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Poésie

  • Mes yeux

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    J’aime les matins profonds comme les plages à basse mer
    où les journées attendent impatiemment la marée des procrastinations
    dans leur majestueuse lenteur .

    Ouvrez-vous grand mes yeux
    Dévorez large
    Découvrez beau
    Ne laissez rien en marge
    Ecarquillez
    Respirez même
    Le vent qui fait trembler vos cils
    La couleur des odeurs
    Qui flottent au ras du fleuve
    Et l’onde des roseaux
    Sous les gratouillis de la bise
    Mâchottez donc les cris des chiens
    Et les abois des hommes
    Entrefermez-vous
    Pour ne laisser passer que les essentielles
    Celles qui vous caressent l’âme
    Et embaument le cœur
    Sans laisser le soleil
    Vous aveugler de leurres
    Pleurez un peu mes yeux
    De cette joie qui berce
    Ou du chagrin qui brûle
    Réouvrez-vous mes yeux
    Sur les instants fugaces
    Qui dévalent en fuyant
    Les talus des journées
    Ecoutez-vous mes yeux
    Entendez les frissotis des ailes
    De vos paupières battantes
    Surprises
    Par l’envol soudain
    D’un moment qui vous grise
    Reposez-vous mes yeux
    Laissez rêver en paix
    Vos rétines imprimées
    Des images d’un matin
    Désormais conservées
    Son et lumière intime
    Eclairant doucement
    La grande forêt secrète
    De l’esprit qui médite
    Frôlant les mensonges du sommeil
    Sans quitter le présent
    Chaland s’en allant
    Nonchalant

     

     

     

  • Tumultu(M)euse

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    Les Grands-Malades avalent les rares avalants. Filant sur un filet de gaz. Les montants poussent leur vague ronfle contre le vent de France qui disperse leur houache. Instantanément. Le fleuve devient sillage et c'est lui qui navigue. Plus pressé que les courants du ciel. Deux cygnes rasevaguent cou tendu, rageusement, courageusement. Le piéton se fait rare sur le halage vite séché. L'éclusier philosophe veille aux affaires courantes. Un œil sur le ciel l'autre sur son écran. Le vieil homme passe en jurant, une main sur son chapeau. L'autre au fond de la poche, serrée sur la clé du port qui se rapproche. Quelle idée de sortir aujourd'hui quand on n'a pas de chien.

  • Puviôse prématuré

    IMG_20171213_105226.jpgIl pleut
    Mais qui est « il »
    Celui qui peut pleuvoir
    Sans demander la permission
    Il peut lui
    Mais la pluie
    Elle
    Pleut-elle
    Demande au vent qui la porte
    Demande à la porte
    Qui l’empêche d’entrer
    Demande au chien mouillé
    A la poule et au pétard
    Qui dégoulinent
    Dégouttent
    A goutte
    Demande au noir cormoran
    Que la Meuse marron
    Emporte à gros bouillons
    Boueuse éboueuse
    Mijoteuse au pied des barrages
    Aux ventelles ouvertes
    Demande à l’éclusier
    Demande au batelier
    Goutte à la casquette
    Lunettes embuées
    Pourquoi la pluie muette
    Ne nous répond jamais
    Libre
    De tout inonder
    Libre
    De tout assécher
    Libre
    Comme une fille du ciel
    De pleuvoir comme il pleut
    Sans jamais demander
    A quiconque
    Si elle peut

  • Entre saisons

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    Hier

    Ciel pastel
    Virant au saumon fumé
    Meuse peau d’orange
    En éternelle partance
    Saint Nicolas a pourtant éteint
    Ses fours à couques
    Qui refroidissent lentement
    Pour s’accorder
    A l’hiver venant
    Lequel pointe son nez rougi
    Où perle
    Une liquide et tremblotante
    Boule de Noël
    Cristalline
    En attente de mouchoir à carreaux

     

    IMG_20171210_102204.jpg

    Aujourd’hui

    La pluie a hésité un moment
    Avant de prendre la couleur
    D’un ciel floconneux
    Juste bon à poivrer-saler nos têtes
    Enchapeautées
    Le fleuve a viré ses volatiles
    Inutiles
    Juste une mouette
    Distraite
    Qui se pose entre deux vaguelettes
    Avant de remonter
    Cocher le ciel
    D’un « V » vite effacé
    L’hiver est venu
    Narguer l’automne
    En traître
    Derrière son cache-nez
    Aux grosses mailles
    D’où s’évadent
    Des volutes d’haleine
    Parfumées au vin chaud

     

     

     

  • Vingt-et-un septembre

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    L’automne
    A posé sa tête arsouille
    Bientôt rouille
    Sur mon épaule
    Il a enfoncé
    Son nez glacé
    A l’orée de mon col déjà roulé
    A la recherche d’un coin de peau
    A faire frissonner
    Un coin de peau
    Encore basané
    Qui essaie de se souvenir
    De la brûlure de l’été
    Et qui déjà
    S’en fait une raison
    En rêvant de Sicile
    Où les rayons
    Toujours brûlants
    Poussent encore le touriste
    Vers des terrasses d’ombre
    Là où il peut
    S'illusionner de fraîcheur
    Et rêver tout son soûl
    A l’automne
    Qui fait déjà frissonner
    Là-haut
    Bien au nord
    Le froid pays
    Qui est le sien

     

  • Brumaille

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    (Idel Ianchelevici; La Louvière)

     

    Meuse immobile
    Qui laisse aux peluches de brume
    Le soin de caresser
    Son ventre étalé,
    métallique
    Juste hérissé de quelques bernaches
    Indifférentes
    Aux frissons d’un air
    presque piquant
    Qui oublie doucement
    Qu’il fut touffeur étouffante
    Le bouchon fluo
    Au bout de la ligne
    Du pêcheur pensif
    Ose à peine danser
    Disque blanc
    Parfait
    Au-dessus de la mêlée
    Le soleil dessine doucement
    Les crêtes de l’Ardenne condruzienne
    Nous sommes sur le versant
    De l’an qui glisse vers l’automne
    Les boules blanches
    De la symphorine
    Petits pétards gratuits
    De la rentrée des classes
    N’intéressent plus les gamins motorisés
    Le premier marron a rebondi
    Sur le chemin du parc
    Frôlant l’épaule voûtée
    D’un solitaire distrait
    En route vers quelque part
    Les jardins sentent la pomme
    Mon cœur déjà l’automne.

     

     

  • Le premier "Mais"

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    Le premier « Mais »

    Tout commence avec « Areu ! »
    Ou « Areu ! Areu ! » chez les plus bavards.
    Ensuite « Pappp-a » et "Mammm-an"
    Et puis, beaucoup de « Non », « Nan » ou équivalents temps plein.
    Et, enfin, le « Oui »
    Le plus dur à sortir
    Le premier « Mais » se produit généralement
    juste après
    En fait, il s’agit plutôt d’un premier « Oui, mais ! »
    Le « Oui mais », ou, plus grave, le « Oui, ………. mais »
    Celui qui te laisse croire que c’est arrivé … mais que… c’est pas encore gagné
    « Je t’aime… mais… »
    « Je veux bien te filer un coup de main… mais »
    « Je t’appellerais bien plus souvent… mais »
    L’amour, l’amitié sans mais
    Le « Oui » seul, sans surprise, sans arrière-pensée, sans échappatoire, …
    La capitulation sans conditions

    Le « Oui » dernier prix
    Le « Oui » tout de suite, sans réfléchir…
    Pas le «Oui, mais » qui te donne envie d’un « Premier joint »…

  • Grisaille

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    La nuit avait laissé trainer son crayon
    Frissonnant
    Le matin s’en est emparé
    Il a ôté le bleu du ciel
    L’orangé des toits
    Et le rose des briques
    Tremblotant
    Il a hachuré le vert salade qui
    poussait sur les branches
    Et estompé les mots joyeux
    des chansons des oiseaux
    Son haleine a voilé mon cœur
    d’une buée infinie
    Il a regardé le papier
    Puis s’est ravisé
    Il a cherché la gomme
    Mais le mal était fait
    Il a cherché la gomme
    Mais n’est pas revenu
    Le vent
    Complice endormi
    N’a rien dit
    Et sur l’étain poli du fleuve
    Glisse un oiseau blanc
    Seul signe de vie
    Dans ce paysage
    De papier sale
    Infusion d’encre de chine
    Qui attend la pluie
    Perfusé de thé gris
    Mon cœur
    S’est assis
    Pour attendre le soir
    Pour qu’il dise à la nuit
    De ranger son crayon
    Avant de s’en aller
    Afin que le matin
    N’aie rien plus rien sous la main
    Pour griffonner demain

     

     

  • Météo fluviale

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    Le poète trace le profil de ses sentiments avec le pinceau de son cœur et les couleurs de ses mots.
    Il travaille en musique aux sons acides des voyelles vertes et des consonnes, sonnent sonnent, sourdes ou vibrantes.
    Son dessin se lit de gauche à droite et de haut en bas.
    Son tableau se lit tout bas pour ne pas déranger la résonance des voix intérieures qui mettent « a capella » ses rimes en musique.
    Ce qu’il dessine importe peu, ce qu’il chante ne compte pas. Seuls comptent les échos que ses mots et ses sons produisent sur le diapason de l’âme.

    IMG_1723.jpgCe matin, le fleuve qu’il regarde ne réfléchit qu’un ciel d’ardoise et les visages tristes des maisons en attente de bruine.
    Le fleuve qui ne réfléchit pas, et qui avance.
    Dont la vie n’a qu’un sens.
    Avaler.
    Répondre à l’appel de la mer, lointaine.
    Comme les anguilles répondent à celui de celle des Sargasses.
    Encore plus lointaines.
    Le temps du fleuve n’est pas celui des hommes. Ni des anguilles.
    Les humains  pestant dans le bouchon qui s’est formé au rond-point du pont des Ardennes.
    Les humains qui courent au boulot, immobiles au volant.
    Les humains qui courent dans tous les sens pour en donner un à leur vie.
    Sur le RAVeL, un chien tire son propriétaire mal éveillé vers un informel urinoir. Ils s’arrêtent. Le maître libère l’animal pressé. Il file au pied d’un magnolia qui entrouvre déjà la coupe de ses fleurs mauves.
    Le temps d’une crotte, l’homme a regardé l’eau. Mouvante. Perdu dans ses pensées et dans l’illusion d’avoir arrêté le temps.
    Une première péniche a troublé le fleuve, indifférent et noyé dans ses réflexions de façades. Brisant le miroir lisse où le ciel se refaisait une griseur, et dérangeant des pensées que l’homme voulait sereines.
    Les temps se sont entrechoqués.
    Le temps de la péniche contrecourante. Pressée par un marinier obsédé par l’idée d’une bassinée imminente.
    Le temps du fleuve, avalant, métronomiquement réglé par l’éclusier et ses ventelles. Imperturbablement nonchalant.
    Le temps du chien. Enfin soulagé et passant sans remord à autre chose.
    Le temps des hommes. Bloqué sur le pont.
    Le temps du maître du chien. Illusoirement maître de son temps. Rêvotant, la laisse pendante au bout du bras.
    Le temps du poète conjuguant à tous les temps.
    Les mille temps de la valse du temps.

     

     

  • Co remémorations



    IMG_0467.jpgMinutes de bruit

    Ou silences minutés
    Paroles fortes
    Lacrimogènes
    Anniversaires surmédiatisés
    Et gerbes déposées
    Micros tendus
    Comme des aspirateurs d’émotions
    Lieux communs pour lieux de mémoire
    Bougies de chauffe-plats 
    Aux flammes tremblotantes
    Cris dérisoires

    Sur les pavés lavés


    C’est pour les vivants
    Pour ceux qui restent
    Habillés de pourquoi

    Pendant que les loups
    Fous jaloux
    Fous frustrés
    Fous de haine
    Habillés de dieu
    Attendent

    Que le troupeau s'habille de peur

    Puis
    Que le troupeau oublie
    Que le troupeau revive

    Avant de le remordre
    Des loups pour qui
    La vie n’a plus de sens
    Ni de valeur
    Des loups qui tuent sans faim
    Et sans plaisir
    Des loups à qui
    Il faudrait
    Simplement
    Un jour
    Réapprendre
    Encore
    Et encore
    A réaimer
    La vie