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  • Petite Ukrainienne

     

    Je ne savais pas ton nom

    Petite Ukrainienne

    Blanche et frêle beauté

    En février dernier

    Sur une plage égyptienne

    Petite Ukrainienne

    Qui me disait rêver de Vienne

    Petite Ukrainienne

    Que je prenais

    Pour une Russe bien élevée

    Dans la faune russophone de l'hôtel

    Petite Ukrainienne

    Agacée

    D'un battement de paupières

    Qui m'a de suite pardonné

    Petite Ukrainienne

    Anguille de la mer Noire

    Snorkelant dans la mer Rouge

    La tête sous l'eau 

    M'indiquant les poissons châtoyants

    Petite Ukrainienne

    Impatiente

    Qui rêvait pour son fils

    D'occidence

    Petite Ukrainienne

    La tête aujourd'hui hors de l'eau

    Triomphante

    Petite Ukrainienne 

    Je ne saurai jamais ton nom

     

  • Le lendemain de l'enterrement

     

    " Le goût du sandwich au jambon d'après l'enterrement,

    rappelle que la mort est une affaire de vivants."

     

    "A la toussaint, les morts ne savent plus où donner de la tête.

    En février, un seul petit bouquet est une fête."

     

     

    Pierre 

    Sans croix de guerre

    Tombale et nue

    Comme l'espoir de l'incroyant

    Ou naïve et ornée

    Comme le doute de celui qui espère

    Ultime émergence d'une vie naguère

    Cime en terre

    Île solitaire 

    Dans l'archipel des cimetières

     

    Pont de pierre

    Gué pour l'au-delà

    Pour que l'esprit de ceux qui restent

    Trouve le chemin des pas de ceux qui sont partis

    Passage entre le vivant et le vécu

    Entre le souvenant et le souvenu

    Brise-lames à marée haute

    Qui pousse une tête lithique

    Sous l'inconnu brumeux

    Des vagues chaotiques

     

    Bloc inoxydable

    Post-it granitique

    Sentinelle stoïque

    Pictogramme de la souvenance

    Phare en veilleuse

    Oreiller de pleureuse

    Mégalithe dressé

    Bornant le pré carré 

    Des vieux lichens de la mémoire

     

    Main levée demandant au passant rêveur

    Une parole dérisoire

    Signe de vie

    D'une autre vie

    Appel muet

    Tonitruant 

    Parmi l'anonymat des vieilles croix moussues

     

    Pied de nez aux cendres dispersées

    Poussières erratiques

    Des corps amnésiques

    Bras d'honneur

    Aux placards classeurs

    Des colombariums bureaucratiques

     

    Pierre

    Table de communion

    Pierre philosophale

    Qui change en doute

    Le plomb de nos questions

    Reposoirs des pensées

    Consoles soutenant

    Les vieilles souvenances

    Petits pavés regrets

    Dans des chaussées d'amour

    Silex frais taillés 

    Perçant encore toujours

    La croûte des pardons

     

    Lourds signets 

    Marquant les pages

    De l'éternel ouvrage

    R.I.P. de V.I.P.

    Ou humbles croix sauvages

    Prières fossilisées

    Colères d'inespérance

    Dernières coquetteries

    D'inégaux de naissance

    Les pierres des cimetières 

    Ecrivent pour toujours

    Comme une certitude

    L'indélébile constat 

    De toutes nos différences

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Anne Liégeois

     

    Anne Liégeois

    a notamment illustré, pour les

    éditions Duculot, "Les églises romanes de Belgique"

    et "Les églises romanes de France".

    Elle dessinait comme on respire,

    naturellement, profondément. 

     

    photo.jpg

                                                         6 mars 1948 - 22 février 2013

     

    anne dessine

     

    tellement fluide

    tellement gracile

    tellement simple

    la ligne semble couler du bout du porte-mine

    est-ce la main qui guide la mine

    ou les doigts nerveux

    qui se laissent mener 

    dociles

    par le sillon tactile

    né dans le regard éclairé

    de la chouette

    derrière les lunettes

     

    anne dessine

     

    tellement souple

    tellement nue

    tellement naturelle

    la ligne court sur le grain du papier

    suis-moi

    suis-moi

    crie la ligne

    en essuyant le charbon de ses pieds

    sur la neige fraîche de la page

    suis-moi

    suis-moi

    je t'emmène jusqu'au bout du dessin

     

    et anne dessine

     

    suis sa ligne

    sans gomme

    laissant le soin

    à son regard

    d'oublier les détails

    qui la gênent

    parce qu'ils ne sont pas importants

    à son chouette regard

    de chouette

    derrière ses lunettes

     

    anne regarde la maison

    debout devant elle

    puis la maison

    couchée sur le papier

     

    la ligne s'arrête de courir

    il reste beaucoup de blanc

    mais la page est pleine

     

    anne sourit

    le dessin est fini

     
  • Homo democraticus

    L'électeur

    Drôle d'animal

    On l'endort de promesses

    Quand il aboie on le caresse

    On ne le chasse qu'en campagne

    Bipède interactif

    Cartésien ou hyper-émotif

    Possédant quelques gènes de caméléon

    Ce mammifère omnivore

    à la mémoire bipolaire

    vit en démocratie

    Sa seule arme est la voix

    Il n'en n'a qu'une

    La même que tous ses congénères

    Qu'il soit chef de meute

    ou poisson-chat laveurs de vitres d'aquarium.

    Intelligent comme une pie

    ou baudet comme un âne.

    Grégaire comme un gnou

    ou indépendant comme un guépard.

    Ouistiti chapardeur ou abeille ouvrière.

    Cigale ou fourmi.

    Corbeau ou renard.

    Loup ou agneau.

    Il est égal en droit

    Il n'a qu'une seule voix.

    Pour grogner, pour voter, pour rire ou pour pleurer.

     
  • Nettoyage de printemps

     

    "  de zon komt op. de zon gaat onder.

     

    langzaam telt de oude boer zijn kloten."

     

     

                                               (Cees Buddingh)

     

     

    L'ours

    sorti de l'hiver

    comme un noyé d'un puits

    plantigrade solitairement

    sur des promesses de printemps

    Autour

    Les jardins mouillés 

    ont les primevères à fleur de peau

     

    La Thyle

    musardant depuis Villers-la-Ville

    méandre en caressant Suzeril 

    Sur le sol 

    foulées

    les feuilles de tous les automnes

    s'entassent

    Humble humus de tous les ans passés

    Passés à se demander

    si le printemps reviendrait un jour

    Un jour parfait

    pour qu'un ours

    sorte enfin de l'hiver

    Un jour sans soleil et sans gel

    Un jour nu et sans gêne

     

    " La marche à pied est un sport cérébral

    qui ne se prend pas la tête dans le tapis "

     

    L'ours essoufflé 

    laisse à ses pensées quelques mètres d'avance

    Se contente de suivre

    A distance

    Il fixe l'infini

    Se dit

    que pour faire reculer l'horizon, 

    il suffit d'avancer vers lui

    Et quand tout lui semble trop loin, 

    il se remet à marcher

     

    Rectiligne

    le RAVeL monotone

    passe en revue

    les régiments pistache

    des noisetiers en châtons

     

    Au dessus du crématorium

    monte tranquille

    un nuage d'homme

    une vapeur de vie

    sortie de sa coquille

    rejoignant l'harmonie

     

    L'ours a détourné la tête

    Concentré sur ses pas

     

    Le compas arpente

    Chaque foulée 

    change l'angle et l'esprit

    L'équerre du regard

    mesure le paysage

    l'élargit

    et s'égare

    dans ses plis

     

    Les campagnes de Gentinnes

    impatientes piétinent

    Tout ici n'est qu'attente 

    Ennui mortel et sans oiseaux

    A travers les champs mécanisés,

    par les chemins désarticulés

    du remembrement intensif

    l'ours lentement s'humanise

    Il ne reste que quelques colzas 

    regains de la dernière récolte

    qui osent un peu de jaune

    dans les terneurs argileuses 

    des mottes crues

    friables et frileuses

     

    Juste laisser au ciel d'ardoise

    le droit de se fâcher

    Louvoyer plic ploc entre les flaques, 

    Et le limon qui plaque

    Se faire hydrocuter par une vicieuse averse

    un de ces veaux dont mars le vache a le secret

     

    Ignorer

    Ecrasées sur les bas côtés 

    les canettes alcooliques

    petites bouées anxiolitiques

    qu'on se jette et qu'on jette à sauvette

    par la fenêtre ouverte

     

    Ignorer la montre et sa trotteuse

    qui court après le temps

    Juste apprécier ses pas

    Métronomer l'espace

     

    Juste marcher

    Pour se désoursifier

    Se gibouler l'esprit

    Lui refaire une beauté

  • Douce France Passion

    CT_FRRectoVerso_2014_large.jpg

    Jeudi passé, ayant oublié mon quotidien préféré à la maison, je me retrouvai

    sans lecture, au volant du motorhome (*) dans la file du contrôle technique.

    L'esprit vacant, la pensée en jachère.

    Comme la radio était débranchée, j'avais le choix entre le manuel d'entretien du véhicule, le guide Nathan des oiseaux d'Europe, le Petit Larousse 2004 -qui sert de juge suprême dans les conflits conjugaux- ou la carte de France Michelin 2009 au 1 : 1 .000.000 (1 cm = 10 km). Le modèle recto-verso, où l'Hexagone est coupé en deux quadrilatères, de la Vendée à Genève.

     

    Miraculeux.

    L'esprit buissonnier, j'ai déplié le plan de ma plaine d'errances préférée.

    J' y ai retrouvé les chemins amis qui mènent à Champosoult, une oasis normande à côté de Camembert. Où des dromadaires roux-blanc-noir mâchent les boutons d'or en rêvant de calva. 

    La route cousine qui va jusqu'à Perros-Guirec, en patchworkant la mer de tous les bleus du ciel. 

    Le roman sentier des Compagnons qui mène à Mesnac où le cognac se schweppes. Et plus loin jusqu'à Bran, où la Charente hésite entre mer et Gironde. 

    Toujours plus au sud, en outre-Garonne, la route de Marmande pose ses espadrilles à Lamothe-Landerron, où la tomate se sucre sur le dos du soleil. 

    Puis virant lot pour lot on rentre dans les terres, airant à Monségur, d'où la vue se perd dans un champ de bastides. 

    Et de là, pardi, c'est l'heure du Tarn, à Saint-Genest-de-Contest, pays de Lautrec où fleurit l'aille roze et l'accent de Gaillac. 

    Quand le sextant du cœur indique l'orient, voilà le Lubéron qui dessine l'horizon de ses crêtes, protégeant Lourmarin. 

    À contre-mistral, on remonte vers Grenoble, où Saint-Égrève se cache à l'aplomb du Néron. 

    Et c'est déjà Roanne, la gourmande qui trois-grosse en parlant charolais.

    Un tour de France ami sans étapes contre la montre. Un tour de France de parlottes, en oubliant le soir. De petites bouffes sans esbroufe en émerveillements partagés.

    Un tour de la France copine, paysagère, gourmande et agricole (**).

     

    Nous avons depuis longtemps laissé les autoroutes à leurs stations services pompeuses d'euros-millions.

    Préférant nationales et ex-départementales où les "Routiers" subsistent guettant le camionneur allergique aux péages.

    Traversées boulangères marchant à la baguette suivant les rues jalonnées du rouge des charcuteries. Cœurs de villages battant des places de marché et des cafés du commerce. Où germent les poncifs à l'ombre des pastis. 

    Nos étapes, s'appellent aussi "France Passion", une association d'agriculteurs de toutes disciplines qui accueillent gracieusement les camping-caristes adhérents.

    Fermes laitières normandes ou bourguignonnes, chèvriers provençaux, apiculteurs tarbais, vignerons d'Oléron et de tous les terroirs, distillateur de lavande de Valensole, gras foies périgourdins et gais presseurs de noix, éleveurs de rousses limousines ou d'escargots "made in Lubéron". Bouilleurs de crus ardéchois ou cognaçais, planteur de lentilles champenois-berrichon, beaujoleurs de gamay et cueilleurs d'acacias…

     

    La France paysanne, quelque part entre Alexandre le Bienheureux et mon oncle Benjamin.

    France de "La billebaude". France de Vincenot.

    France de la bicyclette. France de toutes les Paulettes. 

    Du cap nord de Bray-Dunes au cap sud de Cerbère. 

    Douce France angélique, angevine… Où Trénet chante encore. 

    France d'avant que Marine et Le Pen ne deviennent des gros mots.

    Douce France qui cache parfois ses couteaux sous le comptoir.

    France des comptes à régler et qui "veut gagner des millions".

    France qui oublie doucement Coluche en écoutant Sébastien.

    France de France Inter ou France de France Bleue.

    France qui figarote le doigt sur la culotte.

    France qui revit Mauriac sans jamais l'avoir lu.

    France aux saints démons qui pointent les différences. 

    France qui change entre les lignes. France aux votes incertains.

    France d'en bas, opinel à la boutonnière et rose entre les dents.

    France d'en haut qui craint qu'Hollande n'en fasse un pays bas.

    France des cités et pas des prospectus.

    France des Français. France des hiatus.

     

    France où j'ai quand même hâte de reposer mes pneus.

    Juste pour dérailler ailleurs. Juste pour souffler un peu.

     

     

     

    (*) "Camping-car" pour les Hexagénaires et "mobilhomes" pour beaucoup d'amis belges.

    (**) Bon sang de bonsoir, quand Larousse va-t-il se décider à rééditer son Dictionnaire agricole de la France ?

  • Sacré Valentin ♥

    Bonhomme coeur brisé.jpg"Aimer jusqu´à la déchirure

    Aimer, même trop, même mal,

    Tenter, sans force et sans armure,

    D´atteindre l´inaccessible étoile."

                          (La Quête, Joe Darion)

     

     

     

     

    Sacré Valentin .

    On pourrait aussi t'appeler saint Tippex ©

    Effaceur des petites "fôtes" de frappe de l'année écoulée

    Anti-rides des cœurs froissés

    Dilîteur des coups d'Opinel © dans le contrat

     

     

    Tu es le notaire d'un bail tacite annuellement renouvelable

    L'agent taxateur des signes extérieurs de tendresse

    Cupide Cupidon à poil sur son nuage

    Fruit de l'union juteuse d'une fleuriste et d'un restaurateur 

    Jobiste chez Planet Parfum © et Paris-XL © 

    Fils bâtard d'une Master Card © et d'un cœur en papier

    Tu prends les âmes-soeurs en otages

    Mais puisque tes adorateurs aux rouges myocardes

    sont adultes et consentants

    On va pas jouer les cache-cœur rabat-joie

     

    Donc

    A tous les Plug & Play d'un soir

    (Tu me plais, je te plugue)

    A tous les pères fêtards, ou les pervers fouettards

    Chers vieux adorateurs de saint Jean l'Echangiste

    Play boys gomineux Axé © sous les aisselles

    A vous toutes

    Bouches en cœur de poule

    Pour pubs de lave-vaisselle

    Playtex © au cœur croisé qui font dans la dentelle

    Blondes dépoitraillées allumeuses de chandelles

    Silicone Valleys et vos cimes jumelles

    Cow-boys "à dada", Jupiler © au goulot, 

    Quadras qui savent pourquoi, en quad et tatouages

    Et vous aussi

    Gaies lesbiennes et gays lurons

    Bourjois © bohèmes avec un "J" comme joint

    Orphelins incertains d'une tribu barakî

    Ou rejetons friqués d'une union raisonnée

    Vieilles belles à genoux 

    Ou prudes en jupe droite

    Papys Viagrafés © en rupture de Scrabble ©

    Mamys ménopausées osant le porte-jaretelles 

    Ou geeks boutonneux  

    au Joy-Stick © solitaire

    Outrebaiseurs ardent

    Ou honteux malbaisants

    It's your day to day

     

    Sacré Valentin 

    Qu'as-tu fait au bon dieu pour qu'il te canonise ?

    Tu rends l'amour aveugle

    Et les amoureux sourds

    Mais puisque c'est ton jour

    Mais puisque c'est leur jour

    Donne-t'en à écœure joie et renoue leur les doigts

    Un fois par an parfois

    Si ça ne tient qu'à ça

     

     

     

    Pour en savoir plus : 

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Valentin

  • Lettre ouverte au désespoir

     

    Désespérance

    tu creuses en nous un puits sombre

    où nous fuyons notre ombre

    ton monde est creux inutile

    et ses couleurs futiles

    tes arcs-en-ciel sont gris

    seul le rouge ancien des feux éteints

    y clignote immobile

    tes lendemains sont des hiers pourris

    tes espoirs insomniaques morts-nés

    et compostés depuis longtemps

    concessionnent à perpétutité

    aux pieds des croix penchées

    des cimetières oubliés

     

    Plaquer la vie d'une claque

    comme on quitte 

    une maîtresse black

    un coup de trique

    beaucoup de trac

     

    Quitter cette vie de lombric

    qui creuse son tunnel

    dans un terreau sans joie

    avalant son chemin

    ne laissant derrière soi

    qu'un demain digéré

    avant que d'en jouir

    s'enfoncer dans l'ennui noir

    des sous-sols incertains

    ascenseur à sens unique 

    où chaque étage est un espoir en moins

     

    S'abandonner au tourbillon 

    de l'étang qui se vide sans joie

    incapable de haine

    aspirant à la fin aspiré par la peine

    regardant vers le bas qui s'éloigne

    inconsistant

    goutte pâlotte de sang

    quand on s'ouvre la veine

    que l'air vicié de la chute fige lentement

    dernière goutte du trop plein de la vie

    qui cherche un carré blanc

    pour s'exploser comme un dernier cri

    au su et au vu des ni vu ni connu

     

    Désespérance

    arrête de dire que tu es sans fond

    que tu es sans fin

    que tu es sans promesses

    ou de nous le faire croire

    ton puits n'est pas perdu

    tes murs ont des oreilles 

    qui ne sont pas sans voix

    mais tu fais tout pour qu'on n'écoute pas

    les flancs de ton ravin tapissé de racines 

    sont hérissés de mains 

    qui se tendent impuissantes

    qui attendent

    de ralentir la chute 

    de ceux que tu précipites

    mais tu fais tout pour leur couper les bras

    tu n'es précipice que vu d'en haut

    tu caches bien ton fond

    si bas si dur si profond

     

    Parfois un jour ou plutôt un matin

    qui arrive qui viendra

    après le grand fracas

    à la fin du grand saut

    quand les morceaux épars regardent vers le haut

    avant de se rassembler

    pour apercevoir enfin 

    sortant des flancs du ravin

    les mains les bras tendus 

    les voix et les oreilles

    échelons qui courtéchellent

    vers le point blanc brillant

    d'un jour qui se réveille

     

    Désespérance

    un jour

    un lendemain de veille

    ébloui de sommeil

    on trouve la fenêtre aveugle

    de ton couloir sans portes

    celle qui donne sur le jardin

    où les bras et les mains

    sortis du ravin

    vont te porter en terre

    s'enfoncer dans ta gorge

    te forcer à te taire.

     
  • Émerveillements

     

    "Toute la nature n'est autre que de l'art, qui t'est inconnu." (Alexander Pope, Un essai sur l'homme.)

     

    Le chien bâille quand le soleil se couche.

    Et s'il gratte à la porte, pour sortir dès potron minet,

    ce n'est pas pour lever le nez vers le ciel rosé de l'aube,

    mais pour lever la patte, parce que sa vessie ou son intestin le tracasse.

    Il n'y a que dans les dessins animés que les animaux s'émerveillent.

    Parce que l'homme les a humanisés.

    Et si l'émerveillement était le propre de l'homme ?

     

    En ouverture du deuxième volume de "Sur les épaules de Darwin", Jean-Claude Ameisen cite Virgile dans Les Géorgiques : "Je t'offrirai, à partir de toutes petites choses, des spectacles formidables."

    Et dès les premiers chapitres, consacrés aux résultats des dernières études sur les capacités cérébrales des fourmis, l'esprit humain s'émerveille. 

    Simplement. Littéralement.

    Sans alcool ou autre produit psychotrope. 

    Sans l'arrière-pensée de l'utilité que peuvent représenter ces découvertes pour mener à bien sa vie quotidienne ou professionnelle. 

    Sans autre souci de mémorisation que celui de pouvoir se souvenir pour se répéter ou transmettre l'émerveillement.

     

    La nature s'expose au potentiel émerveillement de celui qui ose s'arrêter. 

    Un arrêt inutile, au sens matérialiste du terme. Mais un moment riche de la valeur de l'instant où le spectacle transforme la conscience du spectateur. Une douce interaction qui provoque la mutation progressive vers une certaine forme de bonté. 

    Il ne faut cependant pas angéliser la nature, l'acteur naturel de ce moment, par opposition à l'humanité imparfaite du spectateur humain qui s'émerveille. Comparaison est déraison. La nature obéit à des lois aussi inconscientes qu'indépendantes de l'émerveillement qu'elle provoque. 

    Le regard de l'homme lui est indifférent.

    Il n'en va pas de même pour l'œuvre de création.

     

    L'artiste ne trouverait-il d'abord pas sa raison d'être dans son propre et originel émerveillement immédiat ?

    Être sont premier spectateur. Acteur et spectateur émerveillé de la création générée par sa propre pensée et par son propre geste ?

    Après la nature, l'artiste est le second créateur d'émerveillement.

     

    ( parenthèse ouverte.

     

    Mais pour que son travail existe, l'artiste doit le publier. Le montrer.

    Une œuvre sans public autre que son créateur n'est que bâillement de chien au crépuscule.

    Exposer c'est offrir son émerveillement en partage.

    Et un artiste qui n'expose que pour vendre se trompe de chemin.

    Exposer c'est exister. Sortir de soi et de chez soi. 

    Montrer son travail, s'est s'exposer. C'est exploser.

    C'est toujours se risquer.

    Un passant qui n'entre pas dans une galerie parce qu'il n'a pas les moyens d'acheter se trompe aussi.

    Sinon, pourquoi irions-nous dès lors au musée, à la bibliothèque ?

    La contempler, c'est s'exposer à l'œuvre.

    Comme un détecteur de radio-activité qui se laisse irradier.

    Un papier argentique qui se laisse insoler.

    Oser la possibilité imminente d'un émerveillement.

    C'est aussi, quelque part, mais dans une moindre mesure, risquer.

    Risquer la mutation. Vers le meilleur. Ou le pire ? Au risque de s'exploser dans la déception, l'indignation, l'incompréhension de la raison.

    Ou d'imploser dans une jubilation intime et endorphine.

     

    Parenthèse fermée )

     

    Une chose est certaine, chaque émerveillement, est un pas vers l'endroit où les impossibles devraient se rejoindre.

    Chaque conscience d'émerveillement nous laisse meilleur que l'instant d'avant.

    Et encore meilleur quand cette conscience s'épanouit dans le partage de l'instant avec une présence amie. Avec ou sans paroles.

    Et si la recherche de l'émerveillement était tout simplement la raison suprême de vivre ?

    Et si l'émerveillement était la source d'énergie qui permet à l'homme de s'indigner, puis de se battre et de nourrir son combat ?

    Et si l'émerveillement était la source et la condition de la liberté ?

     

    (1) Ces livres sont le prolongement des émissions diffusées chaque samedi à 11 heures sur France Inter : http://www.franceinter.fr/reecouter-diffusions/434611

     

     

     

     

     

     

  • Parti Pris

    " En avril, à ta porte ils feront la file !"

    " En mai, vote comme il te plait ! "

     

    En ces temps troubles où l'homo politicus, quoi qu'il s'en défende, bat la campagne, il est amusant de se repencher sur la signification des acronymes des partis politiques qui, le couteau entre les dents, lorgnent en bavant, sur les futurs gâteaux à partager.

    Avant d'affronter la gigantesque indigestion qui les attend dans le nouveau paysage belgicain remodelé par la crise et la réforme des institutions.

     

    PS

    Parti Socialiste. Commence par un grand P et finit par un grand S. Tout juste comme PoteS. Pour eux, l'anachronique lutte finale (Allez ! Tous en chœur ! Sauf l'Elio du village Seize !) n'en finit pas de se grouper pour être le genre humain dès demain.

    Avec eux, le mot "socialisme" essaye, vaille que vaille, de se remplumer l'aile gauche fortement chevrotinée par les compromis nécessaires à la participation au pouvoir. Attention ! Faudrait pas que le rouge clair devienne trop rose bonbon. Le syndicat FGTB carolo l'a senti en se rapprochant du mouvement PTB-GO (Parti du Travail de Belgique et Gauche Ouverte). À gauche toutes. Il serait temps pour la maison-mère PS de re-mettre du gros rouge dans son bordeaux rosé. Et pas uniquement pendant le pique-nique de la campagne… en attendant l'effet du papillon...

     

    CdH

    Centre démocrate Humanisme. Dans un acte héroïque l'ancien PSC (Parti Social Chrétien) a sacrifié le mot "Chrétien" sur le saint autel de la communication électorale. Cachez ce "C" que je ne saurais voir… 

    "Centre", cela lui va bien, même si la composante Mouvement Ouvrier Chrétien (Qui, elle ne cache pas son "C…") reste sur sa faim… 

    Au centre de l'appellation, "démocrate" avec un "d" minuscule comme coquetterie graphique. Notez "déMOCrate" se défendrait graphiquement pas mal… Mais bon, "démocrate" est un mot fourre-tout qui sonne bien et qui ne mange pas de pain. Surtout quand on vit en démocratie ! 

    Humaniste, un mot ambigu (référence au message christianique effacé ?). Qui tente maladroitement de remplacer le bon vieux "Chrétien", sans trop faire peur aux saintes familles pourvoyeuses de voix. Tout en n'éloignant pas les familles modernes, non pratiquantes, par un parfum trop soutenu de sacristie. Ou de confessionnal. L'isoloir sous surveillance.

     

    Écolo

    Qui connait vraiment la signification de ces cinq lettres ? Écologistes Confédérés pour l'Organisation de Luttes Originales. Et non pas bêtement l'abrégé d'Écologistes. Le vocable est devenu synonyme d'emmerdeurs. Parce que sur le fond, tout le monde est pour l'écologie, mais, sans changer ses habitudes, sans se priver de rien. Le syndrome NIMBY (Not In My Back Yard = pas dans mon jardin) est son pire ennemi.

    Exemple : 1. Le tabac nuit à la santé. 2. Il faut interdire sa publicité. 3. La Formule1 vit des cigarettiers. 4. Le Grand Prix (gouffre à millions)  de Francorchamps vit de la Formule1. 5. Écolo tir à boulets verts et fait annuler un Grand Prix pour respecter la loi anti-tabac. 6. Écolo perd les élections.

    Quand les électeurs comprendront ce que signifie "Luttes Originales" il sera peut-être trop tard. En attendant, Écolo traîne son nom comme un jeune adulte le ferait avec ses cicatrices d'acné juvénile. Pas comme des boutons d'or sur une prairie de mai. Drapeau et épouvantail à la fois. Nous sommes en émocratie, ne l'oublions pas.

    Les copains ne quittent pas le kot, mais le recrutement se complique.

     

    MR

    Mouvement Réformateur. Né du rapprochement de l'imprononçable PRL-FDF-MCC (dissident du PSC)-PFF (libéraux germanophones). 

    Question : "Comment peut-on être un réformateur de droite ?".  Leur réponse simpliciste : "Dans un royaume pourri par la gauche !". Tout un programme. Rien qu'un programme.

    Ex-PRL : Parti Réformateur Libéral, qui avait aussi laissé tomber un mot qui faisait peur aux potentiels électeurs transfuges d'autres partis proches.  "Libéral" ! Dire qu'en Amérique, cela veut dire "de gauche". "Libéral", un mot qu'ils avaient pourtant rajouté au PLP (Parti de la Liberté et du Progrès). Bref tout ça pour toujours se faire appeler "Libéraux" par le bon peuple.

     

    PP

    Parti Populaire. Populiste étant puant, on a arrondi les angles. Quand on voit le look de ses dirigeants, on se demande ce que "Populaire" vient faire là dedans.

    Un mot en passant sur le Français François Bayrou qui, ayant fondé le centriste Parti Démocratique, avait négligé de prévoir que son sigle serait le PD. Vite vite, le nom fut changé en Mouvement Démocratique. MD, et pas MDR...

     

    FDF

    Jusqu'en janvier 2010, cela se traduisait en Front Des Francophones. Ce qui convenait à un parti axé sur Bruxelles. Aujourd'hui, il convient de lire Fédéralistes Démocrates Francophones, puisque le parti a essaimé en Wallonie. Voilà qui est clair ! À part le "Démocrates" qui est le premier mot auquel on pense quand on voit la lettre "D". Un mot qui ne blesse personne, et qui s'accommode de bien des couleurs. Un mot inutile dans un régime démocratique. Voir CdH, plus haut.

     

    N-VA

    Nieuw-Vlaamse Alliantie, c'est nouveau, c'est flamand. Alliantie voor Séparatie ! Peut-être pour rappeler qu'on vient de la Volksunie ? Ou pour faire Blok, avec un clin d'oeil à l'ancêtre du Vlaams Belang ?

     

    Open VLD

    Open Vlaamse Liberalen en Democraten. Open, open, c'est vite dit. Quant au "Democraten" ? Ce mot ne prend tout son sens qu'en dehors d'un régime démocratique. Voir aussi plus haut.

     

    sp.a

    Socialistische Partij Anders. Sous-titré : socialisten en progressieven anders. Marrant ce "Anders" ! Autrement ! Mais autrement que quoi que qui ? Autrement que ceux qui ont participé aux "affaires" ? Autrement que du temps du Parti Socialiste unitaire ? Autrement que les autres ? Ça au moins, c'est sûr ! Quoique…

     

    CD&V

    Christen-Democratisch & Vlaams. Ici, aussi, à part le "Democratisch" (Salut Tisch !), on sait à qui on a affaire. Chrétien et flamand. Coquetterie graphique aussi, cette esperluette (&). Un rappel de l'inutile petit "d" du CdH ?

     

    Vlaams Belang

    Intérêt Flamand. Clair et net, ce stukske Vlaamse Blok. Sauf que maintenant,sur le même terrain, il y a de la concurrence. Gruppiert !

     

    Groen

    Les écolos flamands. Ex-«AGALEV», qui était originellement l’acronyme de Anders GAan LEVen (Vivre autrement), il décida  de se présenter aux élections sous le nom de Anders Gaan Arbeiden, Leven, En Vrijen, soit littéralement « Aller au travail, vivre et baiser différemment ». Devenu Groen en 2003, il fusionna en 2009 avec Le Sociaal-Liberaal Partij, anciennement "Spirit".

     

    Ketchup sur le MacDo, on notera qu'en Flandre tous les partis du centre vers la droite, et même plus loin, affichent le "V". Vlamand, vengeur, vainqueur ?

    Côté francophone, un seul parti avec élus arbore un "F" à Bruxelles . Signe des priorités régionales ?

    Sauf évidemment si l'on prend en considération petits partis sans élus, où le "W" fait aussi sa timide apparition. Avec, par exemple : les autonomistes FDF-RW, le populiste FW, les rattachistes RWF, etc.

    Comme quoi, les acronymes, sigles et autres logos en disent parfois plus long qu'on ne pense.

     

     

     

     

    Voir la cosmologie galactique des partis francophones : 

     

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_partis_politiques_belges_francophones