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  • Le bruit sourd du pétale s'écrasant sur le parquet

    P1070129.jpgBientôt octobre. Avec un "re", comme "reculer la montre d'une heure".

    Nous devrons bientôt passer à l'heure d'être après l'heure d'avoir été.

    Même si nous passons beaucoup trop de notre temps à essayer d'être à l'heure tout court.

    Il n'y a rien de pire que de cultiver la nostalgie. Mais il faut bien avouer que l'automne qui s'installe ne fait rien pour nous aider.

    La culture intensive du "bon vieux temps" ne peut que dévaloriser les sensations du moment présent. Lequel nécessite un arrêt sur image pour exhauster ses saveurs.

    Un répit qui bloque la trotteuse juste le temps de se dire qu'on vit quelque chose d'unique en soi. Même si ce n'est pas grand chose. Même si ce n'est qu'un fifrelin, trois granules homéopathiques de bien-être, un pet d'étoile sur la grande ourse.

    Minion, allons voir si le rosier…

    Justement, le rosier. 

    Avant-hier, en le frôlant, trois boutons jaunes m'ont tapé dans l'œil. Pourquoi avant-hier et pas les semaines passées où sa floraison généreuse se fondait dans la normalité du jardin fleuri de Michelle ?

    Parce que l'évidence d'une dernière saison végétale dans notre jardin s'est imposée dans notre perception de l'ex-normalité des choses quotidiennes.

    Parce qu'un coup de gomme vient de pointiller une ligne de notre temps que nous pensions immuable.

    L'imminence d'une page de vie prête à se tourner. Une vérité mélancolique que la raison fait mine d'intégrer mais qui rappelle qu'une tranche épaisse de quarante années de vie ne se digère pas comme un pistolet du dimanche. Même trop beurré pour être honnête.

    Il y a quelques jours, Michelle est rentrée avec un trophée : la dernière salade du jardin. Trois jours plus tard, les trois dernières tomates cœur de bœuf de la véranda avaient passé, pour notre plus grand plaisir gustatif, l'arme à gauche. Toutes.

    Quand aux dernières carottes, elles font l'autruche. Les naïves.

    Aujourd'hui, je crois bien que le tour des ultimes haricots princesse est arrivé.

    Gilles, notre fils, avait déjà perçu ce déclic, quand sa maman lui avait offert son "dernier panier d'haricots du jardin". Il avait d'ailleurs traduit son émotion dans un superbe petit texte sur son blog "FoodMémos" (1). Lui aussi avait eu la révélation soudaine que ce jardin, qui avait été celui de son enfance, était toujours le sien.

    Avant-hier donc, je suis venu rechercher le sécateur et j'ai prélevé trois tiges du porte-épines. Les trois boutons jaunes et leur vase d'apparat ont trouvé place bien en vue au pied de la télé. Je crois que je n'ai jamais autant profité d'un si maigre bouquet.

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    Les fleurs ont envahi le living des volutes de leur parfum. S'épanouissant, puis se décharnant d'heure en heure. Jeunesse, maturité, déclin. Une vie en trois jours, en trois fleurs.

    Il est neuf heures et je crois que si j'ouvrais la porte je trouverais leurs premiers oripeaux colorant le parquet. Mais je n'ouvrirai pas la porte. Pas maintenant. Pas tout de suite.

     

     

    (1) http://www.foodmemos.me/project/penser-aux-derniers-haricots/

  • Brèves de salle d'attente

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    A l'intention des lecteurs de "Comme ça en passant" qui ne "vont pas sur Facebook" !

     

    Ave Maria : le 27 septembre, le sanctuaire de Beauraing (apparitions de la vierge éponyme) organise sa "journée des médias". On y bénira tablettes et autres smartphones. On y downloadera gratuitement 3 Go d'indulgences plénières grâce au mot de passe "jeanpipole2". Ben quoi ! puisque la vierge n'attire plus les foules et que le secteur horeca tire la tronche, fallait bien trouver quelque chose pour faire parler du sanctuaire déserté. Banneux songe sérieusement à organiser sa "journée des tri-thérapies" avec bénédiction de préservatifs non usagés. Si le temps le permet, les couples gays pourront y faire bénir leur piercing dans l'oreille par Mgr. Léonard.  Marine Le Pen a annoncé qu'elle ferait une brève apparition à Lisieux lors de la "journée spéciale barbelés" organisée par les amitiés franco-hongroises. Les militants FN y bénéficieront d'un rasage gratis et d'un tatouage-souvenir spécial collector millésimé. Lourdes et Fatima s'en tiendront aux fondamentaux. Uniquement miracles 7 jours/7 pendant les heures d'ouverture. L'interdiction faite aux femmes enceintes de prier pour une fausse-couche miraculeuse reste cependant d'application. Les détecteurs de mensonges installés au pied de la grotte ont été renforcés. On apprend par ailleurs l'ouverture de la Koekeliek de Bazelberg pour une "journée spéciale baptêmes réfugiés syriens" dans le cadre du parcours d'intégration "Prayfast".

    Ah ! Men ! Ah ! Peï ! Alleï zune fois en peï !

     

    Une parcelle de connaissance en plus, c'est une parcelle de bêtise en moins, donc une parcelle de méchanceté en moins, donc une parcelle de bonheur en plus. 

    Et une parcelle de bonheur en plus, c'est une parcelle de bonheur en plus.

     

    Quand on lui parle de migrants, il dit : "Nos pauvres d'abord."

    Quand un SDF lui tend la main il dit : "Ma famille d'abord."

    Quand son père perd la boule il dit : "Moi, d'abord."

     

    Séisme en Amérique du Sud : la Hongrie ferme sa frontière avec le Chili.

     

    Pirates somaliens : un seul prévenu sur deux s'est présenté au tribunal. Normal, un homme prévenu....

     

    Cher Monsieur Orban, Comme suite à votre demande expresse, voici l'adresse d'un fournisseur sérieux qui pourrait palier votre prochaine rupture de stocks; payement 90 jours fin de mois; commission versée directement par Paypal sur bahamas.com ou sur le compte de campagne de votre parti sous rubrique "moustiquaires filtrants" ? http://fr.aliexpress.com/w/wholesale-barbed-wire-manufactur…

     

    Theo Francken a tweeté : "a380 Dubaï - Zaventem  : Aucun réfugié économique à bord "

     

     

    INTÉGRATION. En Wallonie, dans le secondaire, l'élève peut choisir entre le néerlandais et l'anglais comme seconde langue.
    Les lois linguistiques ont fait que tout enfant dont les parents sont domiciliés à Bruxelles doit obligatoirement opter pour le néerlandais, l'option anglais n'étant possible que plus tard. Et donc, cela vaut depuis des dizaines d'années aussi pour les primo arrivants. Le hic , pour les profs de langues, c'est d'apprendre le néerlandais à des gens qui ne parlent pas non plus le français. Qu'à cela ne tienne, les profs officiant dans ces " classes d'accueil" sont formés pour ça. Un petit tour de force quotidien ignoré de beaucoup. Mais de quoi ils se plaignent à la N-VA ?

  • Plus loin...

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    Les vaguelettes clapotaient sur le rivage désertique.

    L'enfant était là. Juste à la limite mouvante du jaune et du bleu sur les cartes géographiques.

    Je ne voyais que ce petit être perdu flottant sur le rivage immense. Nu. Immobile. Tignasse noire bouclée. Petit dos basané. Rehaussé d'or par les rayons obliques du soleil naissant.

    En me voyant sortir de l'eau, hirsute et puant, il se leva doucement et me regarda sans frayeur.  Il  prit ma main démangée par le sel dans la sienne crissante de sable doré. Nous fîmes quelques pas jusqu'à la dune orangée. C'est là que tout se troubla et que je dus m'écrouler.

     

    Quelques semaines auparavant, nos voisins du Nord avaient dû quitter leurs maisons. Une dernière vague, implacable, avait submergé leur plat pays. Poussés pas ces hordes apeurées,  nous avions traversé les forêts du sud de notre petite patrie. Ces champs d'épicéas, jadis terres de silence et de resourcement, étaient devenus des camps chaotiques et surpeuplés de fuyards qui ne parlaient même pas ma langue. Nous avions traversé une rivière nommée Moselle et longé un fleuve appelé Rhein, mais personne ne voulait de nous. "Allez voir plus loin, il y a de la place !". Plus loin, il y avait un pays avec un drapeau rouge frappé d'une croix blanche. "Plus loin, plus loin ! ", nous disait-on !"

    Nous traversâmes un autre fleuve bordé de vignobles, puis des champs de fleurs mauves très odorantes qui me rappelèrent le parfum du désodorisant des toilettes de mon usine.

    "Plus loin ! Plus loin !" 

    Nous étions au pays d'une certaine Marianne qui désormais s'appelait Marion.

    "Plus loin..."

    La mer qui s'offrit alors à mon regard ressemblait à une chanson que mon arrière-arrière-grand-père fredonnait sur les vidéos de famille que ma grand-mère conservait précieusement avant que sa petite maison ne fut emportée par la "grande inondation".

     

    Là, sur la plage, il y avait un homme et un petit bateau.

    "Si tu as l'argent, il reste une place !"

    La nuit tombée, nous avions pris la mer, vers le sud. Le vent s'était levé. La tempête nous avait fait chavirer. Et j'avais surnagé, dérivé, accroché au gilet de sauvetage du passeur. Mort.

     

    Quand j'ouvris les yeux. Un cercle de femmes m'entourait. Parmi elles je reconnu l'enfant brun qui leur parlait. Et je comprenais ce qu'il disait.

     

    Une femme me tendit un livre et me demanda : "Sais-tu lire ?"

    - Oui !

    - Peux-tu nous apprendre ?

    - Oui, pourquoi ?

    - Parce que il y a très longtemps, les hommes qui dirigeaient notre pays avaient une religion qui interdisait aux femmes d'aller à l'école.

     

    Le livre était recouvert d'une feuille de papier journal à peine lisible. La date mise à part. "Le Monde - 11 septembre 2016". En arrachant cette antique protection je découvris une couverture sombre aux lettres d'or : "Le saint Coran".

     

    -Lis,  me dit la femme ! 

     

    J'inspirai profondément et commençai. Tout doucement. Les yeux mi-clos.

     

    " Il était une fois, une île nommée Utopia. Ses habitants, agriculteurs et pêcheurs, parlaient toutes les langues du monde et n'avaient qu'une seule religion sans dieu : l'amour. Leurs ancêtres se transmettaient de mère un fille le savoir de dessiner des choses sur le sable. Des choses qui ressemblaient à ce que les hommes de l'ancien temps appelaient des mots… "

     

    - Dessine, me dit la femme !

     

    Du tranchant de la main, j'aplanis le sable et chassai quelques coquillages brisés.

     

    Je traçai les lettres du mot "Respect".

     

    - Qu'est ce que cela veut dire, me dit la femme ?

    - Cela signifie "Femme", répondis-je.

    - Encore, me dit la femme !

     

    Je traçai alors les lettres du mot "Enfant".

     

    - Et ça, me dit la femme ?

    - "Beauté", lui dis-je.

     

    Elle encadra les deux mots d'un trait net. Et elle se mit à recopier maladroitement "Respect" d'abord, "Enfant", ensuite. Les autres l'imitèrent. Pendant qu'elles dessinaient, l'enfant me reprit la main et m'emmena jusqu'à son village.

     

    C'est là, que je sus que j'avais trouvé un nouveau pays.

     

    (Illustration : Patchwork de Claire Wilmotte (2015) d'après un dessin de Jacques Maget. Photo Marie Lorent )

  • Strip tease immobilier

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    Le printemps dernier, et le dernier printemps.

    Depuis quelques mois, j'ai le sentiment de trahir ma maîtresse de toujours pour une petite jeunesse avec laquelle j'entrevois de finir mes jours.

    Ma maison se dévêt tout doucettement de moi. 

    A chaque livre qui quitte son nid, à chaque objet qui s'en va du grenier chercher fortune sur une brocante lointaine, à chaque cadre qui abandonne son clou "x" en rêvant d'un autre mur, à chaque étagère qui montre un peu plus sa planche, elle m'apparaît moins mienne dans sa nudité croissante.

    Pourtant. A chaque "petit tour" au jardin, les odeurs et les cris d'enfants des étés anciens m'envahissent tels des acouphènes. Les plantes vivaces portent bien leur nom. Et il m'arrive d'envier, en les imaginant, nos remplaçants s'émerveiller en froissant dans leurs doigts impies une feuille de sauge ou un brin de sarriette.

    Comment ne pas imaginer non plus les mots des candidats à la reprise, fouillant du regard , pendant les visites, les recoins de nos lieux de vie, de joies et de doutes.

    Comment ne pas revivre les moments de bricolages hasardeux et "pas si mal foutus que ça pour quelqu'un qui ne s'y connait pas". Electricité encastrée comme des pros avec parrain Félix et le cousin Pierre, tranchée d'égouttage creusée avec Barbara et Gilles, mais aussi plomberie approximative, plafonnages de raccroc, maçonneries de fortune… 

    Et le jardin, témoin du travail toujours recommencé de Michelle. Comme "ses" châssis agressés par les pluies, mais amoureusement entretenus, quasiment maternés, et repeints tous les deux ans. Fidèlement. 

    Et l'escalier et les portes décapés à coups de week-ends aux bras et coudes huilés. Grands travaux, chantiers dérisoires, petites fiertés.

    Tu fus longtemps une maison-outil, une maison à vivre, avant de devenir une maison un peu plus "vitrine". Mais chaque visiteur te trouvait une âme. La nôtre peut-être.

    Michelle m'avait appris à démystifier tes bruits saugrenus, à en faire des mots doux plutôt que des signaux inquiétants. Chaque porte a toujours son cri personnel. Du grincement de charnières au frôlement sur le carrelage dus à des "rependages" hasardeux de piètre bricoleur. Chaque planche a son craquement et chaque siphon sa chanson. C'est ton langage à toi.

    Comme notre jardin de curé entouré d'une ruelle, tu étais notre île.

    A nous maintenant de nous dévêtir tout doucettement de toi. De toit. Coupant les ailes aux envolées sentimentales. Te tournant le dos stoïquement. Reniflant les velléités tenaces des souvenirs, le kleenex prêt à bondir. 

    Laissant au passé, presque futur, le soin de composter nos bons moments. Quand, assis dans le Lafuma, face au soleil couchant, nous laissions tomber notre roman dans l'herbe, pour se prendre la main et se dire : "On est bien. Hein ?".

     

     

     

     

     

  • Les points sur les "i".

    Mieux vaut mettre les points sur les "i", sinon, on finit par se les foutre sur la gueule.

     

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    Ainsi, à tous les "cœurs purs" et autres "bonnes et belles âmes" drapées dans les certitudes de leurs peurs ignorantes, ceux qui disent que les Syriens "n'ont qu'à…" aller se faire asiler près de chez eux, voici quelques chiffres publiés ce matin par "Le Soir" :

    Pour 348.540 réfugiés syriens qui ont frappé à la porte de l'Europe, 1,8 millions sont en Turquie, 600.000 en Jordanie, et 1,1 millions au Liban. 

    Et 7,6 millions ont quitté leur maison pour se réfugier ailleurs en Syrie.

    Au total ce sont 11,6 millions de personnes qui dû fuir leur domicile.

    Pour rappel, la guerre a déjà tué 220.000 Syriens, dont la moitié de civils. Sur une population de 22 millions d'âmes… au départ. 

     

     

    Comme le dit "Coca-Cola", dans sa pub en dernière page du même journal : "Le bonheur, une question de choix"… entre Coca classic, Coca light ou Coca green, œuf corse !

    Une petite pour la route...

    Michel Houellebecq : "Moi, islamophobe ? Probablement ! Mais dans ce mot, il y a phobie, qui signifie peur, pas haine !" 
    Bon, les mecs, faudra donc trouver un nouveau mot !

  • Caricatures flamandes

     

    A l'heure où 53 % de Français se disent hostiles à l'accueil des migrants. A l'heure où les Belges sont radicalement divisés sur le sujet. Deux quotidiens flamands, publient des caricatures particulièrement empestées d'islamophobie. 

    Un enfant d'une école maternelle égorge son nounours en criant "Allah est grand !". Et une autre montre, dans la cour de récré de la rentrée, un élève musulman exhibant une bombe en guise de souvenir de vacances. (1)

    Vous me direz que Charlie Hebdo a fait pire ? Ce serait oublier que la clientèle de Charlie s'attend à ce "pire" en ouvrant chaque numéro, et qu'elle paye pour ça. Ce qui n'est pas le cas des braves lecteurs flamands et catholiques du Belang van Limburg et de Gazet van Antwerpen, pour qui leur journal est leur machine à penser.

    Et qui reçoivent ces messages comme autant des versets bibliques corrompus, noyés dans le fatras des nouvelles locales et des faits divers.

    La générosité nationale déficiente se passerait bien de ces rasades d'huile sur un feu qui couve de moins en moins.

     

    NDLR: Après la publication de  l'article de "daardaar", voir lien ci-dessous, la caricature du quotidien anversois a été retirée du site web. Het Belang van Limbourg a lui aussi ôté son dessin, de sa version numérique, la caricature étant parue dans le journal papier. Sa rédactrice en chef a indiqué que le dessin avait atterri automatiquement dans les colonnes du journal, et qu’il s’agissait d’une erreur technique.

     

    Ben ouais… Le doute devient largement bénéficiaire dans ce pays.

     

     

    (1) http://daardaar.be/rubriques/caricatures-racistes-a-la-rentree-plus-dexcuses/

  • Message royal de Noël

     

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    Message royal de Noël

    Sire,
    Vous qui êtes le roi des Belges. De tous les Belges. Des Belges qui considèrent que les migrants feraient mieux de passer leur chemin sans entrer chez nous, comme des Belges qui mesurent l'ampleur de cette catastrophe humaine et qui ont les idées aussi larges que l'espace Schengen. Vous qui n'avez point de comptes à rendre à une clientèle électorale. Vous qui êtes au-dessus de tout ça, ne croyez-vous pas que, pour une fois, vous pourriez avancer votre message royal de Noël de quelques mois ? Et au lieu de vous coller à cette "corvée" en alignant des vœux pieux, des lieux communs, tout en ménageant la chèvre et le chou, vous pourriez montrer ce que "L'union fait la force" signifie vraiment. Parlez dans le poste. Simplement. Dites-nous que nous valons mieux que toutes ces réactions égoïstes et sécuritaires. Dites-nous que le danger ne vient pas de la générosité éclairée, mais de la peur identitaire. Posez un geste d'accueil. Nous sommes en septembre et votre dotation de devrait pas être déjà épuisée. Supprimez une ou deux visites d'Etat. Nous ne vous demandons pas d'ouvrir le château de Ciergnon, pourtant rarement occupé. Ni de contraindre votre papa à jouer au passeur bénévole avec son royal yacht.
    Non, simplement quelques mots, sire, et quelques euros de votre royale poche. Dites-nous que vous êtes plus qu'un symbole. Dites-le nous, sire. 


    Vos onze millions de compatriotes.

  • e-Migrants

     

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    J'ai publié sur Facebook un "avis à la population" de la Mairie de Castres (Tarn) encourageant les habitants à se montrer accueillants vis-à-vis des réfugiés belges ayant fuit les risques causés par l'invasion allemande. C'était il y a quinze jours, bien avant donc, que "la" photo de cette bouture d'homme et de femme échouée sur une plage ne fasse le tour du monde. Les réactions n'ont pas tardé. Un ami d'enfance, fils d'émigré italien, a commenté : "Même langue, même culture…". Paradoxal, non ? Mais il n'avait pas tort. Un autre ami d'enfance en a profité pour rappeler ce que son père, qui avait suivi l'exode de 1940 jusque dans le Sud français, lui racontait : "Pas de pain pour les Belges !" C'est vrai aussi, tous les Français n'ont pas dû se montrer accueillants de la même manière. Un troisième ami d'enfance vivant dans un village rural où il a une chance sur dix mille de rencontrer un jour un demandeur d'asile ou un candidat djihadiste a, lui, passé la vitesse supérieure : "Ils n'ont qu'à demander asile à l'Arabie Saoudite !". Pour mémoire, ces trois amis sont catholiques et, deux au moins, royalistes et plus belges que belges. Mais méfions-nous de l'amalgame. Quoique… Bon, je retire, votre honneur ! Ces commentaires ont engendré un certain nombre de "J'aime", et permis à d'autres plus timides de se lâcher. De sortir du fécebouquement correct pour glisser poliment vers le : "C'est dur, mais ils ont quand même raison, on ne peut pas laisser le monde entier venir s'installer chez nous." Le silence de nos politiques est pointé de l'index par la presse (la vraie pas celle qui se contente d'embrayer sur les peurs pour mieux les amplifier). Un silence qui se comprend. Le problème de nos élus, est justement qu'ils sont élus. Et ils sont élus par, notamment, des gens qui pensent -un peu, beaucoup, passionnément- comme mes trois amis d'enfance. Par des gens qui pensent que ces canots pneumatiques bondés d'étrangers vont fatalement venir s'échouer dans leur salon en plein match des Diables Rouges. Par des gens qui réagiraient sans doute différemment si ces migrants ne venaient pas de ce Moyen-Orient nébuleux, forcément arabe et musulman. La peur et l'égoïsme paralysant la curiosité intellectuelle, l'inculture fait le reste. Nous ne verrons heureusement pas de migration massive de réfugiés climatiques scandinaves et protestants pour pouvoir comparer les réactions de mes trois copains. En attendant, pourvu que le choc provoqué par la photo de ce petit corps, victime d'un nouveau massacre des innocents (juste pour les trois copains cathos !), ne s'estompe pas trop vite. Avant qu'on oublie, comme pour Julie et Mélissa, que derrière une iconographie se cachait une vie, une promesse. Avant que l'image ne se désincarne. Avant que ces humains chassés de chez eux par la folie guerrière ne soient plus que des e-Migrants. Que ce choc perdure le temps qu'il faudra (jusqu'au 14 septembre) pour que nos élus prennent des décisions en oubliant qu'ils feront certainement des électeurs mécontents. Vive le suffrage universel… !