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Après l'enterrement...

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Le sandwich au jambon d’après-enterrement avait un gout de non-dits. Celui au fromage aussi.
Il est des êtres qui tuent des familles entières avec leur langue. En compensation d’avoir raté leur vie, ils distillent leurs poisons dans les alambics de leurs cerveaux aigris. Ils murissent lentement leurs élucubrations nocives en les ressassant, une Jupiler après l’autre, en prenant à témoin un public de comptoir. Et finissent par y croire.
Tant et si bien que le vide se fait autour. Un vide de silences et de suspicions. Pour les autres, les stupéfactions, les incrédulités, les incompréhensions du début se laissent doucement contaminer par la haine acide qui ronge les derniers questionnements. Pour qu’un jour, chacun campe sur ses positions. Définitivement ?
Il suffit parfois qu’une des victimes disparaisse pour que les liens brisés se renouent autour du cercueil. Laissant la vipère achever de se confire dans son bocal de fiel. Déconnectée. Incapable même de jouir du mal qu’elle a causé. Inconsciente. Définitivement.
Mais certains espoirs de retrouvailles restent aussi brisés sur la dalle du cimetière. Les « si j’avais su », les « je n’ai pas osé », restent plantés dans le monticule de terre fraîche au milieu des fleurs déjà passées. Les rescapés, restent là. Désappointés, désabusés, mais coupables de s’être laissés manipuler sans avoir dépassé le mur de mensonges, de non-dits, de pas-vu, de pas-pris, que l’autre bâtissait lentement pour les séparer et les monter les uns contre les autres.
Coupables ne ne pas s’être levés à temps pour dire à tous «C’est quoi ce bordel ? ». Mais la dynamique des familles est un étouffoir d’élans et un incubateur de médisances.
Et les rescapés bernés n’ont plus alors, à défaut de certitudes, que des embrassades pour se consoler.
Le sandwich d’après l’enterrement a surtout, et trop souvent, un goût de trop tard. Et une forte odeur de gâchis.

Commentaires

  • Ton talent a su exprimer toute la bêtise humaine qui s'insinue parfois au coeur des familles et ne mesure pas les dégâts qu'elle engendre, hélas parfois irréparables

  • tu as tout à fait raison , tout est dit , très joli texte

  • "...coupables de s'être laissés manipuler sans avoir dépassé le mur de mensonges..." !

    Et poursuivis par cette culpabilité !

  • Parfois, des pistolets ou baguettes garnis de salade proposent des invitations à la compassion.

  • "Il est des êtres qui tuent des familles entières avec leur langue. En compensation d’avoir raté leur vie, ils distillent leurs poisons dans les alambics de leurs cerveaux aigris.»

    J’ai trop bien connu une telle personne...
    Le Dr Jean-Charles Bouchoux décrit très bien les ravages provoqués et le seul moyen d’y échapper : la fuite !

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