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Impasse du 30 février

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N'ayant pas encore lu "Et ta mère !", son recueil de nouvelles publié en 2012, je suis donc tombé tout nu dans le roman de Luc Delfosse.
Déjà le titre, quasi bissextile ! Puis il embraye, sec, avec le prénom de son héroïne : Marie-Arsule.
Exhumé du "Regain" de Giono, cet anachronisme, on le lira, compose le génome du personnage. Car rien n'est gratuit chez cet auteur qui vous rattrape  toujours au tournant.
Voici un récit-promenade, comme le concert du même nom, qui dévore en passant tout ce qui lui semble pouvoir croquer sous la dent. Situations plus qu'improbables. Allusions historico-littéraires. Mais surtout, des personnages croquignolets, croqués avec une tendresse féroce. Parfumés des relents alanguis d'apéros vespéraux lampés dans la touffeur des ragots sous les vérandas congolaises. Ou tatoués des tics et des tocs des terroirs de France traversés lors d'une quête qui est tout sauf linéaire.
Un fil rouge nommé Jeanne d'Arc et une bigue arnaque pour terminer. Une arnaque cousue de fil à pêche et tellement alambiquée qu'il faut freiner des quatre fers pour en déguster toute la finesse.
Faut-il donc aimer les gens pour en parler ainsi…
Car si le fond est habilement tissé, la forme vous secoue le petit Grevisse. Irrespectueux de tout, sauf du style, Luc Delfosse empanache ses envolées tel un Cyrano braguette ouverte et bite au vent. Mais toujours avec des manières de vieille France profonde qui font passer les gaudrioles pour des versets du coran. Et avec enluminures celtiques sivouplé !
Parfois, Blier passe en récitant Audiard. Et l'on relit à haute voix le passage irrésistible. Parfois, le fauve se calme et se laisse envahir de réminiscences poétiques qui vous font passer de l'hilarité au frisson. On sent que l'auteur a passé de bons moments devant son clavier. D'ailleurs son rire résonne souvent dans les couloirs tordus du récit. In petto.
Morceaux choisis :
"Elle marcha en s'enroulant douillettement dans le cachemire de l'aube jusqu'à l'embranchement de la nationale."
"La rumeur est à la réalité ce que la diarrhée est au transit intestinal ou la branlette frénétique à l'amour passionnel."
"Parti de nulle part, on revient vite à son point de départ si l'on n'y prend garde."
"Le petit bonhomme était si maigre qu'une seule rayure aurait suffi à son costume de bagnard."


Un bouquin qu'on a envie de relire. Un peu comme si on reprenait une part de dessert.


Jacques Maget


( ONLIT-Editions : http://www.onlit.net/products/impasse )

Commentaires

  • Hé, hé !! Tu me donnes une furieuse envie de le lire!!
    Je note !

  • J'ai le livre de Luc sur ma pile au pied de mon plumard ! Votre critique est absolument géniale et donne encore plus envie de lire ce que ce personnage (que je connais bien), à la plume férocement et absolument incorrecte peut raconter dans son premier roman. J'en suis même un tantinet jalouse !

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