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Indignez-vous, mais dans la dignité.

Voici le texte complet de mon article qui vient d'être mis en ligne sur le site

du magazine "Le Vif-Express". 

http://www.levif.be/actualite/international/indignez-vous-mais-avec-dignite/article-opinion-626891.html

 

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Indignez-vous !

Qu’il était fort le message de Stéphane Hessel. Nous étions en 2010.
Sept ans plus tard, si le message est toujours d’actualité, il a été entièrement dévoyé par beaucoup. Chaque groupe culturel, religieux, politique, partisan, économique ou anti-quelque chose usant et abusant de ce qu’il croit être de l’indignation. Alors qu’il ne s’agit plus que de colère, de frustration, de passion, bref, de réclamation.
De l’idée noble insufflée par Hessel, la masse n’a retenu que l’idée de faire entendre ses voix. D’un grand mouvement fustigeant l’injustice et l’inégalité, la masse n’a entendu que le droit de réclamer tous ses petits dûs.
Et de s’indigner quand la presse ose s’en prendre aux siens. A ceux qui défendent ses intérêts particuliers et les convictions qui vont avec.
Il suffit d’entendre l’aveuglement dont font preuve les partisans de certains candidats à la présidentielle. Ils s’indignent que l’on ose s’indigner, ailleurs, des comportements dysfonctionnants des leurs champions.
Stéphane Hessel basait son appel sur des faits.
La masse prend le droit de s’indigner en ignorant les faits qui la dérangent.
« Quelle indignité ! » semble être la réponse type à chaque révélation étayée et contrariante.
Même les gars de la Marine s’indignent qu’on ose « justicier » leur Jehanne d’Arc. La plaçant au-dessus des lois qu’ils s’apprêtent à piétiner une fois la victoire acquise. Et quand un journaliste de la RTBF évoque « la justice » à propos des démêlés de François Fillon, ses partisans crient à l’amalgame. Tous pourris sauf les nôtres.
L’aveuglement a toujours été le principal obstacle à la lecture.
Même si la lisibilité reste parfois une notion floue, voire compliquée.
La justice et la presse d’information (non, ce n’est plus un pléonasme), ces empêcheurs de gouverner en rond, restent les seuls garants de la démocratie bien comprise.
L’indignation généreuse est devenue revendication passionnelle et égoïste.
Et Facebook et ses pairs ont fait le reste, nous installant de plain pied sur le plateau du « Petit rapporteur ».
Leurs algorithmes confinant leurs utilisateurs dans leurs cocons de petites indignations partisanes. Les empêchant de voir ailleurs.
Mais il y a plus grave.
Quand cette délation larvée, dont abuse généreusement le président des Etats-Unis, est utilisée au sommet du pouvoir, elle ouvre la voie à tous ceux qui ont ou auront le nez dans le caca. François Fillon n’a-t-il pas évoqué publiquement devant 200.000 (pardon, 40.000) fanatiques la suicide de sa femme ? Rien n’est désormais plus trop « gros » dès qu’il s’agit d’accéder au pouvoir. Et, en Amérique comme en France, les partisans partisent.
La présomption de culpabilité s’efface devant la suspicion de quelque grand complot. Quant à la présomption d’innocence, elle ne fonctionne que pour les siens.
Et ça marche. « Regardez comme ils osent abreuver leurs sillons de notre sang pur ! ».
Plus que jamais la justice et la presse se doivent de rester irréprochables pour transformer ces insatisfactions en causes d’intérêt général. Sinon, bienvenue en Pologne, en Turquie ou en Hongrie. Non, la Corée du Nord, c’est déjà complet !

Dans le film « Chez Nous », Lucas Belvaux montre comment une belle personne, généreuse et ouverte, qui ne fait pas de politique, mais élevée dans les valeurs de la gauche militante, capable de grandes indignations, va être formatée, « radicalisée », pour endosser l’uniforme électoral d’une candidate d’extrême droite aux municipales. On voit là comment, en « fabricant » et en exhaustant les petites indignations du quotidien en guise de programme politique, les manipulateurs du parti vont tenter de radicaliser cette personne pour en faire un instrument de cristallisation des haines et des peurs en vue de la conquête du pouvoir.
Et pour s’indigner ensuite des réactions de haine que sa seule présence au sein de la communauté va provoquer.
Le basculement de ce type d’indignation -provoquer la haine, pour, ensuite, s’indigner des réactions qu’elle provoque- est un signe de proximité de la ligne de touche de la démocratie.
La part de générosité inhérente aux grandes indignations chères à Hessel une fois confisquée, il ne reste que l’égoïsme du rejet. La démocratie n’est plus alors le mieux vivre ensemble possible, mais l’illusoire espoir qu’une puissance « magique » et autoritaire va faire revenir les temps bénits d’un monde débarrassé d’une « racaille » responsable de tout.
Et il n’est de pire régime qu’un autoritarisme démocratiquement institué.
La victoire de ces faux-indignés se résumant alors à un coup d’état passé par les urnes.

 

(1) Dans cet essai, Stéphane Hessel appelle, en s'appuyant sur l'idée « sartrienne » d'engagement personnel, à ne pas accepter le creusement des inégalités de richesse, critique la politique d'immigration des gouvernements Fillon, regrette le poids du monde financier dans les choix politiques et dénonce l'affaiblissement de l'héritage social du Conseil national de la Résistance (sécurité sociale et régime de retraite). Sous le titre « Mon indignation à propos de la Palestine », un développement est consacré à la situation imposée par l'État d'Israël à la Palestine, et notamment à la Bande de Gaza.

Commentaires

  • Juste merci Jacques !!

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