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Vaisselle de fête

 

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(Illustration : Leo Sallustio)

Hier ils étaient là, autour de la table. Et leurs verres étaient pleins.
Et leurs rires étaient clairs. Comme leurs yeux et nos souvenirs.

Aujourd'hui, c'est la vaisselle de la fête.
Un moment précieux.
Un à un leurs verres passent par mes mains.
Et je me souviens de ce qu'ils ont ri en les vidant.
Et je me souviens de ce qu'ils disaient d'une gorgée à l'autre.
Et je me refais une fête. Dans ma tête. Plus intime.
Plus infime.

L'iPod est sur son socle. Et Souchon susurre .

"Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Tant de processions, tant de têtes inclinées
Tant de capuchons tant de peurs souhaitées
Tant de démagogues de temples de synagogues
Tant de mains pressées, de prières empressées

Tant d'angélus
Ding Qui résonnent
Et si en plus Ding
Y'a personne"

D'abord, les verres à bulles de l'apéro.
Flûtes fragiles, cadeau de mariage de la cousine de Fosses.
Là leurs mots aussi se sont mis à pétiller.
Je leur avais fumé du magret.
Et ils aimaient.
En se demandant des nouvelles de leurs petits bobos.

Et Souchon en remet une :"Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Il y a tant de torpeurs
De musiques antalgiques
Tant d'anti-douleurs dans ces jolis cantiques
Il y a tant de questions et tant de mystères
Tant de compassions et tant de révolvers

Tant d'angélus Ding
Qui résonnent
Et si en plus Ding
Y'a personne"

Au tour des verres à blanc qui escortaient l'entrée.
Moins précieux. Plus râblés.
Ils parlaient retsina en buvant sauvignon.
Ils ont tsiprassé beaucoup, et podemossé un brin.
Et le gaspaccho aux amandes nous a ramené
à nos vingt ans, en '68.
Dans une Catalogne sans Costa Brava.

"Barouh hachem, Inch Allah
Are Krishhna, Alléluia

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Si toutes les balles traçantes
Toutes les armes de poing
Toutes les femmes ignorantes
Ces enfants orphelins
Si ces vies qui chavirent
Ces yeux mouillés
Ce n'était que le vieux plaisir
De zigouiller

Et l'angélus Ding
Qui résonne
Et si en plus Ding
Y'a personne"

Une couche de lie aubergine tapisse un grand verre INAO.
Je sais qui a eu la dernière goutte de ce vieux flacon.
Les boulets sauce lapin de la mère Michelle étaient déjà un goûteux souvenir
quand il a prononcé le mot "dieu".Juste pour dire :
"Dieu que c'était bon ! Le petit Jésus en culottes de velours !"
C'est à ce moment qu'ils ont commencé à mécréer.
Et que la Sixtine a tremblé quand leurs saintetés se sont retournées dans leurs tombes. Plusieurs fois.
Et qu'un autre bouchon à quitté son goulot pour toujours.

Les verres tintinabullent sur le plateau qui les mène au repos.
Jusqu'à l'armoire de grand-mère.
Jusqu'à la prochaine.
Petite musique d'après.
Mélodie de générique de fin d'un diem bien carpé.

Et l'iPod sur son socle.
Brassens attaque : "Mourir pour des idées d'accord, mais de mort len-en-en-te…"

Et moi, j'attaque les casseroles.

Commentaires

  • Superbe, Monsieur Maget...

    ...je partage avec vous cette nécessité mémorielle de faire la vaisselle, avec ou sans Souchon, en musique qui accentue nos souvenirs et nos émotions...
    Tiens :je vous embrasse, Monsieur Maget!

  • Même après la nuit que nous avons follement passée ?

  • Superbe texte tonton ! La vaisselle vue comme cela apparaît sympathique avec une once de nostalgie. Bises

Les commentaires sont fermés.