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  • Face à Face

    3255978611.jpgC’est l’histoire d’un Face mec.
    Et ce mec un jour il décide de faire le ménage dans ses Face amis, le mec.
    D’abord celles.ceux qui ne le « J’aime » pas assez souvent.
    Buiten ! Fired ! Despedido ! Gefeuert ! Virés, quoi !
    Comme il n’aime pas les chiens, il supprime ensuite tous ceux qui publient sans arrêt
    des photos de leur.s clébard.s. Puis ceux qui sont contre les corridas.
    Puis ceux qui donnent des cours de « philo-vivre-heureux-le-moment présent » à 3,50 €.
    Puis ceux qui veulent des croix partout et qui voudraient que le 21 juillet ne soit fêté
    que par des belgo-belges de minimum troisième génération.
    Puis ceux qui photographient tout le temps ce qu’ils bouffent au resto.
    Puis ceux qui disent tout le temps dans quel aéroport ils sont.
    Puis ceux qui disent tout le temps bonjour au matin et au revoir le soir.
    Bon, ça fait déjà un bon paquet de « retirer de la liste d’amis ».
    Restent encore 180. Quand même !
    Ah ! oui, ceux qui aiment-adorent les chats…
    Ben ils sont plus là !
    Sûrement que c’étaient les mêmes que ceux qui détestaient les corridas.
    Ben les écolos non plus ils sont pu là ! Forcément.
    Ni ceux contre la violence faite aux femmes et aux enfants.
    Décidément !
    Restent encore les commentateurs de foot et de tennis « on line », les
    exposants d’œuvres d’art, les critiques de films, les amateurs des vieux tubes des sixty-seventy-eigthy-nineties, …
    Et ceux qui sont pour l’écriture inclusive.sive.
    Ceux qui sont spécialisés en nécrologies.
    Et ceux qui changent sans arrêt de photo de profil.
    Et celles.ceux qui n’en mettent pas.
    Ceux qui vous promettent mille morts si vous ne partagez pas leurs trucs sur le cancer.
    Et les activistes et autres militants cervantesques
    Et pî ceux qui postent des blagues qui tournent depuis des années.
    Et ceux qui balancent des recettes de gratins caloriques toujours bourrés de fromage et d’oeufs.
    Allez, encore un petit effort.
    Ah oui, reste.ent une trentaine de gonzes-zesses qui ne pensent pas comme lui au sujet du Moyen-Orient. Le mec .
    Et celui qui se demande si c’est bien prudent de placer une étoile au faîte de son sapin de Noël.
    Et aussi s’il faut -ou pas- une majuscule à noël. Allez, à la trappe.
    Et mènant qui qui reste…
    Hein ? Qui qui reste ?
    Ben lui. Un réseau social à lui tout seul. Le mec.
    Face à Face !

    Au bout de deux jours, se sentant très seul, il s’en alla au cinéma. Tout seul.
    Là, il rencontra un ancien voisin qui lui demanda s’il ne voulait pas adopter un chaton.
    Rentré chez lui, il photographia son nouveau copain félidé.
    Et posta la photo en « couverture » sur sa page Facebook.
    Il fit de même avec sa tronche et remplit ainsi l’espace réservé à sa photo de profil.
    En souriant tristement devant le pathétique de la situation,
    il posta aussi un petit texte : « Suite à un bug, Facebook a effacé ma liste d’amis.
    Ne vous étonnez donc pas si je vous ré-invite. A bientôt ! »
    Il « invita » donc deux ou trois amis d’enfance, quelques condisciples, l’un ou l’autre cousin,
    quelques anciens collègues, et attendit…
    En quelques heures, deux ou trois (non, deux !) « J’adore » ornaient de leur petit cœur rouge
    la photo du chat. Quant à sa tronche,… rien.
    Il aurait suffi d’un ou deux LOL et MDR
    pour lui rendre un peu de sérénité.
    Il enleva donc sa tronche et la remplaça par celle du chat.
    Il ouvrit Google. Chercha des photos de couchers de soleil.
    De chiens marrants qui disent bonjour.
    De chats baillants qui disent bonsoir.
    Des pensées du Dalaï Lama.
    Une chanson de Serge Lama.
    Un avis de disparition inquiétante.
    Une alerte au virus vieille de deux ans.
    Un bouquet de fleurs photoshopé à mort.
    Un dessin de Kroll.
    Il enleva ses chaussettes.
    S’assis sur le fauteuil de la terrasse et photographia ses pieds.
    Et posta, posta, posta.
    Encouragé par les « Vous connaissez peut-être ? », il invita aussi
    pleins d’amis d’amis, des hommes politiques régionaux, des animateurs de radio,
    des gens qu’il ne connaissait ni des lèvres ni des dents, …
    Mais des gens.
    Des gens qui allaient peut-être
    le « J’aimer » à défaut de le « J’adorer » !
    Des gens bien à portée de main.
    Des gentils qu’ils invita sans compter.
    Puis il ferma les yeux et attendit.

    Les premiers avertissements sonores de notifications ne se firent pas attendre.
    Les réponses aux invitations aussi.
    « Et c'était comme si tout recommençait
    La même innocence le faisait trembler
    Devant le merveilleux
    Le miraculeux… ». 
    Non , pardon, mais je me laisse emporter là…
    Faudrait pas exagérer quand même. Quoique…
    Mais toujours est-il qu’au fur et à mesure.
    Dans la solitude de son petit appartement.
    Il se sentit revivre.
    Il était de nouveau quelqu’un pour des gens.
    Il réexistait.
    Il descendit en ville en souriant aux anges
    et à tout le monde.
    S’assit à une terrasse.
    Commanda deux verres de blanc.
    Et, tout joyeux, trinqua avec son smartphone.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Puviôse prématuré

    IMG_20171213_105226.jpgIl pleut
    Mais qui est « il »
    Celui qui peut pleuvoir
    Sans demander la permission
    Il peut lui
    Mais la pluie
    Elle
    Pleut-elle
    Demande au vent qui la porte
    Demande à la porte
    Qui l’empêche d’entrer
    Demande au chien mouillé
    A la poule et au pétard
    Qui dégoulinent
    Dégouttent
    A goutte
    Demande au noir cormoran
    Que la Meuse marron
    Emporte à gros bouillons
    Boueuse éboueuse
    Mijoteuse au pied des barrages
    Aux ventelles ouvertes
    Demande à l’éclusier
    Demande au batelier
    Goutte à la casquette
    Lunettes embuées
    Pourquoi la pluie muette
    Ne nous répond jamais
    Libre
    De tout inonder
    Libre
    De tout assécher
    Libre
    Comme une fille du ciel
    De pleuvoir comme il pleut
    Sans jamais demander
    A quiconque
    Si elle peut

  • Entre saisons

    IMG_1596 2.jpg

    Hier

    Ciel pastel
    Virant au saumon fumé
    Meuse peau d’orange
    En éternelle partance
    Saint Nicolas a pourtant éteint
    Ses fours à couques
    Qui refroidissent lentement
    Pour s’accorder
    A l’hiver venant
    Lequel pointe son nez rougi
    Où perle
    Une liquide et tremblotante
    Boule de Noël
    Cristalline
    En attente de mouchoir à carreaux

     

    IMG_20171210_102204.jpg

    Aujourd’hui

    La pluie a hésité un moment
    Avant de prendre la couleur
    D’un ciel floconneux
    Juste bon à poivrer-saler nos têtes
    Enchapeautées
    Le fleuve a viré ses volatiles
    Inutiles
    Juste une mouette
    Distraite
    Qui se pose entre deux vaguelettes
    Avant de remonter
    Cocher le ciel
    D’un « V » vite effacé
    L’hiver est venu
    Narguer l’automne
    En traître
    Derrière son cache-nez
    Aux grosses mailles
    D’où s’évadent
    Des volutes d’haleine
    Parfumées au vin chaud