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  • CQFD

    Vous êtes au volant, englué dans une file, quelque part entre le début et la fin d'un bouchon.

    Disons "entre Tervueren et Groot-Bijgaarden". Soudain, la belle voix grave de Pierre Collard-Bovy, interrompt celle, non moins belle, de Freddy Mercury : "Nous vous signalons que suite à une perte de chargement un bouchon de trois kilomètres est en formation sur le ring extérieur de la capitale, entre Tervuren et Grand-Bigard." 

    "Merci Pierrot ! Mais je suis déjà en plein dedans!"

    Ce matin, un entrefilet dans Le Soir :

    "Le taux le plus faible de création et de perte d’emplois en 10 ans

    C’est De Standaard qui l’annonce: selon une étude de Dynam, une collaboration de l’ONSS et de la KUL, le nombre de nouveaux emplois est au plus bas depuis dix ans. Les douze derniers mois (premier semestre 2014 et dernier semestre 2013), 166.000 emplois ont été créés, contre 250.000 avant la crise. Mais dans le même temps, moins d’emplois ont été perdus: 147.000 jobs, aussi le taux le plus bas depuis dix ans. Cela donne une création nette de 19.000 emplois. Mais la (sic) peu de création et perte d’emplois en même temps est un mauvais signal, selon les auteurs de l’étude, car le marché de l’emploi stagne. Pour eux, «que des emplois disparaissent est le jeu normal de l’économie; ce n’est pas un problème en soi, pour autant que suffisamment d’emplois soient créés par ailleurs».

    Certes, cette information chiffrée est éclairante. Mais les conclusions !

    "Mais la (sic) peu de création et perte d’emplois en même temps est un mauvais signal, selon les auteurs de l’étude, car le marché de l’emploi stagne." 

    Traduction : si plus que tu vires du monde et moins que tu embauches c'est pas bon du tout ça !

    «que des emplois disparaissent est le jeu normal de l’économie; ce n’est pas un problème en soi, pour autant que suffisamment d’emplois soient créés par ailleurs».

    Traduction : CQFD !

    Il en va de l'info trafic comme des études économiques réalisées à grand frais par les bureaux  privés et les hautes écoles.

    Tous vous disent que vous êtes dans la merde, alors que vous en avez déjà jusqu'à la cravate.

    Et les journaux en rajoutent une couche, vraisemblablement pour vous signaler que ce n'est vraiment pas le moment de penser à ouvrir la bouche...

     
  • Haine

    th.jpgJe me souviens de ce fonctionnaire de l'agglomération bruxelloise dont le blazer bleu porté en permanence annonçait la couleur politique du clan qu'il vénérait. Ardent supporter d'Anderlecht et fervent pilier du même bistrot que moi, il ne supportait les plaisanteries du lundi matin que lorsque son club avait gagné et le Standard perdu.
    Un lendemain de "classico", il me dit, de la méchanceté plein les yeux : "Je hais tout ce qui est rouge !".  Et de la haine, il y en avait aussi dans la voix. Standard, PS et syndicats dans le même panier. Seule exception tolérée, son canon de côtes du rhône.

    En ces temps incertains, je me demande si beaucoup de MR ne se disent pas libéraux simplement par haine, non du socialisme, mais des socialistes. La langage des tripes. L'ancestrale inimitié inscrite dans les gênes.
    Et la contrepartie est aussi criante. Au sens propre (propre ?). Quand on entend les excessivités verbales de Madame Onkelinx. Ou de Benoit Lutgen. Il faut croire qu'être dans l'opposition équivaut à une permissivité ouvrant les vannes de la vulgarité et de l'exagération.
    Sous la législature précédente du parlement wallon, un certain Borsu (aujourd'hui ministre fédéral du Vlaamse Bleeuw) n'a-t-il pas tenu la mitrailleuse à outrances sur le parapet bleu de l'opposition à un olivier qui n'a pourtant pas fait que du mauvais ?
    Aujourd'hui, ce mitrailleur-mitraillé fait (humblement ?) profil très bas. Ligne bleue des Vosges ?
    Comme tous ceux qui bloquent le projet écologique parce qu'ils ne supportent pas les représentants d'Ecolo.
    Ah ! La peau et sa fleur ! Cet engrais de l'émocratie. Cet herbicide des boutures du bon sens. Ce pesticide des bonnes volontés.

    Dans Le Vif.be, Luc Delfosse, ancien rédac-chef adjoint du Soir, à pondu un joli petit texte dans lequel il s'en prend à la mauvaise foi de De Wever.
    Fait pourtant non-contesté, objectif et observé publiquement à chaque réaction de l'intéressé depuis des années. Depuis qu'il est entré en politique.
    A aucun moment, Delfosse ne mentionne le MR pour le critiquer, ni le PS pour en faire l'apologie.
    Eh ! Ben ! Mes braves gens, faut voir ce qu'il prend dans la tronche. Il se fait traiter de socialo et de tous les adjectifs qui vont avec. Et tout cela dans un bon français. On dirait qu'il y a un bataillon d'écrivaillons spécialisés dans les forums pour dénigrer. Désinformer. Brouiller encore un peu plus les cartes et les gens. Et les idées qui n'en sont déjà plus. Certains allant même jusqu'à faire passer les parlementaires Ecolo pour des nostalgiques de Lénine et de Marx.

    Ce qui m'étonne, c'est que l'on s'étonne.
    Que la N-VA fasse de la N-VA. Que le MR se venge du PS. Et vice-versa.
    Ce qui m'étonne c'est qu'on s'étonne que tout se passe comme prévu.
    Et on l'avait écrit dès le lendemain des élections.
    De Croo junior avait déjà provoqué la plus longue crise belge en faisant tomber le gouvernement pour sauver son VLD.
    Ici, grâce à l'appétit et aux frustrations du MR, le PS est dans l'opposition et fait tout ce que la N-VA attend de lui. Créer un chaos social et faire ainsi la preuve que la Belgique n'est plus viable. Ni vivable.
    Et si c'était cela que voulait le PS ? Avec le plan B dans la poche-révolver ?
    Eclatement du pays. Avec une Wallonie plus rouge et un MR, décrédibilisé, ridiculisé ?
    Pour être le premier dans un sud indépendant, plutôt que rien dans un Belgique sous perfusion ?
    Et Albert II qui n'est plus là pour siffler la fin de la récré….







  • La nef des fous

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    Grand moment hier au KVC (plein à déborder comme un cœur gros) où le "Festival des libertés" présentait "La nef des fous",  documentaire de Patrick Lemy et Eric d'Agostino, tourné dans l'annexe psychiatrique de la prison de Forest.

    Une plongée en apnée de deux ans, par paliers de compression, dans la poubelle de notre univers carcéral. Plongée dans l'horreur ordinaire des êtres qui, en plus d'être enfermés entre les quatre murs de leur jugement pénal, le sont aussi dans la cellule de leur pauvre tête malade. Plongée dans l'horreur, mais aussi dans l'erreur toujours possible d'un jugement médical aux certitudes rendues hésitantes par l'essence même de la folie, des folies, dont souffrent ceux qui ont été reconnus irresponsables de leurs actes.

    Un film long mais sans longueurs. Long comme la lenteur nécessaire à la pudeur de l'approche. Onze portes que l'on entrouvre sans les défoncer. Onze vies dévoilées en évitant le double piège du voyeurisme et de la dérision. Onze folies "présentables", résultat d'un casting aussi méticuleux que humain, d'un tri parmi les cent internés de "l'annexe". Onze fous à qui on donne la parole. Sans directives. En dehors de toute censure, de tout contrôle de l'administration pénitentiaire. Onze fous à visages découverts.

    Au final une remise en question de la pertinence même de la détention de ces prisonniers derrière les mêmes murs que les criminels froids et responsables, alors que leur place serait dans un hôpital. Pas dans les oubliettes d'un univers inapproprié et livrés à un traitement clinique quasi sans espoir.

    Même si l'on a souri, même si certains éclats de rires n'ont pu être retenus -comment ne pas réagir à l'humour cynique involontaire de certains dialogues ?- l'heure était à l'indignation digne et sincère. 

    Jean-Marc, un des "cas" du film présent hier au premier rang lors de la projection : "Nous avons besoin d'une thérapie de groupe. Pas de médicaments distribués par des gardiens débordés."

    Présent aussi dans la salle, le personnage-clé, et discret, du docu : "Le chef Jean". L'antithèse du maton, gentleman parachuté dans la nef, maîtrisant son empathie tout en faisant preuve d'une humanité lucide, pudique et résignée. Maillon utile et consentant d'une chaîne luttant pauvrement contre une fatalité filigranée.

    L'annexe psychiatrique, c'est le tapis du salon de notre société. Il suffit d'en soulever un coin pour y oublier le contenu de la balayette, une fois terminé le petit ménage judiciaire. "Enfermez-les, nous on ne veut plus les voir !"

    Un film qui, aussi, passe presque sous silence la gravité des actes qui ont conduit ces messieurs derrière les barreaux de l'annexe. 

    Ces messieurs qui avant de passer à ces actes délictueux vivaient, comme vous et moi, en apparente liberté. Alors qu'ils étaient déjà prisonniers de leurs psycho-névroses.

    Un film qui suggère une réflexion à cette société qui n'a pas vu venir les orages tumultueux de ces esprits dérangés.

    Comme la RTBF et VOO sont dans le coup, on ne devrait pas tarder à le voir à la télé. C'est le genre de bijou à ne pas enfermer dans un tiroir.