
    Depuis,  chaque fois qu'elle aperçoit la mère de mes enfants, elle prend la tangente en regardant ailleurs.
    Et oui, cela existe.

    « Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions.
    En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme et l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré... » (1)

    Dans ce "Traité d'athéologie", Michel Onfray va même jusqu'à prôner un athéisme militant. Il y descend en flammes l'agnosticisme.
    Faut-il vraiment que les athées deviennent les djiadistes de la raison ?

    Il est un amalgame premier : croyant et religieux.
    Qu'un agnostique admette en toute humilité ne pas être en possession de tous les éléments lui permettant de croire en l'existence d'une puissance suprême et originelle, soit.
    Mais que l'on fusionne cette énergie, qui aurait créé tout ce qui était nécessaire au déclenchement du "Big Bang", à un quelconque dieu unique, être parfait et (ir)responsable de toute l'évolution qui a suivi, il y a le fossé entre "foi pure" et religion.
    Ce qui fait qu'il y a donc deux types de croyants et autant d'agnostiques.
    Un catholique qui doute ne serait pas un agnostique premier.

    Si l'affaire Charlie pouvait seulement avoir donné aux croyants une seule petite occasion de réfléchir sur leur religion...

    Combien de chrétiens savent qu'ils étaient juifs avant l'arrivée de Jésus ?
    Combien de musulmans savent que lorsqu'ils vont prier à la mosquée des Omeyades à Damas ils se prosternent devant la relique de la tête de Jean le Baptiste, cousin de Jésus, icône des croisés ?
    Combien de juifs admettent que leur dieu est un dieu de colère dont le christianisme a adouci les traits ?

    La plupart des habitants de cette planète en danger(s) humain et climatique devraient réfléchir à leur religiosité avant de s'affirmer dans un camp ou dans un autre.

    Si l'on ne croit pas à la transubtantiation, au fait que le pain et le vin deviennent "matériellement" le corps du Christ lors de la consécration.
    Si l'on ne croit pas non plus à la résurrection "matérielle" des corps après un ultime jugement. Si l'on ne croit pas fermement à ces "deux" piliers, alors, circulez y a rien à croire.

    Quelle différence entre croire qu'un évêque, son ramoneur, sa hotte et son âne puissent pénétrer pas la cheminée d'un appartement chauffé à l'énergie solaire pour déposer des jouets dans de petits souliers, et croire que du pain et du vin se transforment en chair et en sang chaque matin dans toutes les églises du monde ?
    Si vous dites que vous croyez à la première proposition et que vous avez plus de douze ans, on vous envoie chez un psy. Quant à la seconde, interdit de s'en moquer. Au nom de quoi ?

    Mais comment s'attaquer à ses pratiques irrationnelles sans blesser les personnes, parfois fort aimables et admirables, qui s'y adonnent ?
    Comment entretenir une relation honnête et durable avec une personne qui croit en ces "choses surnaturelles" et qui, dans le même temps, condamne l'homosexualité au nom du "contre-nature" ? Comment faire confiance à un scientifique qui communie ? A un médecin qui vous dit qu'une petit prière ne vous ferait pas de tort de temps en temps (sic) ?

    Oui, comment ?

    (1)  Michel Onfray, extrait du Traité d'athéologie, 2005, Grasset.

  • Mauvaise foi

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    Rêve pas tout à fait éveillé :

    et si une bonne fois on baquait la mauvaise foi ? Pas gagné quand on entend Moureaux au JT, Al Hassad Junior sur France 2 et les élus MR wallons qui défendent les exactions de leurs frères de sang (bleu) au fédéral. Sans parler de Bart De Wever à propos des syndicats. Mais lui, il est hors-concours depuis longtemps.
    Tiens, en parlant de foi. On reparle de la sculpture de Jef Lambeaux à propos d'un spectacle qui est présenté à Mons 2015 : "Les passions humaines". Ce marbre monumental, commandé au sculpteur par Léopold Two himself et abrité par un pavillon (fermé au public) dessiné par Victor Horta (himself aussi), se trouve au parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Mais vu son sujet "osé" on l'a soustrait aux yeux chastes du public. Mieux, le roi Baudouin (toujours himself) a vendu, en son temps, le terrain à l'Arabie Saoudite afin qu'on y construise la grande mosquée de Bruxelles. Qui (herself) procure un ombrage camouflant l'impudique chef-d'œuvre. Comme quoi la dernière mauvaise foi n'est pas toujours la bonne.

  • Don Leonardo

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    Cost, dans Le Soir du 7 avril 2015.

     

    - Don Leonardo !
    - Oui, qui le demande ?
    - C'est moi "letreshaut.com".
    - Qui ?
    - Ton Arobaas, quoi ! Arrête de faire l'idiot, t'es jamais marrant. Ou alors au troisième degré sur l'échelle de Pilate.
    - Qu'est-ce qu'il y a encore ?
    - T'as pas pu t'empêcher hein ?
    - ... ?
    - Dimanche, il a fallu que tu leur gâches leur fête du très saint Peers, et en mentant en plus ! .
    " Le petit enfant dans le sein maternel peut bien tenter, pendant un certain temps, de se réfugier contre la paroi de la matrice, afin d’échapper à l’agression. Mais en vain. Il ne sera bientôt plus qu’un déchet biologique… " .
    Tu  écris tes homélies en regardant "Bambi", maintenant. Tu imagines le fœtus qui entend la voix de la sage-femme-tueuse, entrant dans la salle d'op' une perceuse à la main, et qui, comme la tremblante Blanche-Neige, se réfugie dans un noir terrier pour échapper au chasseur... Et, en plus, tu oses ajouter, "... comme on peut le voir sur des échographies ".
    Ce qui m'étonne, c'est que aucun de tes fidèles ne soit sorti de la cathédrale en claquant la porte. Faut-y donc qu'ils soient overdosés pour avaler ça !
    - Mais ce sont aussi vos fidèles Arobaas !
    - Non, pas ceux là. Les miens, ils croient en l'amour et aux fruits de l'amour. Dans mon testament, le nouveau, je n'ai jamais parlé une seule fois d'avortement. Demande au notaire. Puisque que tu confonds fœtus avec enfant (1), où étais-tu quand il a fallu protéger les petites victimes de tes prêtres pervers. Ne fais pas semblant, je sais, Moi, que tu étais au courant. Tu dis qu'en 25 ans il y a eu 300.000 "déchets biologiques". Pendant la même période, rien qu'en Allemagne il y a eu plus de 30.000 enfants - des enfants bien conscients, de fragiles fétus, pas des fœtus- victimes de  responsables d'institutions laïques et religieuses...
    - Oui, mais c'était en Allemagne...
    - Arrête Leonardo avec tes raisonnements de jésuite de réfectoire, fais tes comptes : en Allemagne en 2009-2010, 300.800 personnes ont demandé à être rayées des registres de l'église catholique...
    - Ah ! Vous voyez, encore l'Allemagne...
    - Et ton évêque de Bruges ?
    - Oui, bon. Mais j'ai demandé pardon. Et puis ça c'étaient les affaires de Daneels.
    - Et ton allusion,  " Avant-hier, c’était le 25e anniversaire de la loi belge sur l’avortement. Mais, heureusement, c’est aussi l’anniversaire du geste prophétique du roi Baudouin, geste qui, pour toujours, rappellera aux Belges et au monde entier la gravité de l’avortement. "
    Et allez, on appelle Mister Fabiola à la rescousse. N'aurais-tu pas pu (dû) ajouter  que c'était surtout grave pour les mères ? Ces pécheresses. Mais non, toi tu ne sais pas ce que c'est. Moi, oui !
    Et puis vas te faire voir en Syrie Leonardo, avec tes conneries, c'est de ton église que les gens se détournent. Et j'ai l'impression que ceux-là, quelque part, se rapprochent ainsi plus de moi.
    - ... !
    - Ah ! oui ! J'ai envoyé un texto à françoisderome.com, et ton cardinalat je crois que tu peux faire une croix dessus... Croix de bois, croix de fer... Ah ! Ah ! Ah !


    (1) Pour justifier le baptême, cette espèce de tenderie post-natale, il est logique qu'un fœtus ayant commis le péché originel soit doté de conscience.







  • Ite missa est !

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    Si ! Si ! C'est vrai !
    Depuis toujours les écoles francophones sont obligées par la loi "d'organiser" des cours de religion et de morale, mais "oublient" d'avertir les parents que ces cours ne sont pas obligatoires.
    Et pour cause, je connais des profs retraités qui n'étaient même pas au courant !

    Renée, ma mère, me disait toujours : " Etudie bien ta religion, c'est des points facilement gagnés! ". Tu parles d'une motivation !

    Question : "Le nouveau règlement prévu par Milquet pour la rentrée de septembre aura-t-il un effet rétroactif réparatoire sur les dégâts moraux et humains provoqués par l'ancienne obligation ? "

    OK, vous direz que sur une "carrière" d'étudiant, cela ne fait que 960 heures (soit 32 semaines !) de perdues, ou de détente, ou de conditionnement, ou de préparation à l'athéisme, ou d'éveil à la spiritualité, … Tout cela en fonction des sensibilités et de la qualité de l'intelligence des profs.

    Je connais un jeune homme athée qui a étudié la philo à l'univ, qui a obtenu sa licence, qui a réussi l'agrégation pour, en fin de parcours, pouvoir enseigner… la religion. Ite missa est !