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  • "Marche pour la vie" : interdiction de couper les choux !

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    Jusqu’à l’âge de onze ans, j’ai cru dur comme fer que, dans la nuit du 5 décembre, un vieux monsieur déguisé en évêque, avec mitre, crosse et tout le saint tremblement, accompagné de son âne et d’un esclave africain, s’introduisaient chez moi par un conduit de cheminée mesurant à tout casser trente centimètres sur vingt. Qu’ils déplaçaient, en plus, une cuisinière de marque Ciney d’une demi-tonne, et bourrée de charbon rougeoyant, pour pouvoir m’apporter des jouets, des mandarines et des bonbons. Comment faisaient-ils pour remonter en ayant replacé le poêle ? C’était ça le vrai miracle !
    Plus tard, au catéchisme, un autre monsieur, déguisé en veuve calabraise, m’a assuré que c’est un volatile à visage humain nommé Gabriel qui avait envoyé un pigeon (que j’étais) appelé saint Tesprit (qui croyait prendre) pour cocufier un charpentier de Nazareth et faire ainsi un fils à dieu, et par la même occasion à une brave fille qui, non seulement resterait vierge, mais garderait le nom toute sa vie. Vie d’ailleurs qu’elle passerait à revenir sur terre après sa mort pour dire aux autres pigeons qu’elle était toujours immaculée ! Soit. Mais pendant tout ce temps, ma grand-mère m’assurait que les enfants ça naissait dans les choux… Schizophrène moi ? Meuh non… Mais j’allais quand même traîner souvent dans le jardin… au cas où… On ne sait jamais !
    Re-soit ! Mais bon, saint Nicolas cela n’a duré que jusqu’à mes onze ans, et pour le reste Marie, Jésus, Joseph, j’eus vite compris, avec l’aide de mes copains, que Gabriel s’appelait en fait Zizi et que c’était pas des trucs à faire sinon « on était obligé de se marier ».
    Et vl’la t’y pas que dimanche au JT je tombe sur un cortège (une procession mariale ?) constituée de gens qui continuent de croire dur comme fer que Gabriel, saint Tesprit et donc Dieu sont les papas de Jésus, et donc que mama Marie a toujours un hymen non perforé, et qui manifestent contre une loi qui a été votée quand la plupart n’étaient même pas encore nés. Des gens qui croient que Darwin a créé le monde en sept jours, et sans heures sup !
    Et qu’est-ce qu’ils veulent imposer à toutes ces gens-là ?
    Eh ben, ils veulent interdire que l’on coupe les choux fraîchement repiqués. Rien de moins, rien de plus !
    Ben ouais, le raccourci est saisissant. Mais c’est ça. Quand on croit au surnaturel au point d’en faire une règle stricte de vie quotidienne, on en arrive à extrapoler ses croyances au point d’en perdre la raison. Vous verrez, ce seront les mêmes qui bientôt nous obligeront à « étourdir » les huitres avant ouverture. Les mêmes qui proposeront, si on les laisse se reproduire sans capote, le port obligatoire du triangle rose pour les « sexuellement orientés différemment ». Les mêmes qui remettront Zola à l’index. Les mêmes qui n’osent pas écrire « vierge » sans le « i », du moins avant le mariage.
    Ceux-là mêmes qui fustigent les musulmans pour cause d'
    intégrisme !

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  • Insolation...

     

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    - Puisque l’est est l’orient, pourquoi, lorsque l’on perd le nord, ne dit-on pas : « Je suis dénorienté ! ».
    - Vous ne seriez pas un peu à l’ouest ce matin ? Il faut carrément avoir perdu la boussole, et être tout à fait déboussolé, pour tenir de tels propos un samedi matin.
    - La dénorientation n’est rien autre qu’une migration estivale que d’aucuns nomment volontiers la sudation.
    - La sudation ? Et à jeun, qui plus est. Vous avez toujours eu l’art de sauter du coca light…
    - Avouez que le climat méditerranéen provoque une sudation naturelle que les nordiques sont obligés de remplacer par des séances de sauna pour se sentir bien dans la blondeur qui leur sert de peau.
    - Naguère, la sécession a rendu le nord esclave du sud et de son régime ultraviolé. Voilà que je me mets à parler comme vous maintenant.
    - Prenez-en de la migraine. A force de prendre des coups de soleil de minuit, l’aspirine bayère…
    - Et comme disait un membre solaire de la ligue du sud, la ligne de démarcation entre le nord et le sud de la Loire provoqua une faille tectonique et un glissement des plaques qui sclérosent encore aujourd’hui notre société.
    - Certes, et l’exquis nordique, qui est l’apanage des pays éponymes, ne peut décemment se pratiquer en août.
    - C’est ce qu’on appelle l’hiver de la médaille qui n’est pas un endroit de l’homme oslovaque.
    - Le syndrome de Stockomme…
    - Ca c'est l'égout qui fait déborder la vase... Mademoiselle, passez-moi le 112 s’il vous plait. C’est pour une crise de confusion cardinale. Oui, il est complètement désudé. Non pas dénudé. Oui, désudé. C’est comme désorienté, mais inversement et de gauche à droite. Sa l’attitude ? Ben un peu dyslexique sur les bords, fatalement. Oui, il a pétain un câble. Comment ? Du repos et vous rappeler lundi au soleil ! Et boire de l’eau, beaucoup d’eau… Pas de Vichy... De l'évian ! Désaccord Mademoiselle. Bon wékènne à vous aussi. Merci pour votre collaboration Mademoiselle… !

  • Co remémorations



    IMG_0467.jpgMinutes de bruit

    Ou silences minutés
    Paroles fortes
    Lacrimogènes
    Anniversaires surmédiatisés
    Et gerbes déposées
    Micros tendus
    Comme des aspirateurs d’émotions
    Lieux communs pour lieux de mémoire
    Bougies de chauffe-plats 
    Aux flammes tremblotantes
    Cris dérisoires

    Sur les pavés lavés


    C’est pour les vivants
    Pour ceux qui restent
    Habillés de pourquoi

    Pendant que les loups
    Fous jaloux
    Fous frustrés
    Fous de haine
    Habillés de dieu
    Attendent

    Que le troupeau s'habille de peur

    Puis
    Que le troupeau oublie
    Que le troupeau revive

    Avant de le remordre
    Des loups pour qui
    La vie n’a plus de sens
    Ni de valeur
    Des loups qui tuent sans faim
    Et sans plaisir
    Des loups à qui
    Il faudrait
    Simplement
    Un jour
    Réapprendre
    Encore
    Et encore
    A réaimer
    La vie

     

  • Fin d'hiver, faim de printemps

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    L’hiver déprime
    Et pleure à gros bouillons
    Il voudrait bien neiger
    Mais il ne le peut plus
    Il sait ses jours comptés
    Son ciel macadam
    Dégorge sa bile grise
    Sur un paysage coupable
    Buvard et résigné
    Les forsythias ont pris le pouvoir
    Au parti des jonquilles
    L’hiver déprime
    Et fait sa grise mine
    Sa tristaille contagieuse
    Tente de noyer le fleuve
    Qui s’enfuit
    Pressé
    Grossi de toutes parts
    Par les ruisseaux gonflés
    Allant chercher plus loin
    D’autres prés à verdir
    L’hiver déprime
    Déballe son K-Way
    Et range les doudounes
    Il sent que c’est fini
    Et qu’il n’aura bientôt
    Même plus son heure à lui

     

  • Indignez-vous, mais dans la dignité.

    Voici le texte complet de mon article qui vient d'être mis en ligne sur le site

    du magazine "Le Vif-Express". 

    http://www.levif.be/actualite/international/indignez-vous-mais-avec-dignite/article-opinion-626891.html

     

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    Indignez-vous !

    Qu’il était fort le message de Stéphane Hessel. Nous étions en 2010.
    Sept ans plus tard, si le message est toujours d’actualité, il a été entièrement dévoyé par beaucoup. Chaque groupe culturel, religieux, politique, partisan, économique ou anti-quelque chose usant et abusant de ce qu’il croit être de l’indignation. Alors qu’il ne s’agit plus que de colère, de frustration, de passion, bref, de réclamation.
    De l’idée noble insufflée par Hessel, la masse n’a retenu que l’idée de faire entendre ses voix. D’un grand mouvement fustigeant l’injustice et l’inégalité, la masse n’a entendu que le droit de réclamer tous ses petits dûs.
    Et de s’indigner quand la presse ose s’en prendre aux siens. A ceux qui défendent ses intérêts particuliers et les convictions qui vont avec.
    Il suffit d’entendre l’aveuglement dont font preuve les partisans de certains candidats à la présidentielle. Ils s’indignent que l’on ose s’indigner, ailleurs, des comportements dysfonctionnants des leurs champions.
    Stéphane Hessel basait son appel sur des faits.
    La masse prend le droit de s’indigner en ignorant les faits qui la dérangent.
    « Quelle indignité ! » semble être la réponse type à chaque révélation étayée et contrariante.
    Même les gars de la Marine s’indignent qu’on ose « justicier » leur Jehanne d’Arc. La plaçant au-dessus des lois qu’ils s’apprêtent à piétiner une fois la victoire acquise. Et quand un journaliste de la RTBF évoque « la justice » à propos des démêlés de François Fillon, ses partisans crient à l’amalgame. Tous pourris sauf les nôtres.
    L’aveuglement a toujours été le principal obstacle à la lecture.
    Même si la lisibilité reste parfois une notion floue, voire compliquée.
    La justice et la presse d’information (non, ce n’est plus un pléonasme), ces empêcheurs de gouverner en rond, restent les seuls garants de la démocratie bien comprise.
    L’indignation généreuse est devenue revendication passionnelle et égoïste.
    Et Facebook et ses pairs ont fait le reste, nous installant de plain pied sur le plateau du « Petit rapporteur ».
    Leurs algorithmes confinant leurs utilisateurs dans leurs cocons de petites indignations partisanes. Les empêchant de voir ailleurs.
    Mais il y a plus grave.
    Quand cette délation larvée, dont abuse généreusement le président des Etats-Unis, est utilisée au sommet du pouvoir, elle ouvre la voie à tous ceux qui ont ou auront le nez dans le caca. François Fillon n’a-t-il pas évoqué publiquement devant 200.000 (pardon, 40.000) fanatiques la suicide de sa femme ? Rien n’est désormais plus trop « gros » dès qu’il s’agit d’accéder au pouvoir. Et, en Amérique comme en France, les partisans partisent.
    La présomption de culpabilité s’efface devant la suspicion de quelque grand complot. Quant à la présomption d’innocence, elle ne fonctionne que pour les siens.
    Et ça marche. « Regardez comme ils osent abreuver leurs sillons de notre sang pur ! ».
    Plus que jamais la justice et la presse se doivent de rester irréprochables pour transformer ces insatisfactions en causes d’intérêt général. Sinon, bienvenue en Pologne, en Turquie ou en Hongrie. Non, la Corée du Nord, c’est déjà complet !

    Dans le film « Chez Nous », Lucas Belvaux montre comment une belle personne, généreuse et ouverte, qui ne fait pas de politique, mais élevée dans les valeurs de la gauche militante, capable de grandes indignations, va être formatée, « radicalisée », pour endosser l’uniforme électoral d’une candidate d’extrême droite aux municipales. On voit là comment, en « fabricant » et en exhaustant les petites indignations du quotidien en guise de programme politique, les manipulateurs du parti vont tenter de radicaliser cette personne pour en faire un instrument de cristallisation des haines et des peurs en vue de la conquête du pouvoir.
    Et pour s’indigner ensuite des réactions de haine que sa seule présence au sein de la communauté va provoquer.
    Le basculement de ce type d’indignation -provoquer la haine, pour, ensuite, s’indigner des réactions qu’elle provoque- est un signe de proximité de la ligne de touche de la démocratie.
    La part de générosité inhérente aux grandes indignations chères à Hessel une fois confisquée, il ne reste que l’égoïsme du rejet. La démocratie n’est plus alors le mieux vivre ensemble possible, mais l’illusoire espoir qu’une puissance « magique » et autoritaire va faire revenir les temps bénits d’un monde débarrassé d’une « racaille » responsable de tout.
    Et il n’est de pire régime qu’un autoritarisme démocratiquement institué.
    La victoire de ces faux-indignés se résumant alors à un coup d’état passé par les urnes.

     

    (1) Dans cet essai, Stéphane Hessel appelle, en s'appuyant sur l'idée « sartrienne » d'engagement personnel, à ne pas accepter le creusement des inégalités de richesse, critique la politique d'immigration des gouvernements Fillon, regrette le poids du monde financier dans les choix politiques et dénonce l'affaiblissement de l'héritage social du Conseil national de la Résistance (sécurité sociale et régime de retraite). Sous le titre « Mon indignation à propos de la Palestine », un développement est consacré à la situation imposée par l'État d'Israël à la Palestine, et notamment à la Bande de Gaza.