Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

cuisine

  • Foodmémos

    Gilles Maget a remplacé son blog "Mémos de cuisine" par ce "Foodmémos".

    Voici sa dernière recette.

    Il en profite pour glisser un joliment troussé petit hommage

    au jardin de sa maman.

     

    http://www.foodmemos.me/project/penser-aux-derniers-haricots/

  • Vaisselle de fête

     

    P1020986.jpg

    (Illustration : Leo Sallustio)

    Hier ils étaient là, autour de la table. Et leurs verres étaient pleins.
    Et leurs rires étaient clairs. Comme leurs yeux et nos souvenirs.

    Aujourd'hui, c'est la vaisselle de la fête.
    Un moment précieux.
    Un à un leurs verres passent par mes mains.
    Et je me souviens de ce qu'ils ont ri en les vidant.
    Et je me souviens de ce qu'ils disaient d'une gorgée à l'autre.
    Et je me refais une fête. Dans ma tête. Plus intime.
    Plus infime.

    L'iPod est sur son socle. Et Souchon susurre .

    "Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Tant de processions, tant de têtes inclinées
    Tant de capuchons tant de peurs souhaitées
    Tant de démagogues de temples de synagogues
    Tant de mains pressées, de prières empressées

    Tant d'angélus
    Ding Qui résonnent
    Et si en plus Ding
    Y'a personne"

    D'abord, les verres à bulles de l'apéro.
    Flûtes fragiles, cadeau de mariage de la cousine de Fosses.
    Là leurs mots aussi se sont mis à pétiller.
    Je leur avais fumé du magret.
    Et ils aimaient.
    En se demandant des nouvelles de leurs petits bobos.

    Et Souchon en remet une :"Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Il y a tant de torpeurs
    De musiques antalgiques
    Tant d'anti-douleurs dans ces jolis cantiques
    Il y a tant de questions et tant de mystères
    Tant de compassions et tant de révolvers

    Tant d'angélus Ding
    Qui résonnent
    Et si en plus Ding
    Y'a personne"

    Au tour des verres à blanc qui escortaient l'entrée.
    Moins précieux. Plus râblés.
    Ils parlaient retsina en buvant sauvignon.
    Ils ont tsiprassé beaucoup, et podemossé un brin.
    Et le gaspaccho aux amandes nous a ramené
    à nos vingt ans, en '68.
    Dans une Catalogne sans Costa Brava.

    "Barouh hachem, Inch Allah
    Are Krishhna, Alléluia

    Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Si toutes les balles traçantes
    Toutes les armes de poing
    Toutes les femmes ignorantes
    Ces enfants orphelins
    Si ces vies qui chavirent
    Ces yeux mouillés
    Ce n'était que le vieux plaisir
    De zigouiller

    Et l'angélus Ding
    Qui résonne
    Et si en plus Ding
    Y'a personne"

    Une couche de lie aubergine tapisse un grand verre INAO.
    Je sais qui a eu la dernière goutte de ce vieux flacon.
    Les boulets sauce lapin de la mère Michelle étaient déjà un goûteux souvenir
    quand il a prononcé le mot "dieu".Juste pour dire :
    "Dieu que c'était bon ! Le petit Jésus en culottes de velours !"
    C'est à ce moment qu'ils ont commencé à mécréer.
    Et que la Sixtine a tremblé quand leurs saintetés se sont retournées dans leurs tombes. Plusieurs fois.
    Et qu'un autre bouchon à quitté son goulot pour toujours.

    Les verres tintinabullent sur le plateau qui les mène au repos.
    Jusqu'à l'armoire de grand-mère.
    Jusqu'à la prochaine.
    Petite musique d'après.
    Mélodie de générique de fin d'un diem bien carpé.

    Et l'iPod sur son socle.
    Brassens attaque : "Mourir pour des idées d'accord, mais de mort len-en-en-te…"

    Et moi, j'attaque les casseroles.

  • De la positivité de la blanquette.

    "J'aime les dimanches, parce que, ce jour-là, les autres n'en secouent pas une."
    (Jean Pathie).

    "De l'influence de la blanquette dominicale sur la pensée positive à travers les âges" (réflexions dominicales d'un épicurien à l'ancienne).

    IMG_5244+copie.jpg



    D'abord une pensée émue et non moins positive à Félicie, l'adorable maman du commissaire San Antonio. Ben quoi ! On a chacun son immaculée conception !

    La cocotte est en fonte. Le gras est de canard, et le laurier de Valensole y grésille déjà. Le veau a moins de six mois. Les carottes sont bio (bjo, pour les amis d'outre Heer-Agimont). Le thym vient du jardin de Michelle. Et les champignons sont blancs, revoilà le printemps, est-ce normal maman ? L'air embaume déjà avant le plongeon synchronisé de l'oignon des Cévennes (pas trouvé de grelots, les gilles ont tout pris !) et de l'ail rose de Lautrec. Non, pas de lardons. Ils regardent You Tube avec Chromcast dans la pièce d'à côté. Reste plus qu'à rouler les boulettes -petites, petites- et à mouiller avec le bouillon. Une demi-heure avant de servir, j'ajouterai les champignons de Lutèce juste cuits dans le jus de citron.

    La suite, vous la connaissez, on n'a rien fait de mieux depuis la disparition des iguanodons de Bernissart, dont par ailleurs, on n'a jamais vraiment su ce qu'ils allaient foutre dans cette mine de charbon perdue du côté de Blaton.

  • Melchior, Balthazar, Tom&Co

    th.jpg

    - Allo ! La pâtisserie "Les délices d'Insuline", bonjour !
    - Bonjour Madame, est-ce que par hasard vous n'auriez pas des galettes des rois pour une personne ?
    - Avec une fève ?
    - Ben oui, comme je suis seule, et que je n'ai plus beaucoup d'appétit, voyez vous.
    L'année passée j'avais pris une galette pour six personnes, et je n'ai trouvé la fève que le 13 janvier. Et tous les jours je regardais la couronne sur le buffet. C'était un peu triste n'est-ce pas.
    - Mais avec une seule fève, vous êtes sûre d'être reine à chaque coup !
    - Ben oui. Mais je pourrais manger une moitié à midi et laisser l'autre pour le soir, pour le suspense...
    - Et si vous tombez sur la fève à midi ?
    - Ben alors, je mangerai le reste au soir avec déjà ma couronne sur la tête. Ça fera encore un peu fête ainsi, vous ne croyez pas ?
    - Je voudrais bien vous aider, mais une galette, c'est une galette. On ne fait pas plus petit, vous comprenez.
    - Ah ! (Silence)... Bon, ... (Re-silence. La pâtissière, n'entend plus que l'entrechoquement du téléphone contre la branche des lunettes) ...
    - Allo ! Vous êtes toujours là ?
    - Ben oui, où voulez-vous que j'aille ?
    - Ce que je peux vous faire, c'est une petite frangipane et mettre une fève dedans...
    - Oui mais je vais voir le trou alors... Et je saurai où elle est. Et puis ce n'est pas tout à fait la même chose. Il n'y aura pas de pâte feuilletée au-dessus, voyez vous. Et puis, ça je peux le faire moi-même avec des frangipanes Lotus et un haricot sec. J'en ai toujours un paquet pour quand la voisine revient avec mes commissions... Elle est gentille ma voisine... Elle a un chienwawa. Chez Tomèco, elle a acheté une galette des reines "maîtresse-chien", mais elle se demande s'ils mettent vraiment une fève dedans. Parce qu'un chien, ça bouffe tout sans mâcher, et alors elle ne peut vraiment pas savoir si c'est lui qui a vraiment eu la fève ou s'il n'y en avait pas du tout. Vous savez, avec ces magasins-là, c'est pas comme chez vous... ils sont capables de tout... Et elle ne va pas aller farfouiller avec son gant en plastique au square dans le petit caca du matin pour voir si son chienwawa a bien droit à la couronne... parce que ils ne font pas les mêmes couronnes pour toutes les races, voyez-vous ...
    - Ils ne vont quand même pas mettre une puce GPS dans la fève pour suivre le trajet sur sa tablette !
    - Une tablette, quelle tablette... une tablette de quoi ?
    - Bon, j'ai dix personnes qui attendent, moi ! Et si vous faisiez comme notre reine Fabiola ! Sauter une année ?
    - Ben ça alors elle a raccroché. Hi ! Hi ! Six minutes top chrono. Elles raccrochent tous les ans... Mais le coup de tante Fafa, fallait oser. Je lui donne un huit.

    Allez encore une adresse à barrer dans les pages jaunes du bottin. De toutes façons j'ai jamais pu avaler ces galettes.
    C'est sec comme tout. Et ça colle à mon dentier. Et puis il me reste toujours une demi-bûche de Noël 2013 au surgélateur. Ah ! ils croient que les vieux ne savent pas s'amuser tout seuls ! Moi, ma playstation, c'est le bottin et mon vieux téléphone à fil... Et mon petit doigt de porto...

    - Allo ! La pâtisserie "Au baba gourmand", bonjour ! ...
    - Bonjour Mademoiselle, est-ce que vous ne feriez pas des ....

  • Courses à Givet (suite)


    Lalsacienne.pngAh ! La mémoire… Retour aux courses (sources ?) à Givet !
    Comment ai-je pu oublier les émincés de gésiers confits Fleury-Michon, le quinoa gourmand de Tipiak (Bretagne)… ?
    Et les biscuits Chamonix orange, que ma fille m'a tendus, avec un sourire en coin : "Tiens c'est pour maman !". Comme si …
    Chamonix orange ! Jadis de l'Alsacienne, et maintenant de LU, et désapprouvés en Belgique.
    Rien qu'en imaginant l'emballage, je décolle. Je ferme les yeux et je sensth-1.jpg d'abord la touche du glaçage qui colle un peu au palais, puis la pâte du biscuit qui s'effondre sur la langue, libérant l'onctuosité du fourrage et une saveur amère d'orange en marmelade…
    Souvenir d'un moment de luxe pour nous qui, enfants, nous contentions de viser, l'air de rien, les "Biarritz" belges dans la grande boîte mélange de Delacre. Et encore, seulement quand il y avait des "gens" en visite à la maison.
    De là, il n'y a qu'un pas pour plonger dans la panade. Sans rouvrir les yeux.
    Orange pressée, banane mûre écrasée avec un biscuit Delacre "L'écolier"… Des "biscuits de soldats", comme on disait.
    Moi, j'étais trop grand quand la "panade" a fait son entrée dans l'univers des mamans responsables formées à "La goutte de lait", ancêtre de l'ONE. Mais marraine Denise de Falisolle, ma tante, en préparait pour mon cousin Pierre. C'est là que j'ai goûté.
    Puis, père à mon tour, j'ai sacrifié au rituel. Les Betterfood avaient remplacé les gros "Ecolier", mais le goût n'avait pas changé. Si j'en voulais une béquée, il fallait que je goûte en cachette, en préparant, parce que ni Barbara, ni Gilles n'en laissaient dans leur assiette. Ou alors, c'est qu'ils couvaient quelque chose.
    Même que Barbara a "replongé" dedans en pleine adolescence.

    images-1.jpegQue l'on nourrisse son corps de "pluma de belotta iberica" ou de cassoulet Spanghero, le résultat à l'arrivée est toujours aussi immonde me direz vous.
    Certes.
    Mais la centaine de grammes de ce porc issu de cochon noir, nourri aux glands (belotta), servie grillée et rosée, dégustée et commentée, aura rendu notre esprit meilleur que la louche de saucisses-haricots tomates engloutie distraitement en vitesse.
    Mâcher, mâchouiller, machinalement. L'esprit ailleurs. Pendant que la panse s'emplit en rêvant de satiété.
    Le goût exhausté qui fait qu'un cassoulet Zwan est pareil à des ravioli Buitoni, laisse l'esprit hors-jeu. Parce que ce jeu n'en vaut pas la chandelle, l'esprit, mis en veille par l'odeur dès avant la première bouchée, botte en touche et fait roue libre.
    En revanche, choisir les produits en imaginant déjà leur future élaboration, ou lire l'énoncé d'un plat à la carte d'un resto, en écoutant les conseils d'un maître d'hôtel, sont des démarches cérébrales qui mettent l'esprit en éveil dès avant la première odeur échappée de la cuisine. La suite n'est qu'une question d'attention et de respect.
    Fermer les yeux, se concentrer sur l'huis clos de la bouche.
    Le cracottement ou la caresse des consistances. La lutte ou le mariage des saveurs. Leur évolution. Le dépistage d'une épice où d'un condiment. Des moments de méditation qui rendent la déglutition accessoire. Fermer les yeux empêche la main, et la fourchette qu'elle tient, de s'empresser de préparer la deuxième bouchée que la "mâchine" réclame déjà. Alors que les mâchoires sont encore au turbin.
    Essayez avec le café du matin.
    La première gorgée. Les yeux fermés. Comme le journal encore plié.
    Laisser le temps à l'esprit d'écrire ce qu'il ressent sur la feuille blanche de la première pensée du jour.
    Puis une deuxième gorgée. Moins brûlante, mais sur des papilles déjà décapées par la première. Une autre sensation. Un autre plaisir. Essayez, les yeux fermés.
    Ce n'est qu'un bon moment à passer.

  • Les vacances à domicile

    Hier, en ouvrant le frigo, je me suis cru, tout cru, en vacances. C'était comme dans le motorhome (camping car, à la rigueur, mais surtout pas mobilhome !) en plein mois de juin.
    Faut dire qu'il nous -Barbara, Mimi et moi- avait pris la "zinne" d'aller faire les courses à Givet. Soit le coin de l'hexagone le plus proche de chez nous.
    Faut dire aussi qu'au départ les motivations étaient louables : remplacer les réserves constituées lors du dernier séjour, et gravement en voie d'épuisement.
    Il s'agissait surtout de produits "lights", comme le chocolat-Poulain-en-poudre-tout-prêt-qu'il-n'y-a-plus-qu'à-rajouter-l'eau-chaude (40 kCal pour une tasse), mais qui se mélange très bien aussi au yaourt et au fromage blanc "maigres". Comme aussi la mayonnaise en tube Bénédicta "10 % de matières grasses". La moins dégueulasse de l'espèce. Sans oublier les petits carrés frais 0% "Elle-et-Vire", aux fines herbes et à l'ail. Ni la cancoillotte de Franche-Comté, 4% mat.gr. Et la limonade Fizz Taillefine aux fruits rouges. Sans oublier le jus de légumes bio Paquito (au bon goût de betteraves rouges) la moutarde Savora, les raviers de carottes râpées, les trios de purée de légumes Bonduelle (sans graisse) et les cachous Lajaunie (sans sucre). Tous des petits bonheurs introuvables en Belgique.
    En route, on a parlé de régimes -donc de bouffe par défaut- et de diététiciennes sympas et pas culpabilisantes.
    À l'arrivée -c'était déjà ainsi en septembre din l'Nord- plus de "Poulain Ligne Gourmande" en rayon (1).
    Mais pour le reste, tout était bien là.
    Évidemment, on n'a pas pu résister à faire, en plus, l'emplette d'une tende de tranche de charolais, et de l'onglet qui allait avec. Le ravier de queues de porc en promo a sauté à jambons joints dans le caddy. En caddimini ? Vite suivi par une paire de magrets "label rouge" du Sud-Ouest. Une tranche de tripes mode de Caën a aussi pris le train en marche. On n'allait pas lui dire non.  Et comment se passer du saucissons de cheval à l'ail, vulgairement appelé "biroute d'indien" ! Misère à poil, à côté des cancoillottes, il y avait du roquefort "Papillon", le préféré de Mimi, et un saint-félicien fleuri et tendre comme une première communiante. Enfin, une première communiante de notre temps. Vous savez, les petites mariées froufrouteuses et rougissantes… Rayon surgelés le Trio (diététique) Bonduelle -courgettes, petits pois, brocolis- n'était pas loin de la poëlée de pommes de terres au cèpes et... à la graisse de canard, qui a demandé pour venir passer le week-end en Belgique. (C'est gras le confit ?). Juste à côté une nouvelle variété de macarons : mandarine, chocolat blanc, caramel beurre salé, … Bon, juste pour goûter… Près des caisses comme on approche de Noël, notre charette a accepté d'héberger quelques étuis de "Sarments du Médoc", chocolat noir-mandarine.
    Et dans la voiture, en rentrant, on a recommencé à parler de régimes, de rapports psychologiques à la nourriture. Tout ça avec le coffre bourré-congestionné de boustifaille bien pensante.

    product-899896.jpg(1) Aux dernières nouvelles Mondelez (ex-Kraft Foods) qui avait racheté Cadburry, lequel avait racheté Poulain, a décidé d'arrêter la fabrication du Poulain Ligne Gourmande en poudre au grand dam de la clientèle française. Pour mémoire, c'est le même groupe qui possède Côte d'Or, mais aussi Carambar, Cachous Lajaunie, La Pie qui Chante, Pastilles Vichy, Les pastilles Suc des Vosges, etc…

  • La mort du goût

     

    Unknown-3.jpeg

    Il n'y a jamais eu autant d'émissions radio-télé traitant de la bonne bouffe. De bons bouquins culinaires à vous faire baver sur le plastron, de magazines spécialisés (1), de chroniques, de guides gastronomiques, de cours de cuisine, d'ateliers.

    Et pourtant ...

     

    L'autre jour, en vacances dans le beau pays de Hollande (en France donc) je me la jouais  "bon-papa-sait-tout" face à mes petits-enfants. 

    Unknown.jpeg

     

    En leur offrant une bonne vieille boîte de bonbons "La Vosgienne", je m'étais lancé dans l'évocation nostalgique du bon vieux suc des Vosges, etc., etc. 

     

    "Damned & shame on me !" lorsqu'en retournant la boîte, je constatai qu'ils étaient, à présent, fabriqués en Espagne.

     

    Toujours en France, l'an passé, ayant lu le mot "Lautrec" (capitale tarnaise de l'ail rose) sur l'étiquette, j'achète quelques têtes d'ail. Rentré en cuisine, je lis, en tout petit, que l'ail provient en fait d'Italie, mais que le grossiste est bien installé à Lautrec.

    Grosse déception aussi en lisant (tout petits caractères) que la sauce "à" la harissa "Flambeau du Cap Bon", vendue chez mon boucher marocain, est fabriquée au Royaume-Uni. À base, vraisemblablement, d'harissa tunisienne, mais bon…

    Autre coup au cœur ! Ayant découvert en France un excellent chocolat noir "Côte d'Or" fourré citron-gingembre, je le cherchai en vain en Belgique. Rien ! Sauf chez Intermarché ! Un coup d'œil à l'emballage m'apprit qu'il était fabriqué à … Hambourg.

    Unknown-1.jpegDernière pour la route. Comme beaucoup de gourmands, je me laisse parfois berner par le look des étiquettes qui fleurent bon le terroir. Mais, méfiant quand même, je les lis aussi ces étiquettes (2). Ainsi, dans un Carrefour d'Outre-Quiévrain, j'ai remarqué que le cassoulet de Castelnaudary "Reflets de France" était fabriqué par la société Spanghero. Vous savez, ceux qui ont permis à une lasagne de remporter le Prix de l'Arc de Triomphe, en la dopant avec du bourrin roumain. 

    Après recherches, il s'est avéré que les cassoulets de Castelnaudary "Nos régions ont du talent" (Leclerc) et "Patrimoine gourmand" (Cora) provenaient, eux aussi, des  chaînes de fabrication spanghériennes.

    Bonne nouvelle quand même ! Même s'ils appartiennent aujourd'hui au groupe Kraft Foods, les cachous Lajaunie sont toujours fabriqués à Toulouse et les pastilles Vichy à Vichy.

     

    On comprend que depuis 2010, les Français aient fait inscrire le "repas à la française" au patrimoine immatériel de l'humanité (3) ! 

    Parce que, entre image, réputation et réalité… la France doit faire gaffe au tout en conserves et en barquettes. Il est une autre gastro qui ne finit pas par "nomie" !

    Quand on voit les montagnes de boîtes de mauvais (archi cuit) foie gras en conserve proposées aux chalands rien que dans les boutiques de la ville de Sarlat, ça fout le cafard. Les gens bouffent ça, aiment ça et en font une référence parce que c'est "made in Périgord". Et, pour eux, cela devient la norme. Et dire qu'on gave des canards et des oies pour produire cet espèce de pâté Zwan amélioré ! Même un éleveur d'oie du Périgord a voulu nous faire croire que son foie d'oie en boîte était mi-cuit ! Les yeux dans les yeux, en me faisant comprendre que j'y connaissais rien. "Crois moi, va t'faire, si j'te mens j'vais pas m'en faire".

     

    Il suffit aussi de parcourir le rayon conserves d'une grande surface pour en avoir confirmation. C'est pas "que" les touristes qui achètent (et mangent) ces mixtures aux noms régionalistes ronflants et au goût passe-partout.

    Progressivement, les palais -ce qu'il en reste- se sont faits au goût du réchauffé.

    Et pas mal de restos ont suivi. Ils auraient tort de se gêner puisque les clients en redemandent. 

    Pour mettre un cube de bouillon dans une casserole de légumes surgelés, Knorr a besoin d'un chef en grande tenue. Et ça marche. 

    Et la vieille ficelle de la fierté de la maîtresse de maison fonctionne toujours. 

    "C'est de toute façon meilleur que si je le cuisinais moi-même !".

    Et comme les enfants ne connaissent rien d'autre, ils mangent et tais-toi !

     

    On se pose aussi des questions quand on entend les citoyens vous donner leurs recettes…

    Sur les rochers en Bretagne : - Vous les préparez comment les berniques ?

    - Ben, un peu d'ail, un peu de persil, un peu de beurre ! C'est bon avec l'apéro !

    Sur l'estran en Charente : - Ça se mange comment les pétoncles ?

    - Ben, ail,  persil, beurre ! C'est chouette avec l'apéro !

    À Bray-Dunes sur la plage : - Vous les faites comment les couteaux et les tellines  ?

    - Ben tin ! Du beurre, d' l'ail, du persil ! Ch'est bon avec el'picon-bière !

    En forêt : - Ça se cuit comment les cèpes ?

    - Pardi ! Ail, persil, graisse de canard ! Pour l'apéro y a pas mieux !

    Au marché à Biarritz : - Vous les préparez comment vos supions ?

    - Quelleu question ! Un peu d'ail, un peu de persil, de l'huile, un peu de tômate ! C'est top avè l'apéro ! 

    Liberté, égalité, ail, persil et apéro !

     

    Ah ! L'apéro ! L'heure sacrée où, une fois les papilles euthanasiées par quelques pastis et le tube déjà encombré par les mises en gueule, le bon peuple se fiche que le foie gras tri-cuit vienne d'un canard hongrois dans une boîte périgourdine, que les carottes râpées arrivent en rampant de chez Bonduelle, avè le cassoulet toque rouge casaque noire de Spanghero, le pinard du cubi et le petit salé aux lentilles glutamatées de chez William-Saurin. On ne sent plus la différence. Et on s'en bat convivialement la gamelle avec une tartiflette surgelée.

    "Et il est où l'autre cubi Ginette ?"

     

    Il reste heureusement des familles pour lesquelles décider son menu en faisant son marché est une démarche naturelle. Où le monsieur fait ses confitures sans rougir. Des maisons où le fourneau n'est pas qu'un accessoire du four à réchauffer, et sert à autre chose qu'à faire bouillir l'eau des pâtes.  On en connaît. Et c'est p'têt bin pour ça aussi qu'on les aime.

    Il reste des mères, des grands-mères, pour transmettre le goût du goût.

    Il reste aussi des chefs dont les cuisines sont encore des ateliers et non des réchauffoirs. 

    Des restos, où le poulet de Bresse "label rouge" ne se fait pas ultravioler par des micro-ondes avant de finir sous une lampe à infra-rouges en attendant le client.

    Il reste aussi des marchés et des artisans de bouche. 

    Hélas, quand on est en devoir d'écrire quatre fois "il reste", c'est que l'autre restant s'est déjà barré …

     

     

     

    Unknown-4.jpeg(1) Dont le nouveau "Beef", encore difficile à trouver en Belgique : http://www.beefmagazine.fr/

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (2) Bien vu : http://gourmandisesansfrontieres.fr/2011/12/zoom-sur-les-marques-distributeurs-mdd/

     

    "Nos régions ont du talent", pas jeter le bébé avec l'eau du bain : http://www.e-leclerc.com/espace+nos-regions-ont-du-talent/nos-regions/article+edito+216848+labels-et-logos

     

    En voyant cette pub, comment croire au cassoulet industriel ? : http://vimeo.com/58087439

     

    Le cassoulet dans toute sa noblesse : http://www.confrerieducassoulet.com/la-route-du-cassoulet.html

     

     

    (3) " Le repas gastronomique des Français est une pratique sociale coutumière (…) Il s’agit d’un repas festif dont les convives pratiquent, pour cette occasion, l’art du « bien manger » et du « bien boire » (…)  Parmi ses composantes importantes figurent : le choix attentif des mets parmi un corpus de recettes qui ne cesse de s’enrichir ; l’achat de bons produits, de préférence locaux, dont les saveurs s’accordent bien ensemble ; le mariage entre mets et vins ; la décoration de la table ; et une gestuelle spécifique pendant la dégustation (humer et goûter ce qui est servi à table). Le repas gastronomique doit respecter un schéma bien arrêté : il commence par un apéritif et se termine par un digestif, avec entre les deux au moins quatre plats, à savoir une entrée, du poisson et/ou de la viande avec des légumes, du fromage et un dessert. " (16 novembre 2010)