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Poésie

  • Vingt-et-un septembre

    IMG_20161029_112612.jpg

    L’automne
    A posé sa tête arsouille
    Bientôt rouille
    Sur mon épaule
    Il a enfoncé
    Son nez glacé
    A l’orée de mon col déjà roulé
    A la recherche d’un coin de peau
    A faire frissonner
    Un coin de peau
    Encore basané
    Qui essaie de se souvenir
    De la brûlure de l’été
    Et qui déjà
    S’en fait une raison
    En rêvant de Sicile
    Où les rayons
    Toujours brûlants
    Poussent encore le touriste
    Vers des terrasses d’ombre
    Là où il peut
    S'illusionner de fraîcheur
    Et rêver tout son soûl
    A l’automne
    Qui fait déjà frissonner
    Là-haut
    Bien au nord
    Le froid pays
    Qui est le sien

     

  • Brumaille

    P1100230.jpg

    (Idel Ianchelevici; La Louvière)

     

    Meuse immobile
    Qui laisse aux peluches de brume
    Le soin de caresser
    Son ventre étalé,
    métallique
    Juste hérissé de quelques bernaches
    Indifférentes
    Aux frissons d’un air
    presque piquant
    Qui oublie doucement
    Qu’il fut touffeur étouffante
    Le bouchon fluo
    Au bout de la ligne
    Du pêcheur pensif
    Ose à peine danser
    Disque blanc
    Parfait
    Au-dessus de la mêlée
    Le soleil dessine doucement
    Les crêtes de l’Ardenne condruzienne
    Nous sommes sur le versant
    De l’an qui glisse vers l’automne
    Les boules blanches
    De la symphorine
    Petits pétards gratuits
    De la rentrée des classes
    N’intéressent plus les gamins motorisés
    Le premier marron a rebondi
    Sur le chemin du parc
    Frôlant l’épaule voûtée
    D’un solitaire distrait
    En route vers quelque part
    Les jardins sentent la pomme
    Mon cœur déjà l’automne.

     

     

  • Le premier "Mais"

    Muguet-jardin-conseils.jpg

    Le premier « Mais »

    Tout commence avec « Areu ! »
    Ou « Areu ! Areu ! » chez les plus bavards.
    Ensuite « Pappp-a » et "Mammm-an"
    Et puis, beaucoup de « Non », « Nan » ou équivalents temps plein.
    Et, enfin, le « Oui »
    Le plus dur à sortir
    Le premier « Mais » se produit généralement
    juste après
    En fait, il s’agit plutôt d’un premier « Oui, mais ! »
    Le « Oui mais », ou, plus grave, le « Oui, ………. mais »
    Celui qui te laisse croire que c’est arrivé … mais que… c’est pas encore gagné
    « Je t’aime… mais… »
    « Je veux bien te filer un coup de main… mais »
    « Je t’appellerais bien plus souvent… mais »
    L’amour, l’amitié sans mais
    Le « Oui » seul, sans surprise, sans arrière-pensée, sans échappatoire, …
    La capitulation sans conditions

    Le « Oui » dernier prix
    Le « Oui » tout de suite, sans réfléchir…
    Pas le «Oui, mais » qui te donne envie d’un « Premier joint »…

  • Grisaille

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    La nuit avait laissé trainer son crayon
    Frissonnant
    Le matin s’en est emparé
    Il a ôté le bleu du ciel
    L’orangé des toits
    Et le rose des briques
    Tremblotant
    Il a hachuré le vert salade qui
    poussait sur les branches
    Et estompé les mots joyeux
    des chansons des oiseaux
    Son haleine a voilé mon cœur
    d’une buée infinie
    Il a regardé le papier
    Puis s’est ravisé
    Il a cherché la gomme
    Mais le mal était fait
    Il a cherché la gomme
    Mais n’est pas revenu
    Le vent
    Complice endormi
    N’a rien dit
    Et sur l’étain poli du fleuve
    Glisse un oiseau blanc
    Seul signe de vie
    Dans ce paysage
    De papier sale
    Infusion d’encre de chine
    Qui attend la pluie
    Perfusé de thé gris
    Mon cœur
    S’est assis
    Pour attendre le soir
    Pour qu’il dise à la nuit
    De ranger son crayon
    Avant de s’en aller
    Afin que le matin
    N’aie rien plus rien sous la main
    Pour griffonner demain

     

     

  • Météo fluviale

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    Le poète trace le profil de ses sentiments avec le pinceau de son cœur et les couleurs de ses mots.
    Il travaille en musique aux sons acides des voyelles vertes et des consonnes, sonnent sonnent, sourdes ou vibrantes.
    Son dessin se lit de gauche à droite et de haut en bas.
    Son tableau se lit tout bas pour ne pas déranger la résonance des voix intérieures qui mettent « a capella » ses rimes en musique.
    Ce qu’il dessine importe peu, ce qu’il chante ne compte pas. Seuls comptent les échos que ses mots et ses sons produisent sur le diapason de l’âme.

    IMG_1723.jpgCe matin, le fleuve qu’il regarde ne réfléchit qu’un ciel d’ardoise et les visages tristes des maisons en attente de bruine.
    Le fleuve qui ne réfléchit pas, et qui avance.
    Dont la vie n’a qu’un sens.
    Avaler.
    Répondre à l’appel de la mer, lointaine.
    Comme les anguilles répondent à celui de celle des Sargasses.
    Encore plus lointaines.
    Le temps du fleuve n’est pas celui des hommes. Ni des anguilles.
    Les humains  pestant dans le bouchon qui s’est formé au rond-point du pont des Ardennes.
    Les humains qui courent au boulot, immobiles au volant.
    Les humains qui courent dans tous les sens pour en donner un à leur vie.
    Sur le RAVeL, un chien tire son propriétaire mal éveillé vers un informel urinoir. Ils s’arrêtent. Le maître libère l’animal pressé. Il file au pied d’un magnolia qui entrouvre déjà la coupe de ses fleurs mauves.
    Le temps d’une crotte, l’homme a regardé l’eau. Mouvante. Perdu dans ses pensées et dans l’illusion d’avoir arrêté le temps.
    Une première péniche a troublé le fleuve, indifférent et noyé dans ses réflexions de façades. Brisant le miroir lisse où le ciel se refaisait une griseur, et dérangeant des pensées que l’homme voulait sereines.
    Les temps se sont entrechoqués.
    Le temps de la péniche contrecourante. Pressée par un marinier obsédé par l’idée d’une bassinée imminente.
    Le temps du fleuve, avalant, métronomiquement réglé par l’éclusier et ses ventelles. Imperturbablement nonchalant.
    Le temps du chien. Enfin soulagé et passant sans remord à autre chose.
    Le temps des hommes. Bloqué sur le pont.
    Le temps du maître du chien. Illusoirement maître de son temps. Rêvotant, la laisse pendante au bout du bras.
    Le temps du poète conjuguant à tous les temps.
    Les mille temps de la valse du temps.

     

     

  • Co remémorations



    IMG_0467.jpgMinutes de bruit

    Ou silences minutés
    Paroles fortes
    Lacrimogènes
    Anniversaires surmédiatisés
    Et gerbes déposées
    Micros tendus
    Comme des aspirateurs d’émotions
    Lieux communs pour lieux de mémoire
    Bougies de chauffe-plats 
    Aux flammes tremblotantes
    Cris dérisoires

    Sur les pavés lavés


    C’est pour les vivants
    Pour ceux qui restent
    Habillés de pourquoi

    Pendant que les loups
    Fous jaloux
    Fous frustrés
    Fous de haine
    Habillés de dieu
    Attendent

    Que le troupeau s'habille de peur

    Puis
    Que le troupeau oublie
    Que le troupeau revive

    Avant de le remordre
    Des loups pour qui
    La vie n’a plus de sens
    Ni de valeur
    Des loups qui tuent sans faim
    Et sans plaisir
    Des loups à qui
    Il faudrait
    Simplement
    Un jour
    Réapprendre
    Encore
    Et encore
    A réaimer
    La vie

     

  • Fin d'hiver, faim de printemps

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    L’hiver déprime
    Et pleure à gros bouillons
    Il voudrait bien neiger
    Mais il ne le peut plus
    Il sait ses jours comptés
    Son ciel macadam
    Dégorge sa bile grise
    Sur un paysage coupable
    Buvard et résigné
    Les forsythias ont pris le pouvoir
    Au parti des jonquilles
    L’hiver déprime
    Et fait sa grise mine
    Sa tristaille contagieuse
    Tente de noyer le fleuve
    Qui s’enfuit
    Pressé
    Grossi de toutes parts
    Par les ruisseaux gonflés
    Allant chercher plus loin
    D’autres prés à verdir
    L’hiver déprime
    Déballe son K-Way
    Et range les doudounes
    Il sent que c’est fini
    Et qu’il n’aura bientôt
    Même plus son heure à lui

     

  • 21 décembre

    Hiver

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    Réchauffe-toi mon cœur
    L'hiver commence aujourd'hui
    Entrouvre-toi mon oeil
    Un minute de lueur
    S'est ajoutée ce matin
    Les jours
    Ceux qui maigrissaient
    Depuis la Saint-Jean
    Ont repris du poil de l'automne
    Qu'as-tu fait de cette minute
    Toi qui cours sans cesse
    Derrière le printemps
    Toi qui cours après le temps
    Sans prendre une minute
    Pour sentir sa caresse
    Sans perdre une minute
    Tant le temps tu le presses
    Pour arriver avant
    Pour être le premier
    Pour être seul devant
    Pour être déjà demain
    A répondre : Présent

  • La Meuse à bon dos

    P1080447.jpg

     
    Première péniche du matin 
    Qui m’éveille
    Brisant mon miroir
    Diluant les reflets
    Des panaches mandarine
    Des avions de l’aube
    Agaçant le radeau médusé
    Des mouettes fluviales
    Torturant les timides sourires 
    Des visages déjà soucieux
    Des maisons immobiles
    Qui se mirent 
    Persuadées que je n’avance pas
    Alors que je suis déjà loin
    Dans l’écluse qui m’avale
    Alors que je suis sans fin
    Offrant mon dos poli
    Aux images du ciel
    Aux illusions des hommes
    Qui promènent leurs chiens
    Et leurs pensées en laisse
    Aux rêves des passants
    Presque immobiles 
    Dont le passe-temps
    Est de me regarder passer
    Juste passer
    Rien que passer
    Et mourir un peu
    Rien qu’un peu
    Pendant que les visages des maisons
    Immobiles
    Se mirent
    Sans se voir
    Sans savoir
    Que de l’autre de mes rives
    Quelqu’un les regarde
    Et me trouve belle
    Avec leurs traits tremblants
    Tatoués sur mon dos
  • Brumaire

    lever soleil mimi cadre.jpg

     

    Voilà ce qui arrive quand, en roulant vers un cimetière au milieu d'arbres en feu, on laisse dans sa tête s'entrechoquer les mots...
    Et que Michelle photographie le jour qui se lève sur une Meuse ouateuse ...

     

    Brumaire

    Deuxième mois

    De la saison troisième

    Cafardeusement callé

    Entre vendémiaire et frimaire

     

    Saison de la mouritude

    Du règne végétal

    Suicide collectif et chlorophyllien

    Avant le grand compostage final

    Unificateur des espèces

    Dans la fosse commune des sous-bois

     

    Feuilles icaresques aspirées par l’espace

    Le temps d’un tourbillon

    Feuilles follettes

    Se brûlant au soleil une ultime fois

    Puis s’abimant dans les flots mordorés

    Des océans sylvestres

     

    Des oiseaux migrants

    Chassés par les froideurs

    Repassent

    Chercheurs de midis bleus

    En rêvant de bombances

     

    Ils croisent des humains

    Qui passent

    En rêvant d’Angleterre

    Ou parfois simplement

    D’un simple pied-à- terre

     

    Les paysages s’enflamment

    Une dernière fois

    Comme pour s’excuser

    Avant que d’être nus

    Comme pour se réchauffer

    Avant que d’être froids

     

    Le mois des nuits sans fin

    Mères des matins noirs

    Quand les jours avortés

    Passent en s’excusant

    De paraître si courts

     

    Brumaire

    Le mois qui rend plus tristes

    Ceux qui vivent sans joie

    Le mois qui désespère

    Ceux qui n’espèrent pas