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Météo fluviale

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Le poète trace le profil de ses sentiments avec le pinceau de son cœur et les couleurs de ses mots.
Il travaille en musique aux sons acides des voyelles vertes et des consonnes, sonnent sonnent, sourdes ou vibrantes.
Son dessin se lit de gauche à droite et de haut en bas.
Son tableau se lit tout bas pour ne pas déranger la résonance des voix intérieures qui mettent « a capella » ses rimes en musique.
Ce qu’il dessine importe peu, ce qu’il chante ne compte pas. Seuls comptent les échos que ses mots et ses sons produisent sur le diapason de l’âme.

IMG_1723.jpgCe matin, le fleuve qu’il regarde ne réfléchit qu’un ciel d’ardoise et les visages tristes des maisons en attente de bruine.
Le fleuve qui ne réfléchit pas, et qui avance.
Dont la vie n’a qu’un sens.
Avaler.
Répondre à l’appel de la mer, lointaine.
Comme les anguilles répondent à celui de celle des Sargasses.
Encore plus lointaines.
Le temps du fleuve n’est pas celui des hommes. Ni des anguilles.
Les humains  pestant dans le bouchon qui s’est formé au rond-point du pont des Ardennes.
Les humains qui courent au boulot, immobiles au volant.
Les humains qui courent dans tous les sens pour en donner un à leur vie.
Sur le RAVeL, un chien tire son propriétaire mal éveillé vers un informel urinoir. Ils s’arrêtent. Le maître libère l’animal pressé. Il file au pied d’un magnolia qui entrouvre déjà la coupe de ses fleurs mauves.
Le temps d’une crotte, l’homme a regardé l’eau. Mouvante. Perdu dans ses pensées et dans l’illusion d’avoir arrêté le temps.
Une première péniche a troublé le fleuve, indifférent et noyé dans ses réflexions de façades. Brisant le miroir lisse où le ciel se refaisait une griseur, et dérangeant des pensées que l’homme voulait sereines.
Les temps se sont entrechoqués.
Le temps de la péniche contrecourante. Pressée par un marinier obsédé par l’idée d’une bassinée imminente.
Le temps du fleuve, avalant, métronomiquement réglé par l’éclusier et ses ventelles. Imperturbablement nonchalant.
Le temps du chien. Enfin soulagé et passant sans remord à autre chose.
Le temps des hommes. Bloqué sur le pont.
Le temps du maître du chien. Illusoirement maître de son temps. Rêvotant, la laisse pendante au bout du bras.
Le temps du poète conjuguant à tous les temps.
Les mille temps de la valse du temps.

 

 

Commentaires

  • le regard se traduit de multiples façons mais celui-ci est très juste et très beau!!

  • Merci l'ami. Onfray déteint inévitablement sur ma façon de regarder le Cosmos...

  • Très beau texte!

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