Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

  • Grisaille

    IMG_20170422_115031-1.jpeg


    La nuit avait laissé trainer son crayon
    Frissonnant
    Le matin s’en est emparé
    Il a ôté le bleu du ciel
    L’orangé des toits
    Et le rose des briques
    Tremblotant
    Il a hachuré le vert salade qui
    poussait sur les branches
    Et estompé les mots joyeux
    des chansons des oiseaux
    Son haleine a voilé mon cœur
    d’une buée infinie
    Il a regardé le papier
    Puis s’est ravisé
    Il a cherché la gomme
    Mais le mal était fait
    Il a cherché la gomme
    Mais n’est pas revenu
    Le vent
    Complice endormi
    N’a rien dit
    Et sur l’étain poli du fleuve
    Glisse un oiseau blanc
    Seul signe de vie
    Dans ce paysage
    De papier sale
    Infusion d’encre de chine
    Qui attend la pluie
    Perfusé de thé gris
    Mon cœur
    S’est assis
    Pour attendre le soir
    Pour qu’il dise à la nuit
    De ranger son crayon
    Avant de s’en aller
    Afin que le matin
    N’aie rien plus rien sous la main
    Pour griffonner demain

     

     

  • Parenthèses de bonheur

    17776680_10212499654387281_79732752_o.jpg

    Les forces occultes qui nous gouvernent ne sont ni en enfer ni au paradis, elles sont dans les banques et les cénacles politico-financiers.
    Elles résident aussi dans l'obscurantisme (entretenu) des électeurs.
    Les Trumps, Orban, et autres Erdogan, ne sont pas des putschistes. Ils ont été démocratiquement élus.
    Ce qui veut dire, plus qu'hier encore, qu'il ne faut plus faire confiance aux peuples pour savoir ce qui est (ou pas) bon pour eux. 
    Les puissances  qui nous gouvernent ne sont pas occultes, mais identifiées autant qu'inaccessibles. Et ce ne sont pas les frétillements des campagnes électorales, ni les résultats des scrutins, qui vont fondamentalement changer la donne. 
    En choisissant parmi les solutions extrêmes qu'on lui  présente le citoyen opte pour un hypothétique meilleur. Dans ce cas, c'est une part de sa liberté qu'il joue à pile ou face. Rien n'étant moins sûr que l'incertain. Et s'il choisit un parti plus soft, il vote  pour la certitude d'une continuation de ses frustrations.
    Libre à l'homme d'adhérer à une religion pour l'aider à supporter tout ça.
    Ou, pour celui qui ne croit pas en l'existence d'une puissance supérieure extra-terrestre ou de divins envoyés spéciaux venus d'ailleurs, libre à lui de se créer des parenthèses du supportable. 
    Changer toute la société est impossible. Il y aura toujours des profiteurs qui embobineront des électeurs pour satisfaire "majoritairement" leurs ego. Bien loin de l'intérêt général.
    Aux hommes libres de se constituer des ilots de liberté, à l'abri des anti-cyclones de la réalpolitique du tout à l'économique et du bénéfice à court terme.
    Et ces hommes-là existent. Leur simple combat est de vivre autrement. Rattachés à la société par un minimum vital. Société à laquelle ils participent et contribuent  solidairement, se réservant une "double nationalité" salvatrice entre leur écosystème librement créé et la matrice globale à laquelle ils ne peuvent matériellement renoncer.
    Schizophrènes ? Certes, un peu.
    Mais leur bonheur, leur sérénité et leur équilibre est à ce prix.
    Les écologistes ont voulu d'abord changer le système de l'extérieur, puis de l'intérieur.
    Leur combat plein d'espoir se poursuit, entre le mépris supérieur des élites économico-financières (et finassières) qui brandissent le plein emploi, le chaos et la misère à chaque proposition d'avancée écologico-humaniste, d'une part, et les quolibets agacés de ceux qui veulent un air pur sans changer leurs habitudes, d'autre part. 
    Leur idéal et leur courage pèse souvent peu face à l'obscurantisme de ces majorités de moins en moins silencieuses. Mais leur "maladie" de l'esprit est contagieuse.
    Pour vivre positivement il faut à l'homme libre "cancériser" le monde à coups de petites métastases oxygénantes (gênantes ?). Lesquelles, loin de s'attaquer au grand corps sociétal malade, vont créer des cellules de vie immunisée où il sera possible de s'épanouir autrement que par la compétitivité. 
    Par une activation volontariste des propensions naturelles au bonheur. 
    Propensions naturelles à la création désintéressée, individuelle ou collective, à l'initiation à la culture, ... A l'amitié, la famille, le bénévolat, l'art de vivre ensemble, la méditation, le soin de soi par une alimentation raisonnée...
    Des propensions que la paresse légitime engendrée par le travail et ses conditions vient sans cesse contrarier. Aidée en cela par l'engourdissement de l'esprit, cultivé par l'action soporifique de certains médias de masse, propriétés des pseudo-forces obscures dont question plus haut.
    Loin du parasitisme, puisqu'ils payent leurs impôts, ces schizophrènes du bonheur osent sauter du train fou de l'abrutissement. Juste le temps  de récupérer les forces nécessaires  à supporter le stress  de la compétitivité à outrance et du burn-out réunis qu'on leur impose à l'extérieur.
    Sans cracher dans la grande soupière, ils font bol à part.
    Il faut arrêter de croire aux spectres que les politiques traditionnels (et leurs sponsors) agitent sans cesse : sécurité et plein emploi.
    Ils (et nous, et nos parents aussi) ont doucettement, et bien involontairement (pour certains), créé les conditions de cette insécurité généralisée. Faite de mondialisation et d'insatisfaction planétaire. Faisant du bien-être matériel dont nous jouissons un appât pour les moins favorisés. Et il nous faudra nous habituer à vivre avec. Si cela n'est déjà fait.
    Le plein emploi et les technologies de pointe, et l'automatisation qu'elles entrainent, ne feront jamais lit commun.
    Le chômage deviendra une profession reconnue. Il faut s'en  faire une raison, sans juger, ni condamner. Comme les migrations. Sans juger ni condamner. 
    Si la société, et ceux qui travaillent, sont devenus incapables de fournir du travail à tous, il faudra bien un jour passer par le revenu universel, ou quelque chose de semblable, pour éviter les guerres civiles et les marginalisations outrageantes et frustrantes. Ce qu'on appelait le progrès, destiné à sauver les humains, est devenu un poison universel. Mais l'antidote existe. Et il est individuel.
    On ne changera cette société du progrès qu'en s'y adaptant.
    En douceur, parallèlement. Volontairement.
  • Météo fluviale

    IMG_1680.jpg

    Le poète trace le profil de ses sentiments avec le pinceau de son cœur et les couleurs de ses mots.
    Il travaille en musique aux sons acides des voyelles vertes et des consonnes, sonnent sonnent, sourdes ou vibrantes.
    Son dessin se lit de gauche à droite et de haut en bas.
    Son tableau se lit tout bas pour ne pas déranger la résonance des voix intérieures qui mettent « a capella » ses rimes en musique.
    Ce qu’il dessine importe peu, ce qu’il chante ne compte pas. Seuls comptent les échos que ses mots et ses sons produisent sur le diapason de l’âme.

    IMG_1723.jpgCe matin, le fleuve qu’il regarde ne réfléchit qu’un ciel d’ardoise et les visages tristes des maisons en attente de bruine.
    Le fleuve qui ne réfléchit pas, et qui avance.
    Dont la vie n’a qu’un sens.
    Avaler.
    Répondre à l’appel de la mer, lointaine.
    Comme les anguilles répondent à celui de celle des Sargasses.
    Encore plus lointaines.
    Le temps du fleuve n’est pas celui des hommes. Ni des anguilles.
    Les humains  pestant dans le bouchon qui s’est formé au rond-point du pont des Ardennes.
    Les humains qui courent au boulot, immobiles au volant.
    Les humains qui courent dans tous les sens pour en donner un à leur vie.
    Sur le RAVeL, un chien tire son propriétaire mal éveillé vers un informel urinoir. Ils s’arrêtent. Le maître libère l’animal pressé. Il file au pied d’un magnolia qui entrouvre déjà la coupe de ses fleurs mauves.
    Le temps d’une crotte, l’homme a regardé l’eau. Mouvante. Perdu dans ses pensées et dans l’illusion d’avoir arrêté le temps.
    Une première péniche a troublé le fleuve, indifférent et noyé dans ses réflexions de façades. Brisant le miroir lisse où le ciel se refaisait une griseur, et dérangeant des pensées que l’homme voulait sereines.
    Les temps se sont entrechoqués.
    Le temps de la péniche contrecourante. Pressée par un marinier obsédé par l’idée d’une bassinée imminente.
    Le temps du fleuve, avalant, métronomiquement réglé par l’éclusier et ses ventelles. Imperturbablement nonchalant.
    Le temps du chien. Enfin soulagé et passant sans remord à autre chose.
    Le temps des hommes. Bloqué sur le pont.
    Le temps du maître du chien. Illusoirement maître de son temps. Rêvotant, la laisse pendante au bout du bras.
    Le temps du poète conjuguant à tous les temps.
    Les mille temps de la valse du temps.