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Culture

  • "Shakespeare Romantique"

    Musée Rops - Namur. Jusqu'au 25 février.

    "Shakespeare Romantique"

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    Cette exposition, qui a fait le bel été du musée de l’hôtel Sandelin à Saint-Omer, est conçue en partenariat avec l’Établissement public musée du Louvre, auquel est rattaché le musée national Eugène-Delacroix.

    « Ah, la vie a des moments drôles et imprévus et sublimes à la fois comme dans Shakespeare ! » écrivait Félicien Rops.

    Même si le lien direct avec Ensor ne saute pas aux yeux il existe un ou deux chaînons présents. Question d'atmosphère et d'époque, certes, mais aussi deux gravures du Namurois où le crâne de Hamlet est joyeusement détourné.

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    Si l'expo namuroise a éliminé quelques "Anglais" de Saint-Omer, elle y a ajouté quelques Belges de choix. Constantin Meunier, Alfred Stevens, Eugène Smits et d’autres artistes belges -dont Rops- qui ont subi l’influence du théâtre anglais pour laisser transparaître leurs doutes et interrogations face à cette fin-de-siècle qu’ils tentaient d’apprivoiser.
    Pas étonnant que des symbolistes belges aient puisé dans l'œuvre du dramaturge tant les héros collent au concept à la perfection.

    Mais la première découverte est une ... redécouverte. Celle de grands personnages Shakespeariens : Hamlet et Ophélie, Roméo et Juliette, Macbeth et sa « Lady », Othello et Desdémone, ... qui reprennent place dans notre mémoire scolaire en voie d'effacement, non seulement par les œuvres exposées, mais aussi par les nombreuses citations mises en exergue dans chaque salle.

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    Quant à la deuxième découverte, elle concerne Eugène Delacroix... Par-delà la petite, mais superbement condensée, huile "Roméo et Juliette, l'expo nous fait découvrir le Delacroix lithographe. Tirages, certes, mais surtout quelques miraculeuses pierres à lithos aussi émouvantes que didactiques.

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    Petite expo, comme toujours les temporaires de la rue Fumal, mais où le temps peut ainsi mieux se laisser prendre. D'autant que les œuvres semblent avoir été créées spécialement pour la contemplation.

    Une soixantaine de peintures, gravures, affiches et sculptures de Jules-Robert Auguste, Louis Boulanger, Jules Bastien-Lepage, Léopold Burthe, Leonetto Cappiello, Albert Ciamberlani, Thomas Couture, Théodore Chassériau, Eugène Delacroix, François-Emile Ehrmann, Ernest Hébert, Amédée-Ernest Lynen, Constantin Meunier, Luc Olivier Merson, Gustave Moreau, Alfons Mucha, Tony Robert-Fleury, Félicien Rops, Charles Samuel, Eugène Smits, Paul Steck, Alfred Stevens.

    De quoi mesurer l’impact du théâtre de Shakespeare sur les arts plastiques au XIXe siècle et dont les représentations inspirent, aujourd’hui encore, les metteurs en scène et les comédiens.

    https://www.museerops.be/en-cours

     

     

  • Anne Liégeois

    Anne Liégeois  (6 mars 1948 - 22 février 2013)

     

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    Merci à son époux, Albert Moxhet, pour la page Wikipédia qui lui est dédiée :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Li%C3%A9geois

     

    Voici quelques dessins réalisés pour une expo sur La petite ville de Limbourg en province de Liège.

     

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  • Petite musique pour manuscrit et silences

    Je m'étais arrêté dix pages avant la fin.
    Comme souvent quand un livre me plaît, que je me sens bien au chaud, ou au froid, dedans, j'essaye de repousser au maximum le moment d'en connaître la fin.
    Peur de la mélancolie qui accompagne toujours la fin d'un univers. Peur de rompre une complicité magique entre le récit, l'auteur et le lecteur ?
    Cela faisait trois ou quatre jours qu'il me narguait, posé sur un coin de table. Osera ou pas ?
    Et aujourd'hui, je l'ai achevé. J'ai même parfois l'impression que c'est plutôt le livre qui m'achève. Qui coupe le fil qui me tenait suspendu, flottant dans la pensée de celui qui l'a écrit, pour retomber éperdu dans le fatras de mes pensées contemporaines.
    Ici, le cas était encore plus flagrant.
    D'abord parce que le manuscrit n'a pas encore été publié.
    Ensuite parce que l'auteur est quelqu'un que je connais et qui m'a fait l'honneur -et l'amitié- de confier ses feuilles à ma lecture. Et qu'en le lisant, je l'entends écrire.
    C'est la deuxième fois que cela m'arrive, avec, cette fois encore, ce sentiment troublant de pénétrer dans la tête de l'autre. De visiter sa maison en son absence.
    Même si cela biaise le point de vue, cette lecture m'a procuré beaucoup de sérénité.
    Un suspense. Sans halètement. Sans otages à sauver, sans poursuites infernales, sans surhommes, sans minuterie scotchée à un pain d'explosif. Une dramaturgie douce …
    Même si l'on sent en permanence la proximité planante d'un drame indéfinissable et inévitable. Une histoire simple pourtant. Minimaliste même.
    Une histoire d'un mec qui revit son histoire, à la fois prisonnier et héros des récits du passé à qui il donne rendez-vous. Comme un type qui veut rephotographier les recoins de sa maison avant de déménager. Loin et pour toujours. Tout en sachant qu'il n'emportera aucun cliché avec lui.
    Une histoire d'amour où de longs -soi-disant- temps morts bruissent d'une intense vie intérieure.
    De faux silences audibles seulement par ceux qui écoutent avec les sonotones de l'âme. L'auteur n'insiste jamais trop. Il effleure. Il esquisse. Le lecteur prête l'oreille.
    Des personnages solides et qu'on aimerait croiser pour de vrai. Un héros dans la peau duquel il est facile de se faufiler, à la condition d'avoir suffisamment vécu.
    Un univers qu'on quitte à reculons, sans bruit, pour pas déranger.
    Merci à toi Pierre pour ces moments d'exception et d'intériorité.

  • Facebook, l'aller-retour...

     

     

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    Ouwais ! J'ai repiqué à Facebook. Ou, plutôt, c'est Face qui m'a repiqué.
    Une piqûre de rappel qui fait déjà mal à la fesse droite de mon emploi du temps.
    Bêtement ? Allez ! Disons oui ! Bêtement !
    La rechute, bêêête et brutale. Comme le gars qui shoote à fond les crampons dans le chapeau au milieu du chemin. En sachant : 1) qu'il y a un pavé de Paris-Roubaix caché dessous ledit couvre-chef et 2) qu'il est en espadrilles (made in France & cousues main à Messanges-Landes).


    J'esplique.
    Pour les besoins d'une publication sur mon blog "Comme ça en passant" (saine lecture si l'en est ;-), j'ai eu l'idée (saugrenue ?) de cré&er une page "Belgovie- Cap Gras Nantis", un mélange de Télévie et de Cap 48 destiné à recueillir les dons spontanés des titulaires des grosses fortunes maousses planquées dans les laveries des purgatoires fiscaux grand-ducaux ou de Nassau. Mais pour ce bien faire, il me fallut (sans "s") réactiver mon compte Facebook "en dormance" depuis mon coup de sang de 2012.
    C'était pile ou Face ! La roulette Zuckerberg ! Tu mets un "J'aime" dans le barillet, tu fais tourner et bang ! T'es mor…du ! Et bien profond.
    Burkazons-nous la Face ! Corde au cou et cendres sur la tête. Bourgeois de Calais même combat.
    Paske quand tu ré-ouvres la porte du "Bistrot d'enFace" c'est reparti ! Tu ne te sens plus et y t'en monte une, comme disait ma voisine ménopausée depuis une semaine.
    "Tiens qui revoilà ! Hé Zuckerberg, tu mets un verre à Jacques pour moi, et tu remets ceux des autres en couleurs !" Et allez-y que je te "J'aime" et que je te "Je commente".
    Là, au comptoir, ils sont tous là ceux que t'as plantés il y a deux ans en claquant la porte. Faut dire qu'il y en a qui se sont même pas retournés. Ni quand t'es parti. Ni quand t'es revenu ! Comme quoi !
    Il y a Une Tell qui reste scotchée à son tabouret et au foot à la télé. L'autre, qui continue à publier n'importe quoi, du moment que ce soit rose avec plein de petits cœurs. Et la courageuse qui continue à prosélyter pour la "pensée positive". Et celle qui ne peut pas voir une photo de toutou malheureux sans "Partager" à tout vent.
    Et celui qui pense qu'un islamiste se cache derrière chaque poil de barbe ou dans chaque paire de babouches.
    Bien entendu, il y en a quelques uns avec qui le fil invisible du Wifi (Oui m'fi !) n'avait pas été sectionné et qui me fréquentaient (infidèlement Mark) sur Google+. Et qui n'avaient pas oublié l'existence substantifique des courriels et autres mails. Ni même de la presque ancestrale carte postale affranchie d'un timbre choisi avant la dernière glaciation.
    Il y a aussi des Faceurs ("Amis" inconditionnels du petit "f" blanc sur carré bleu), des amis que l'on retrouve de plain pied, sans avoir besoin de se réapprivoiser. Et qui reprennent la conversation là où on l'avait laissée en 2012. Tranquille Emile, cool Voordepoel !
    Allez rendons à Zuckerberg ce qu'il nous pique en douce. Cette mécanique perverse est tellement bien huilée que son addiction est même socialement bien vue.
    Ouwais ! Allez ! Y en bien des qui disent "Wais, ben bon, euh, je suis dessus, comme ça, mais je n'y vais pas souvent !". De toutes façons les raconteurs de craques sont vite repérés. Sauf s'ils regardent en douce par le trou du judas, en silence.
    Allez, c'est pas tout ça, comme on est dimanche, faut que je "Partage" avant les pistolets.
    Ah ! oui, au fait, il n'y a toujours pas de mention "J'haine", avec le pouce vers le bas.
    Mais c'est vrai, mâssie grosse bièsse, en langage binaire de "Face", détester, c'est "J'aimer" par défaut. Donc chez Face, pour protester, il faut fermer sa gueule.

    * Illustration : acrylique sur toile de Leo Sallustio.

  • La Flandre de Bourgeois...


    P1020980.jpgGeert Bourgeois, est un nationaliste flamand. Fondateur de la N-VA, ex-Volksunie, et depuis juillet, "Le" ministre-président de la Flandre.
    C'est donc le vocable "Gouvernement Bourgeois" que les éditorialistes utilisent désormais quand ils désignent les nouveaux patrons de la Flandre. Où la Flandre des patrons ?
    Quelle ironie que ce patronyme francophone, cher à Brassens et à Brel, soit échu sur le carnet de baptême du petit Geert. Et qui plus est pour baptiser un gouvernement on ne peut plus bourgeois (1), avec un "g" comme "geld", et non pas un "j" comme "joie" (2)
    Un gouvernement nationaliste-catholique-libéral flamand.
    Discret comme le charme de la bourgeoisie. Tellement discret qu'il a chassé la transparence de son vocabulaire. Discret, opaque, mais pas vraiment étanche, puisque qu'une fuite dans la presse flamande a arraché le très cher Geert Bourgeois à ses chères vacances.
    Pensez, le sang rouge de la gauche flamande (si, si, ça existe encore !) n'a fait qu'un tour quand le bon peuple a appris que le gouvernement Bourgeois allait raboter de 200 millions les budgets dévolus à la culture et aux mouvements associatifs. Dont les scouts catholiques flamands, dont je soupçonne les parents d'avoir discrètement voté N-VA (séparatiste) ou CD&V (cathos d'extrême centre droit).
    Allez, ça commence. Et la même fuite annonce que pour l'enseignement universitaire, ça va suivre. Mais on ne peut pas dire qu'ils n'étaient pas prévenus ces "beste mensen".
    Gouvernement bourgeois, mais pas bohème donc.
    Un gouvernement de patrons et de boutiquiers, de commerçants et de nantis, pour qui le peuple n'a pas besoin de culture, mais de travail et de discipline.
    Un gouvernement dont les sponsors sont les mêmes que ceux du foot. Alors, de quoi le peuple se plaint-il ?
    Un gouvernement qui va aussi raboter la dotation de la VRT. Pourquoi payer pour une télé publique, alors que la commerciale VTM fait le bonheur des chaumières ?
    Un gouvernement flamand dont les principes vont déteindre indélébilement sur la philosophie du futur gouvernement fédéral dont les composantes sont quasi les mêmes. Sauf que le MR y ajoute un vague alibi de francophonie dans ce monde de patrons flamands.
    Un gouvernement qui confondra inévitablement  "socio-économique" avec "économisons sur le socio".
    Un gouvernement où on ne parlera plus de réguler le secteur bancaire.
    Un gouvernement du "tout pour l'actionnaire".
    Pas une "Suédoise", ni une "kamikaze". Une "Vlaamse bleuw", tout simplement.

    Aux prochaines élections, ne mettez plus de politiques sur les listes. Des comptables suffiront.




    (1) Personne qui appartient à la bourgeoisie, à la classe moyenne ou à la classe dirigeante. Et, en général, qui fait travailler son argent et les autres. Bon pour l'emploi ça !
    (2) Ceux dont la maman avait un flacon de "Soir de Paris" sur la coiffeuse de la chambre à coucher apprécieront.
    (3) C'est la MR Michel qui y a perdu son Charles. (J'ai pas pu m'empêcher. Sorry !)
     



  • Carnets du 26e Festival du Cinéma Belge de Moustier-sur-Sambre (fin)

    Festival local, convivial, et fier de l'être.

    Un coup d'œil au public de Moustier suffit pour se rendre compte que, sans ce festival, beaucoup de personnes ne mettraient jamais les pieds dans une salle traditionnelle. Ce sont des gens du coin qui viennent s'asseoir parce que le cinéma vient à eux. Chez eux. Et qui plus est, le cinéma belge, dont les œuvres, souvent trop confidentielles et victimes d'une diffusion frileuse, ne restent pas suffisamment à l'affiche pour bénéficier d'un bouche à oreille convaincant.

    Merci donc à Yves Tock et à Claude Leclercq pour leur endurance (26e édition) et leur enthousiasme qui se communique aux réalisateurs et comédiens, souvent présents avant et après la projection. Chez les pros, la réputation de Moustier n'est plus à refaire.

    D'ores et déjà, rendez-vous début mars 2015. 

    http://cinemabelge.be/historique/

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    15 mars

    "Marina"

    Grand moment, grand frisson, dont le Festival de Moustier a le secret. Après la projection du film de Stijn Coninx ("Daens" et "Sœur Sourire"), le vrai Rocco Granata, entre avec son accordéon en chantant "Marina". Du haut de ses 75 ans, celui qui a échappé de justesse aux charbonnages du Limbourg, celui dont la jeunesse d'immigré italien en terre néerlandophone a inspiré le film, active les muscles horripilateurs d'un public ému aux larmes. Le questions-réponses qui suivra se déroulera en italien, en flamand et en français. Les anciens des charbonnages sont venus nombreux. Ambiance. Et oui ! Une soirée mémorabilissime à 6 € ! Merci Moustier.

     

    Pour entendre Rocco Granata : http://www.jukebox.fr/rocco-granata/

    Pour voir la bande annonce du film : http://www.marinafilm.be/fr/home/

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    16 mars

    "Belgian waffel in red yellow and black"

    Réalisé par Ymel Kirtap, écrit par Patrick Lemy, ce court métrage qui résume la réelle probabilité d'une existence non-virtuelle de la Belgique a été tourné à "La fleur en papier doré", café historique bruxellois, lieu de rendez-vous des surréalistes du temps de Magritte, Mariën et Scutenaire. Un symbole ? Un touriste "black-US made" tente de déguster un gaufre chantilly ascendant dame blanche (Black), à côté d'un wallon qui boit une kriek (Rouge) et d'une afro-néerlandophone qui se goinfre de frites-mayonnaise (Jaune). Barroquissimo. Belgissimo. Un magnifique échantillon d'un savoir-faire prometteur.

     

    Patrick Lemy travaille actuellement sur un autre court : "La mousse verte" : http://fightcutasbl.be/synopsis_M_V.php

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    "Je suis supporter du Standard"

     

    De (et avec) Riton Liebman, et avec aussi une toute bonne Léa Drucker, ce portait d'un moniteur d'auto-école juif non pratiquant et "fouto-dépendant" se révèle délirant. Film d'amour, frôlant parfois le tragique, cette comédie-documentaire fait exploser l'irréalité dans laquelle certains supporters sont condamnés à vivre pour subir une véritable appartenance à leur club. Le parallèle avec le programme de rétablissement des Alcooliques Anonymes est saisissant de vérité. Si certains s'y reconnaissent, il est grand temps pour eux de consulter…

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    "Vijay and I"

     

    Réalisé par Sam Gabarski  qui a présidé l'agence de pub Gabarski pendant 27 ans. Ce Belge, s'était déjà révélé avec "Irina Palm", la magique main branleuse de peep-show, interprétée par une surprenante Marianne Faithfull.

    Il propose ici une comédie basée sur le classique du mort pas mort qui assiste à son enterrement et qui veut reséduire une épouse fausse veuve désenchantée en se faisant passer pour un autre. Vous avez suivi ? Assaisonné à la sauce sihk, le film provoque une réflexion salutaire sur une certaine forme de vie après la mort. Evidemment, faut creuser un peu par-delà les situations quiproquesques inévitables à ce genre de faux triangle amoureux. Un superbe double-face de l'acteur Moritz Bleibtreu. Et (presque) toutes les facettes de Patricia Arquette.

     

    Pour connaître les films à l'affiche dans votre région :

    http://www.cinebel.be/fr/

     

     

  • Carnets du 26e Festival du Cinéma Belge de Moustier-sur-Sambre (2)

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    13 mars

     

    "Les rayures du zèbre"

     

    " Dans "Les rayures du zèbre", comédie du Belge Benoît Mariage, Benoît Poelvoorde  compose un inoubliable José. Peut-être son meilleur rôle, sinon son meilleur film."

    Ce n'est pas moi qui l'écrit, mais bien "Le nouvel observateur". Pourtant si le film marche bien en Belgique, plus de 60.000 entrées, il est boudé en France. Un flop que ni le présentateur, ni Benoît Mariage, ni les producteurs qui l'entouraient à Moustier, n'ont jugé bon d'évoquer. 

    C'est un Benoît Mariage épuisé, en fin de parcours promo, qui est venu présenter sa "fable". On sent qu'il a du documentaire africain déjà plein ses bagages. Même si le résultat est brutal, le regard qu'il pose sur l'Afrique témoigne d'une extrême tendresse. Poelvoorde, c'est Raymond Goethals réincarné en recruteur de "perles noires" pour clubs de foot. Ici en Côte d'Ivoire pour le Sporting de Charleroi.

    Comédie ? Certes ! Mais pas grosse farce. Et certains spectateurs n'ont pas aimé.

    Quand on leur avait dit foot+Charleroi+Poelvoorde+Afrique, ils s'attendaient vraisemblablement à un partie de rigolade au premier degré sur l'échelle zygomatriste.

    Le film vole plus haut. Très plus haut même.

    En Belgique, où le passé colonial reste présent dans beaucoup de mémoires, le sous-entendu de sa comédie grinçante est compris – et savouré – par une majorité de spectateurs.

    En France, le rapport historique à l’Afrique est totalement différent, et on ne sait pas une fois rire avec un sujet aussi sensible. L’exploitation de sportifs africains n’est pas forcément bien comprise. Benoît Poelvoorde s'est même fait taxer de racisme par des journalistes qui n’avaient visiblement pas saisi les différents degrés de lecture du film.

    Et la proximité de sortie avec "Le crocodile du Botswanga", une très mauvaise farce sur le foot, l'Afrique et la France, a fait le reste. Mauvais timing.

    Bref, il est très probable que ce qui nous fait rire dans "Les Rayures" est totalement insaisissable pour le spectateur basique en France. Ce qui explique sans doute le score carton-rouge du film en salles... 28.000 entrées la première semaine. Dommage.

    Perles : à propos de trouver des filles d'Afrique pas farouches, un Ivoirien dit à Poelvoorde : "Un vieil éléphant sait toujours où trouver de l'eau." Et Benoît de répondre : "Avec sa trompe !". Et ça, dit Mariage, c'était pas écrit. De la pure impro à la Ben.

    Enfin, Mariage a évoqué une autre Belgique à deux vitesses : " Pour tourner dix jours à Charleroi, il suffit de deux heures de réunion. Pour tourner deux heures à Anderlecht, il faut dix jours de réunions."

    Courez vite voir le film tant qu'il est encore à l'affiche.

     

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    14 mars

    "Violette"

    Martin Provost s'attaque une fois de plus à la biographie d'une "pas connue".

    Violette Leduc, une femme en guerre, contre elle et contre tout, qui se noie dans la passion de l'écriture. Et la recherche passionnée de la reconnaissance en guise de thérapie. 

    Elle ose écrire crument sur la sexualité des femmes à une époque où il était interdit, même pour un écrivain mâle, d'appeler une chatte une chatte. Sous peine de se faire taxer de pornographie. Alors, pensez ! Qu'une femme ose se glisser le doigt sur la couture sensible du littérairement prêt à porter…

    Ecorchée par son passé de bâtarde, dans le Paris du marché noir, elle rencontre Simone de Beauvoir et Jean Genet, qui l'encouragent, la soutiennent et la font éditer chez Gallimard. Violette-Emmanuelle Devos et Simone de Beauvoir-Sandrine Kiberlain éclaboussent le film de leur juste jeu. Ceux qui ont aimé "Séraphine" se sentiront à l'aise de cet anti-biopic, où Olivier Gourmet tient sobrement un rôle de parfumeur-mécène-homo. 

    Le récit s'écoule sans heurt grâce à une écriture cinématographique fluide qui ne retient que l'essentiel. Un photographie tellement belle que l'on souhaiterait parfois avoir une zapette en main pour arrêter l'image.

     

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                                          La "vraie" Violette Leduc.

  • Carnets du 26e Festival du Cinéma Belge de Moustier-sur-Sambre

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    12 mars

     

    "Les âmes de papiers"

     

    Pitch : un veuf et une veuve (et leurs défunts) qui font ménage à quatre.

     

    Pensée : Après que Julie Gayet ait roulé une pelle à Stéphane Guillon,  

    je crois qu'il a dû penser à un truc du genre : "La pub ne ment pas. Le vieux hollande a vraiment du goût !"

     

    Dans l'après-film, Vincent Lannoo, confiait : 

    "La révélation de la liaison Gayet-Hollande m'a fait perdre beaucoup de temps, parce que les médias me harcelaient de questions auxquelles je n'avais rien à répondre. Sur le tournage, j'avais bien remarqué ce livreur de pizza en scooter qui venait livrer quatre ou cinq fois par jour. Il n'enlevait jamais son casque. Il avait toujours un mot gentil. Je parlais de tout et de rien avec lui, comme je le fais naturellement avec les gens. Si j'avais su ! … Hé ! Je blague ! C'est faux ! …"

     

    * Le réalisateur Vincent Lannoo et l'auteur (et) scénariste François Uzan avaient prévu un autre titre : "Six pieds sur terre".

    * Les premiers rôles devaient être interprétés par Laura Smet et Nicolas Bedos.

    * Vincent Lannoo avait demandé à son scénariste (qui avait aussi écrit l'histoire) d'être présent chaque jour sur le tournage.

     

    http://www.cinevox.be/les-ames-papier-y-aura-t-il-neige-noel/

  • Anne Liégeois

     

    Anne Liégeois

    a notamment illustré, pour les

    éditions Duculot, "Les églises romanes de Belgique"

    et "Les églises romanes de France".

    Elle dessinait comme on respire,

    naturellement, profondément. 

     

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                                                         6 mars 1948 - 22 février 2013

     

    anne dessine

     

    tellement fluide

    tellement gracile

    tellement simple

    la ligne semble couler du bout du porte-mine

    est-ce la main qui guide la mine

    ou les doigts nerveux

    qui se laissent mener 

    dociles

    par le sillon tactile

    né dans le regard éclairé

    de la chouette

    derrière les lunettes

     

    anne dessine

     

    tellement souple

    tellement nue

    tellement naturelle

    la ligne court sur le grain du papier

    suis-moi

    suis-moi

    crie la ligne

    en essuyant le charbon de ses pieds

    sur la neige fraîche de la page

    suis-moi

    suis-moi

    je t'emmène jusqu'au bout du dessin

     

    et anne dessine

     

    suis sa ligne

    sans gomme

    laissant le soin

    à son regard

    d'oublier les détails

    qui la gênent

    parce qu'ils ne sont pas importants

    à son chouette regard

    de chouette

    derrière ses lunettes

     

    anne regarde la maison

    debout devant elle

    puis la maison

    couchée sur le papier

     

    la ligne s'arrête de courir

    il reste beaucoup de blanc

    mais la page est pleine

     

    anne sourit

    le dessin est fini

     
  • Douce France Passion

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    Jeudi passé, ayant oublié mon quotidien préféré à la maison, je me retrouvai

    sans lecture, au volant du motorhome (*) dans la file du contrôle technique.

    L'esprit vacant, la pensée en jachère.

    Comme la radio était débranchée, j'avais le choix entre le manuel d'entretien du véhicule, le guide Nathan des oiseaux d'Europe, le Petit Larousse 2004 -qui sert de juge suprême dans les conflits conjugaux- ou la carte de France Michelin 2009 au 1 : 1 .000.000 (1 cm = 10 km). Le modèle recto-verso, où l'Hexagone est coupé en deux quadrilatères, de la Vendée à Genève.

     

    Miraculeux.

    L'esprit buissonnier, j'ai déplié le plan de ma plaine d'errances préférée.

    J' y ai retrouvé les chemins amis qui mènent à Champosoult, une oasis normande à côté de Camembert. Où des dromadaires roux-blanc-noir mâchent les boutons d'or en rêvant de calva. 

    La route cousine qui va jusqu'à Perros-Guirec, en patchworkant la mer de tous les bleus du ciel. 

    Le roman sentier des Compagnons qui mène à Mesnac où le cognac se schweppes. Et plus loin jusqu'à Bran, où la Charente hésite entre mer et Gironde. 

    Toujours plus au sud, en outre-Garonne, la route de Marmande pose ses espadrilles à Lamothe-Landerron, où la tomate se sucre sur le dos du soleil. 

    Puis virant lot pour lot on rentre dans les terres, airant à Monségur, d'où la vue se perd dans un champ de bastides. 

    Et de là, pardi, c'est l'heure du Tarn, à Saint-Genest-de-Contest, pays de Lautrec où fleurit l'aille roze et l'accent de Gaillac. 

    Quand le sextant du cœur indique l'orient, voilà le Lubéron qui dessine l'horizon de ses crêtes, protégeant Lourmarin. 

    À contre-mistral, on remonte vers Grenoble, où Saint-Égrève se cache à l'aplomb du Néron. 

    Et c'est déjà Roanne, la gourmande qui trois-grosse en parlant charolais.

    Un tour de France ami sans étapes contre la montre. Un tour de France de parlottes, en oubliant le soir. De petites bouffes sans esbroufe en émerveillements partagés.

    Un tour de la France copine, paysagère, gourmande et agricole (**).

     

    Nous avons depuis longtemps laissé les autoroutes à leurs stations services pompeuses d'euros-millions.

    Préférant nationales et ex-départementales où les "Routiers" subsistent guettant le camionneur allergique aux péages.

    Traversées boulangères marchant à la baguette suivant les rues jalonnées du rouge des charcuteries. Cœurs de villages battant des places de marché et des cafés du commerce. Où germent les poncifs à l'ombre des pastis. 

    Nos étapes, s'appellent aussi "France Passion", une association d'agriculteurs de toutes disciplines qui accueillent gracieusement les camping-caristes adhérents.

    Fermes laitières normandes ou bourguignonnes, chèvriers provençaux, apiculteurs tarbais, vignerons d'Oléron et de tous les terroirs, distillateur de lavande de Valensole, gras foies périgourdins et gais presseurs de noix, éleveurs de rousses limousines ou d'escargots "made in Lubéron". Bouilleurs de crus ardéchois ou cognaçais, planteur de lentilles champenois-berrichon, beaujoleurs de gamay et cueilleurs d'acacias…

     

    La France paysanne, quelque part entre Alexandre le Bienheureux et mon oncle Benjamin.

    France de "La billebaude". France de Vincenot.

    France de la bicyclette. France de toutes les Paulettes. 

    Du cap nord de Bray-Dunes au cap sud de Cerbère. 

    Douce France angélique, angevine… Où Trénet chante encore. 

    France d'avant que Marine et Le Pen ne deviennent des gros mots.

    Douce France qui cache parfois ses couteaux sous le comptoir.

    France des comptes à régler et qui "veut gagner des millions".

    France qui oublie doucement Coluche en écoutant Sébastien.

    France de France Inter ou France de France Bleue.

    France qui figarote le doigt sur la culotte.

    France qui revit Mauriac sans jamais l'avoir lu.

    France aux saints démons qui pointent les différences. 

    France qui change entre les lignes. France aux votes incertains.

    France d'en bas, opinel à la boutonnière et rose entre les dents.

    France d'en haut qui craint qu'Hollande n'en fasse un pays bas.

    France des cités et pas des prospectus.

    France des Français. France des hiatus.

     

    France où j'ai quand même hâte de reposer mes pneus.

    Juste pour dérailler ailleurs. Juste pour souffler un peu.

     

     

     

    (*) "Camping-car" pour les Hexagénaires et "mobilhomes" pour beaucoup d'amis belges.

    (**) Bon sang de bonsoir, quand Larousse va-t-il se décider à rééditer son Dictionnaire agricole de la France ?