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Et voici le JT...

Il m'arrive souvent de brocarder la façon de parler le français au Journal Télévisé (belche).
Et parfois, plus particulièrement, les jeunes journalistes de la "gente" féminine, comme ils disent, à tort (1).
Quoique, ces derniers temps les recrues ont plutôt tendance à se poildementoniser sérieusement. Question de couvées, sans doute…
Il faut dire qu'en matière de lieux communs et autres expressions aussi vides que toutes faites, le JT est un véritable réservoir.
Mais, bon, mettons-nous à leur place.
Voici des gens qui sortent de l'univ' ou de l'IHECS et qui ont été nourris au petit lait du langage "formaté" de générations de journalistes et de leurs expressions usuelles.
Je me souviens qu'adolescent, étant fan de la revue de presse de la RTB/radio, j'étais fasciné par l'expression "selon notre consœur La Libre Belgique" ou "selon notre confrère Le Soir"? Sais pas pourquoi et allez savoir !
Toujours est-il que lorsque j'ai eu l'occasion d'écrire des papiers dans les gazettes, je n'ai eu de cesse de parvenir à caser cette expression mythique. Symbole, vu mon jeune âge, de mon accession à la cour des grands. Sans doute.
Et l'on devine que bon nombre de jeunes communicateurs rêvent de placer de-ci, de-là, un "récurremment", une "redondance", un "peu ou prou", des puissants "phéromones", l'un ou l'autre "paradigme" ou "algorithme", et la "résilience" qui va avec. Ah ! Pas oublier "éponyme", ni "esperluette", non plus !
Y a pas à dire, ça pose son mec, mais ça oblige le téléspectateur à appuyer sur la pause de son Voocorder, le temps d'aller vérifier le sens caché de ces mots barbares sur la tablette, désormais à portée de main à côté de la télécommande. Et moins lourde à manier que le Petit Larousse en couleurs.
Mais bon, les jargons ont toujours été les meilleurs protecteurs des castes, à part qu'ici on est dans la communication de masse… Et quelles masses ! Souvent à la masse, si pas à la ramasse…
Je connais une femme à journée qui se plaît à fourrer des "récurrent" partout où elle peut. Et même où elle ne peut pas. La proximité avec "récurer", peut-être. Allez savoir !
Parce que nos bonnes présentatrices et -teurs de JT devraient se rendre compte que si le "faire comme" n'est pas à la portée de toutes les bourses, le "dire comme" est, lui, une manière pas chère de croire se distinguer.
Comme il y a un quinzaine d'années, quand nos animateurs radio se sont mis à utiliser à tour de micro les "bien évidemment" et autres "tout à fait" piqués sur les chaînes hexagonales.
En attendant, nous devons bien subir, le plus stoïquement possible, le bombardement quotidien d'expressions que la vitesse, la paresse ou le manque d'imagination et de saines lectures, tentent d'excuser. Allez savoir, aussi !

Notés sur le calepin (2), posé à demeure, entre la tablette et les télécommandes :

"Tout le monde sur le même pied d'égalité". (Le gauche ou le droit ?)
"Le tri sélectif". (Par opposition au tri fourre tout ?)
"Les quatre coins de l'hexagone". (En langage quadrilatère ?)
"Un but partout. Egalité parfaite !". (En êtes-vous certain ?)
"Il ne ferait jamais de mal à une mouche". (Moi, oui !)
"Une tension palpable". (Mettez des gants, quand même !)
"Une véritable hécatombe". (C'est comme à peu près le contraire d'une fausse catastrophe ? Savez-vous que le véritable et antique sens d'hécatombe, est le massacre de cent bœufs ?)
"Une véritable ovation". (Bon, est-ce qu'ils gueulaient ou pas ? A force d'abus d'hyperlatifs, on se doit de placer du "véritable" partout.)
"Un "Ouf !" de soulagement". (De quoi d'autre selon vous ?)
"La foule s'était déplacée en masse". (500 selon la police, et ce que vous voulez selon les organisateurs…)
"Un lourd tribut". (Ah ! Ces obèses africains…)
"Une longue saga". (C'est comme "Plus belle la vie", mais avec une fin !)
"Un écrin de verdure" (Toujours en avoir un sur soi quand il s'agit de caser un château, un ru, une expo en plein air, etc.)
"Il s'isole seul en tête". (Ben, tant qu'à faire…)
"Un tir décroisé". (Est sensé désigner un tir oblique ou diagonal, donc croisé… Mais de toute façon "décoché")
"Un précieux sésame" (Ben oui, pour un billet d'entrée tiré à deux mille exemplaires, ça n'a plus beaucoup de sens…)
"Un nid douillet". (Vous savez, pour cocooner, ou coucouner, ou ce que vous voulez, bande de pervers… Et c'est encore plus douillet quand c'est petit. Comme quoi !)
"Notre plat pays". (Même quand il s'agit du Namurois ? Voyons Hadja !)
"Une bonne fois pour toutes". (Et une mauvaise foi pour tous ?)
"C'est magique !" (A propos de tout et n'importe quoi.)
"Un savoir-faire qui se transmet de génération en génération". (Et sans en sauter une, si possible !)
La palme allant au super énervant : " Comme vous pouvez le voir derrière moi !" (Certes ! Nous le voyons. Et même mieux que vous-même !)
Ou : "Ils sont actuellement réunis dans le bâtiment que vous pouvez apercevoir derrière moi." Cela veut dire qu'on ne saura rien de bien neuf, et donc qu'il n'était pas nécessaire de déplacer journalistes et techniciens pour filmer une envoyée spéciale papotant devant une façade.
 
Et à côté de ces tics, tocs, et autres clichés, il y a ces fotes, ces fosses notes, moins pardonnables.
Ces "vestiges mis à jour" au lieu de "au jour".
Ces pélérinages au lieu de pèlerinages.
Ces "Elle n'est pas prête de réussir…" et qu'on n'est pas près d'oublier.
Ces "Lui aussi, il n'est pas net." (Sinon je ne suis pas non plus une fois content !)
Et ce  "il était vêtu d'un sweet shirt". (Même si ce genre de vêtement n'est bon qu'à "sweater". Transpirer, en grand-breton. Différent du Tea-Shirt, porté uniquement à l'heure du thé. Tant qu'on y est…)
Mais aussi, un "dî djî" (D.J.). Voyons mon petit De Brigode, pourquoi pas un "dé djé" ? Il est vrai que vous avez déjà osé "Vim Wenders" !
Arrêtez aussi, astableef !, les langues de Vondel, de Shakespeare, de Voltaire et de Gœthe ! Nous sommes au XXIe siècle savez-vous !

Et, ketchup sur le mac'do, à propos du taximan violeur à Bruxelles : "Il se faisait passer pour un faux chauffeur de taxi." (Les faux gendarmes déguisés en pompiers n'y ont vu que du feu !)

Mais bon, OK,  c'est facile de critiquer ceux qui bossent quand on est bien installé, le cul calé dans un fauteuil Ikéa.
C'est, en effet, autre chose face caméra, micro en main, avec machin qui parle dans l'oreillette, des badauds qui essayent de faire un "petit coucou" et les techniciens dilettantes qui rêvent de la pause-sandwich en se balançant des vannes…
Comme quoi, le langage, c'est bien avant les études de journalisme que ça s'apprend. Pas sur le tas, le trouillomètre à zéro, en s'adressant aux gens assis devant leur poste.

Sans rancune les gars (garces ?) ! Qu'est-ce qu'on deviendrait sans vous ?


(1) Par opposition à l'agent de police ? Ou à la gent ailée, si la fliquette vole à votre secours ?
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Calepin

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