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  • Noir, jaune, rouge

     

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    Ces derniers (mauvais) temps on parle beaucoup, on n'écrit pas moins, sur les Belges et la Belgique.

    Comme lorsqu'il s'agit des Diables Rouges, ou de la crise record de 541 jours sans gouvernement, les attentats regroupent sous la bannière-couette aux trois couleurs tous ceux qui éprouvent soudain le besoin vital et réconfortant de ressentir une forte impression d'union nationale.

    L'union refait surface pour refaire la force.

    Comme une bonne grosse gomme noir-jaune-rouge qui tendrait à effacer les différences.

    Justement ces différences qui sont à la base de tout. De ce qui arrive aujourd'hui. De ce qu'on oublie d'oublier et qui s'est passé hier. Et de demain, cet incertain anxiogène au regard fuyant.

    Ces différences qui font que la Belgique est la Belgique.

    Le drapeau cache-misères flotte au vent de l'émotion. Ni Flamands, ni Wallons, ni de gauche, ni de droite, ni chrétiens, ni musulmans.

    Paradoxe de l'émotivité portée à son comble par une réaction on ne peut plus humaine face à la peur , l'incompréhension, l'impuissance et la colère qui en découlent.

    Faute de réfléchir, on pavoise. Du moins, une partie du pays hisse les couleurs d'une improbable unité tricolore.

    drapeau puzzle.jpgLe noir du deuil, mais aussi celui de l'hypocrisie. Celui du "je ne suis pas raciste, mais vous devez bien avouer avec moi que... ,  etc."

    Le jaune du soleil qui ne brille pas de la même façon pour tous.

    Le rouge de la colère et, quelque part, de la honte face à nos accommodements.

    N'osant considérer séparément chacune des trois couleurs, on les assemble pour se ressembler.

    Pour poncer les aspérités du tableau qui ne reluit pas de la même façon en fonction des éclairages et des inclinaisons qu'on lui donne.

    A l'heure où l'on découvre que l'ennemi a des noms et des visages. A l'heure où l'on se persuade que cet ennemi n'a pas une once de raison. Gardons la nôtre.

    Ne nous trompons justement pas d'ennemi à force de chercher coûte que coûte des responsables.

    Et, surtout, de grâce, n'accusons pas la démocratie qui aurait permis tout cela.

    Justement, cette démocratie qui nous donne une once de responsabilité pour avoir délégué -ou pas- au pouvoir ceux qui nous gouvernent. Cette démocratie qui se dédouane ainsi sur nous. Nous associant malgré nous à des choses qui nous dépassent et nous échappent.

    Dans les sociétés primitives, dès qu'un événement fâcheux survient on cherche un coupable. Un bouc émissaire.

    Le policier qui a "dysfonctionné" est-il plus coupable que le "brave retraité" qui reforwarde depuis 20 ans des blagues islamophobes depuis son petit village rural ?

    Ce qui arrive aujourd'hui n'est pas que le produit de la vie de la société belge depuis plus de trente années. Mais c'est aussi le fait que cette société compliquée a dû se fondre, tant bien que mal, dans une mondialisation qui la dépasse.

    Nous ne sommes pas coupables du fait que nos parents, en souhaitant un meilleur statut pour leurs enfants, aient ouvert les portes de l'immigration. Nous ne sommes pas responsables du fait que les Américains aient provoqué en 1980 la naissance du djihadisme en voulant contrer l'URSS en Afghanistan.

    Mais si nous ne nous sentons coupables de rien, ne nous servons pas non plus du noir-jaune-rouge pour nous voiler la face.

    Il vous reste encore douze heures avant demain ! Aimez-vous !

     

     

  • "Gris-lundi"

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    Deux où trois nuances de gris :

    Aujourd'hui, le "gris lundi".

     

    Pour obtenir un beau "gris lundi", ôtez  d'abord du paysage urbain une pincée d'ardoise de Bertrix.

    Humectez de quelques gouttes de Meuse boudeuse. Laisser imbiber.

    Par ailleurs, faites brûler le supplément de douze pages consacré à Abdelslam

    par votre quotidien préféré, et prélevez une ou deux cuillerées de cendres tièdes.

    Incorporez la cendre à la purée d'ardoise à l'eau de Meuse jusqu'à obtention d'une pâte homogène...

    Choisissez une feuille de papier Canson aquarelle de la gamme "brouillard" à grain fin,

    et humidifiez doucement la surface à traiter.

    A l'aide d'un couteau de peintre, en procédant par petites touches circulaires, étalez le mélange sur le papier. En prenant soin de ne pas vous laisser imprégner le cœur de cette tristesse en pâte.

    Laisser sécher à l'abri en attendant les beaux jours.

    Dès que le calendrier vous offrira un jour "bleu soleil", allez d'abord au marché aux fleurs, histoire de vous enjoyeuser la mémoire.

    Ressortez votre feuille "gris lundi" de son abri et ouvrez votre boîte de tubes acryliques de toutes les couleurs.

    Allumez-vous alors un feu d'artifices en allégresse majeure sur fond de "gris lundi".

    Dans le fond, c'est vraiment la seule bonne place du "gris lundi".