Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Poésie

  • Le premier "Mais"

    Muguet-jardin-conseils.jpg

    Le premier « Mais »

    Tout commence avec « Areu ! »
    Ou « Areu ! Areu ! » chez les plus bavards.
    Ensuite « Pappp-a » et "Mammm-an"
    Et puis, beaucoup de « Non », « Nan » ou équivalents temps plein.
    Et, enfin, le « Oui »
    Le plus dur à sortir
    Le premier « Mais » se produit généralement
    juste après
    En fait, il s’agit plutôt d’un premier « Oui, mais ! »
    Le « Oui mais », ou, plus grave, le « Oui, ………. mais »
    Celui qui te laisse croire que c’est arrivé … mais que… c’est pas encore gagné
    « Je t’aime… mais… »
    « Je veux bien te filer un coup de main… mais »
    « Je t’appellerais bien plus souvent… mais »
    L’amour, l’amitié sans mais
    Le « Oui » seul, sans surprise, sans arrière-pensée, sans échappatoire, …
    La capitulation sans conditions

    Le « Oui » dernier prix
    Le « Oui » tout de suite, sans réfléchir…
    Pas le «Oui, mais » qui te donne envie d’un « Premier joint »…

  • Grisaille

    IMG_20170422_115031-1.jpeg


    La nuit avait laissé trainer son crayon
    Frissonnant
    Le matin s’en est emparé
    Il a ôté le bleu du ciel
    L’orangé des toits
    Et le rose des briques
    Tremblotant
    Il a hachuré le vert salade qui
    poussait sur les branches
    Et estompé les mots joyeux
    des chansons des oiseaux
    Son haleine a voilé mon cœur
    d’une buée infinie
    Il a regardé le papier
    Puis s’est ravisé
    Il a cherché la gomme
    Mais le mal était fait
    Il a cherché la gomme
    Mais n’est pas revenu
    Le vent
    Complice endormi
    N’a rien dit
    Et sur l’étain poli du fleuve
    Glisse un oiseau blanc
    Seul signe de vie
    Dans ce paysage
    De papier sale
    Infusion d’encre de chine
    Qui attend la pluie
    Perfusé de thé gris
    Mon cœur
    S’est assis
    Pour attendre le soir
    Pour qu’il dise à la nuit
    De ranger son crayon
    Avant de s’en aller
    Afin que le matin
    N’aie rien plus rien sous la main
    Pour griffonner demain

     

     

  • Météo fluviale

    IMG_1680.jpg

    Le poète trace le profil de ses sentiments avec le pinceau de son cœur et les couleurs de ses mots.
    Il travaille en musique aux sons acides des voyelles vertes et des consonnes, sonnent sonnent, sourdes ou vibrantes.
    Son dessin se lit de gauche à droite et de haut en bas.
    Son tableau se lit tout bas pour ne pas déranger la résonance des voix intérieures qui mettent « a capella » ses rimes en musique.
    Ce qu’il dessine importe peu, ce qu’il chante ne compte pas. Seuls comptent les échos que ses mots et ses sons produisent sur le diapason de l’âme.

    IMG_1723.jpgCe matin, le fleuve qu’il regarde ne réfléchit qu’un ciel d’ardoise et les visages tristes des maisons en attente de bruine.
    Le fleuve qui ne réfléchit pas, et qui avance.
    Dont la vie n’a qu’un sens.
    Avaler.
    Répondre à l’appel de la mer, lointaine.
    Comme les anguilles répondent à celui de celle des Sargasses.
    Encore plus lointaines.
    Le temps du fleuve n’est pas celui des hommes. Ni des anguilles.
    Les humains  pestant dans le bouchon qui s’est formé au rond-point du pont des Ardennes.
    Les humains qui courent au boulot, immobiles au volant.
    Les humains qui courent dans tous les sens pour en donner un à leur vie.
    Sur le RAVeL, un chien tire son propriétaire mal éveillé vers un informel urinoir. Ils s’arrêtent. Le maître libère l’animal pressé. Il file au pied d’un magnolia qui entrouvre déjà la coupe de ses fleurs mauves.
    Le temps d’une crotte, l’homme a regardé l’eau. Mouvante. Perdu dans ses pensées et dans l’illusion d’avoir arrêté le temps.
    Une première péniche a troublé le fleuve, indifférent et noyé dans ses réflexions de façades. Brisant le miroir lisse où le ciel se refaisait une griseur, et dérangeant des pensées que l’homme voulait sereines.
    Les temps se sont entrechoqués.
    Le temps de la péniche contrecourante. Pressée par un marinier obsédé par l’idée d’une bassinée imminente.
    Le temps du fleuve, avalant, métronomiquement réglé par l’éclusier et ses ventelles. Imperturbablement nonchalant.
    Le temps du chien. Enfin soulagé et passant sans remord à autre chose.
    Le temps des hommes. Bloqué sur le pont.
    Le temps du maître du chien. Illusoirement maître de son temps. Rêvotant, la laisse pendante au bout du bras.
    Le temps du poète conjuguant à tous les temps.
    Les mille temps de la valse du temps.

     

     

  • Co remémorations



    IMG_0467.jpgMinutes de bruit

    Ou silences minutés
    Paroles fortes
    Lacrimogènes
    Anniversaires surmédiatisés
    Et gerbes déposées
    Micros tendus
    Comme des aspirateurs d’émotions
    Lieux communs pour lieux de mémoire
    Bougies de chauffe-plats 
    Aux flammes tremblotantes
    Cris dérisoires

    Sur les pavés lavés


    C’est pour les vivants
    Pour ceux qui restent
    Habillés de pourquoi

    Pendant que les loups
    Fous jaloux
    Fous frustrés
    Fous de haine
    Habillés de dieu
    Attendent

    Que le troupeau s'habille de peur

    Puis
    Que le troupeau oublie
    Que le troupeau revive

    Avant de le remordre
    Des loups pour qui
    La vie n’a plus de sens
    Ni de valeur
    Des loups qui tuent sans faim
    Et sans plaisir
    Des loups à qui
    Il faudrait
    Simplement
    Un jour
    Réapprendre
    Encore
    Et encore
    A réaimer
    La vie

     

  • Fin d'hiver, faim de printemps

    unnamed-11.jpg

    L’hiver déprime
    Et pleure à gros bouillons
    Il voudrait bien neiger
    Mais il ne le peut plus
    Il sait ses jours comptés
    Son ciel macadam
    Dégorge sa bile grise
    Sur un paysage coupable
    Buvard et résigné
    Les forsythias ont pris le pouvoir
    Au parti des jonquilles
    L’hiver déprime
    Et fait sa grise mine
    Sa tristaille contagieuse
    Tente de noyer le fleuve
    Qui s’enfuit
    Pressé
    Grossi de toutes parts
    Par les ruisseaux gonflés
    Allant chercher plus loin
    D’autres prés à verdir
    L’hiver déprime
    Déballe son K-Way
    Et range les doudounes
    Il sent que c’est fini
    Et qu’il n’aura bientôt
    Même plus son heure à lui

     

  • 21 décembre

    Hiver

    IMG_2043.jpg


    Réchauffe-toi mon cœur
    L'hiver commence aujourd'hui
    Entrouvre-toi mon oeil
    Un minute de lueur
    S'est ajoutée ce matin
    Les jours
    Ceux qui maigrissaient
    Depuis la Saint-Jean
    Ont repris du poil de l'automne
    Qu'as-tu fait de cette minute
    Toi qui cours sans cesse
    Derrière le printemps
    Toi qui cours après le temps
    Sans prendre une minute
    Pour sentir sa caresse
    Sans perdre une minute
    Tant le temps tu le presses
    Pour arriver avant
    Pour être le premier
    Pour être seul devant
    Pour être déjà demain
    A répondre : Présent

  • La Meuse à bon dos

    P1080447.jpg

     
    Première péniche du matin 
    Qui m’éveille
    Brisant mon miroir
    Diluant les reflets
    Des panaches mandarine
    Des avions de l’aube
    Agaçant le radeau médusé
    Des mouettes fluviales
    Torturant les timides sourires 
    Des visages déjà soucieux
    Des maisons immobiles
    Qui se mirent 
    Persuadées que je n’avance pas
    Alors que je suis déjà loin
    Dans l’écluse qui m’avale
    Alors que je suis sans fin
    Offrant mon dos poli
    Aux images du ciel
    Aux illusions des hommes
    Qui promènent leurs chiens
    Et leurs pensées en laisse
    Aux rêves des passants
    Presque immobiles 
    Dont le passe-temps
    Est de me regarder passer
    Juste passer
    Rien que passer
    Et mourir un peu
    Rien qu’un peu
    Pendant que les visages des maisons
    Immobiles
    Se mirent
    Sans se voir
    Sans savoir
    Que de l’autre de mes rives
    Quelqu’un les regarde
    Et me trouve belle
    Avec leurs traits tremblants
    Tatoués sur mon dos
  • Brumaire

    lever soleil mimi cadre.jpg

     

    Voilà ce qui arrive quand, en roulant vers un cimetière au milieu d'arbres en feu, on laisse dans sa tête s'entrechoquer les mots...
    Et que Michelle photographie le jour qui se lève sur une Meuse ouateuse ...

     

    Brumaire

    Deuxième mois

    De la saison troisième

    Cafardeusement callé

    Entre vendémiaire et frimaire

     

    Saison de la mouritude

    Du règne végétal

    Suicide collectif et chlorophyllien

    Avant le grand compostage final

    Unificateur des espèces

    Dans la fosse commune des sous-bois

     

    Feuilles icaresques aspirées par l’espace

    Le temps d’un tourbillon

    Feuilles follettes

    Se brûlant au soleil une ultime fois

    Puis s’abimant dans les flots mordorés

    Des océans sylvestres

     

    Des oiseaux migrants

    Chassés par les froideurs

    Repassent

    Chercheurs de midis bleus

    En rêvant de bombances

     

    Ils croisent des humains

    Qui passent

    En rêvant d’Angleterre

    Ou parfois simplement

    D’un simple pied-à- terre

     

    Les paysages s’enflamment

    Une dernière fois

    Comme pour s’excuser

    Avant que d’être nus

    Comme pour se réchauffer

    Avant que d’être froids

     

    Le mois des nuits sans fin

    Mères des matins noirs

    Quand les jours avortés

    Passent en s’excusant

    De paraître si courts

     

    Brumaire

    Le mois qui rend plus tristes

    Ceux qui vivent sans joie

    Le mois qui désespère

    Ceux qui n’espèrent pas

  • Cimetières buissonniers

    La-croix.jpg

    Il est des croix de pierre
    Marquant les territoires
    Dérisoires
    Des terriennes familles
    Qui pourrissent en terre

    Et d’autres de granit
    Au lichen vorace
    Sentinelles celtiques
    Raides et sceptiques
    Aux portes de l’oubli

    Il est des croix d’argent
    Plantées dans la lumière
    Des cimetières du cœur
    Post-its © scintillants
    Collés à la mémoire

    Il en est de secrètes
    Comme ce ruban discret
    Noué au tronc d’un arbre
    Qui revit de tes cendres
    Dans ce bois où tes pas
    Ont traîné si souvent

    Prince des perdeurs de temps
    Rêveur impénitent
    Glandeur à mi-plein temps
    Poète vite content

    Content de peu
    Contant heureux
    Des histoires à l’enfant
    Que tu voulais rester

    Quand une branche craque
    Ou qu’une feuille se froisse
    C’est un peu de ton âme
    Qui vient poser sa main
    Glisser entre deux feuilles
    Une fleur séchée
    Pour bien marquer la page
    Que tes yeux caressaient
    Quand le livre est tombé

     

  • La mort du fleuve

    P1070504.jpg

     

    Nourri par les rus bruns qui engrossent ses rivières

    Le fleuve repu traine sa lourde panse

    Ondulant du derrière

    Entre des rives mornes

    Grises d'indifférence

    Monstre roux se riant des barrages

    Lombric liquide cherchant le bout d'un tunnel qu'il ne doit pas creuser

    Courant imperturbable et sans colère se pressant vers la mer

    Il entraine avec lui des fétus d'espérance

    Des lambeaux de printemps

    Des trainées de limon

    Messages morts-nés

    Bouteilles pour la mer

    Arrachées aux vallées

    Tout là-haut en amont

    Têtu comme l'Ardenne d'où il descend

    Force impassible

    Insensible aux humains

    Désespéré lucide

    Inéluctablement

    Conscient de son destin

    Le fleuve se suicide

    Une écluse à la fois