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Américain préparé.

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Alors que ce sont eux qui ont le plus de succès, il n’y a jamais qu’un sandwich américain pour six au jambon et six au fromage ? Et quand, parfois, les sandwiches ne laissent pas deviner leur garniture, la collation prend des allures de tirage de lotto, … Avec les fouilles au corps que certains n’hésitent pas à pratiquer de leurs doigts gourmands et fureteurs. C’est souvent aussi le signal de rupture de glace entre des « invités » qui ne se connaissent pas… Une preuve de plus que ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers. Et cela fait des décennies que ça dure.

Ben oui, je reviens d’un enterrement.
Et d’un « après-enterrement », j’allais oser dire, n’en déplaise au défunt, « surtout d’un après-enterrement ».
Parce que les sandwiches d’après l’enterrement, c’est surtout une affaire de vivants.
Revenir à des funérailles dans son village natal, c’est comme tremper une tranche de pain rassis dans le grand bol intact du cacao chaud et odorant de son enfance.
C’est se retrouver assis entre des dames à qui, adolescent, on n’aurait jamais oser dire autre chose que « Bonjour ! » ou « Bonsoir ! ». Le « grand-âge » (dort ?) réduisant les différences d’âges (justement) et de sexe… ainsi que certains interdits parentaux. Les filles avec les filles et les garçons avec les garçons !
C’est là aussi que l’on remet les bons couvercles sur les bonnes casseroles des familles. Que l’on démêle les échevaux compliqués des relations. Que l’on trouve des réponses à de sombres questions qui ont hanté nos nuits… Que l’on découvre de belles personnes que nos timidités d’adolescents avaient mise à l’index.
C’est là enfin qu’on se rend compte aussi que c’est d’abord Facebook qui nous avait permis de nous retrouver. Bien avant le faire-part funèbre. Utiles aussi les photos de profil qui évitent les désobligeants « Je ne t’aurais jamais reconnu ! ».
Ah ! Oui ! On parle aussi un peu, quand même, de la vedette du jour et des bons moments partagés. Mais sans s’appesantir sur les derniers instants, tacitement, comme pour ne pas casser l’ambiance.

« C’est dommage qu’il faille attendre un enterrement pour se revoir, mais bon… c’est la vie… ». Et personne, jamais personne, n’ajoute : « A la prochaine ! ». On ne sait jamais...

Ben ouiche, c’est tout ça un enterrement. Après les souvenirs d’enfant de chœur dans l’église paroissiale où l’on se demande si le confessionnal a gardé l’odeur du cigarillo de Monsieur le curé Carlier, voici le cimetière où l’on profite de l’occasion pour voir comment se portent les tombes des siens. Des visages bienveillants ou toxiques passent un instant dans les mémoires… Inoffensifs, le temps, comme une pelletée de terre, rendant les morts presque tous fréquentables. 

Et on finit toujours par se dire que, comme quoi, même si on n’est pas parmi les meilleurs, si on n’est que jambon, ou que fromage, on est quand même bien content de rester sur le plateau et de ne pas être partis les premiers…

 

Commentaires

  • Ce que j'apprécie le plus dans tes textes de ce style ce n'est pas tant l'instant croqué que la poésie volatile qui se dégage de ta prose.

    Continue, j'adore ces bouffées de parfums litteraires.

  • C'est exactement ça les enterrements.
    J'avais le goût du sandwich en bouche

  • ceux qui partent sont bien heureux,ceux qui restent sont malheureux

  • Merci. Mais qui a écrit cela... ?

  • Pas assez de "américain ".....et trop de faux culs
    .....cela fait donc qques années que je ne vais plus aux enterrements......meilleur pour ma sérénité !!!!!!!

  • très belle page sur ce genre de cérémonie

  • Toujours mous, les sandwiches aux enterrements. Pour préserver les dentiers des pauvres vieux survivants ?
    Une survivante heureuse de l'être.

  • Je vis ce que tu écris...l'abbé Carlier..
    Écris, n'arrête jamais...tu es notre mémoire, Biz

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