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  • "YOU"

     

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    Il fait chaud ce 31 décembre 2035. Ou 2040. Ou peut-être 50 et des. Je ne sais pas encore. Mais ça va arriver. Ça devait arriver.

     

    Nous sommes à Fort-Ever, le centre nerveux de Rainbow, la branche informatique de "Pire to Pire", société géante née de la fusion d'Apple, Microsoft, Samsung, Solvay, Bank of Asiarica et Aldi. 

    Karla Fujita-Gonzales, un peu plus spîdée que d'hab, peaufine son look silicloné.

    Pour elle aussi c'est le grand jour. Directrice de la com depuis  six mois, elle a été débauchée à coups d'euros-dollars du concurrent "Best Off". L'éternel Poulilooser du secteur, dont l'action va chuter vertigineusement ce soir, dès la mise en ligne de l'événement qu'elle a si minutieusement préparé.

    Pensez ! C'est le président No-Land en personne qui se déplace à Fort-Ever pour inaugurer l'ordinateur première génération de réseau neuronal. Le "You" , raccourci familier pour Human Béjing (orthographe imposée par le partenaire chinois). Fruit mûr de l'association de la théorie des cordes à la physique quantique. 

    Dans le petit hall de la société, un parallélépipède de cristal synthétique posé sur une estrade en résine polymère transparente, une espèce de totem à la gloire de la communication sans tabou, sert d'écrin à "You". 

    "You", pas plus grand qu'un Rubik's Cube dont les facettes déclineraient toutes les nuances du gris métallisé.

    "You" l'ordinateur le plus perfectionné du monde. Capable de tous les calculs, de toutes les prévisions. Doué d'empathie et d'humour. Encyclopédie mise à jour en temps réel puissance 7. Capable de diagnostiquer les métastases, de les irradier au nanomicron près et de consoler le patient.

    Capable d'aimer, de tricher et de mentir. De confesser et psychanalyser. Bijou multigital, qui sera à l'humanité ce que la roue, le feu et Frank Ribéry lui furent à leur époque. L'ère de rien. Capable de répondre à toutes les questions en fonction de la personnalité de celui qui les lui pose. De répondre, mais aussi d'enregistrer la scène, de la super photoshoper et de la mettre en ligne en l'autocensurant en fonction des destinataires. Capable de commettre volontairement des erreurs afin de faire semblant de se moquer de lui-même. Capable de tout. De vraiment tout. Même de confiance. C'est dire …

     

    Karla est prête. Elle a glissé un micro-string de rechange dans la housse de son slimPhone. Au cas où l'émotion lui endorphinerait le sous-sol. 

    "You" est prêt. Pour tromper son impatience, il vient de sniffer un rail de coke virtuel. Histoire de secouer ses milliards de nanoprocesseurs et de tester ses micro-batteries à l'alium de pestum de Genovese-Italy 

    Le président No-Land guidé par le CEO de "Pire to Pire" s'approche et monte quasi-religieusement sur l'estrade. L'instant est grave. Le seul protocole prévu par Karla réside dans une question, choisie secrètement par No-Land. 

    Une question qu'il doit poser à "You". Un face to face qui, dans la nanoseconde, s'affichera sur tous les écrans ultra-plats de l'univers et toutes les pages d'accueil de tous les réseaux sociaux.

    La question.

    No-Land s'approche de la colonne de cristal. Un petit sourire en coin, un peu comme celui d'un père jésuite évoquant in petto l'influence de l'herpès sur la mortalité prénatale au Sud-Yémen.

    Il fait semblant de se concentrer, comme s'il cherchait sa question, et regarde le petit "You" cube en pleines faces.

     

    - Posez votre question ! , dit "You" en prenant l'accent mi-texan, mi-sud-coréen, typique du président No-Land.

    - Dieu existe-t-il ? , demande l'homme le plus puissant du monde.

     

    "You" observe un silence, pour ménager l'effet que ça réponse va produire.

    Il semble que ce silence, cinq secondes en temps réel, dure une demi-minute.

    No-Land s'apprête déjà à répéter sa question, et Karla à changer de string, lorsque "You" répond d'une voix qui ressemble furieusement à celles de Patrick Sébastien :

    - "Maintenant ! Oui !"

     

     

  • Sauvez les mots !

    î

    Le chapeau de la "cime" est tombé dans l'"abîme".

     

    Accent circonflexe. 

    Littéralement "fléchi autour".

    Combinaison graphique entre un accent aigu et un accent grave.

    Aigu comme un coin qu'on enfonce.

    Grave comme l'instant d'un départ.

    Accent circonflexe.

    Comme un voile de pleureuse antique ou de veuve sicilienne.

    Une voile de felouque.

    Ou un oiseau volant à l'envers dans un ciel de dessin d'enfant. 

    Ou le nez pointu d'une aile delta qui supporte le poids plume d'un homme soudain oiseau. 

    Petit toit triangulaire dont la forme donne envie d'écrire "châlet", "cîme", crêche, …

    Celui qui mange l'esse d'"hospitalité", pour en faire "hôpital".

    Et celui de "déforestation" pour planter la "forêt".

    Qui fait que l'hostellerie devient hôtel.

    Et le castel, château.

     

    Lointain héritage d'une langue françoise.

    Parvenue jusqu'à nos dictées à tire de plumes d'oie.

    Plumes Ballon © et pâtés violets de l'an soixante avant le Tipp-Ex ©.

    Dictées qui nous obligeaient à tirer la langue par les deux bouts.

    Bal froid sans autre musique que les ponctuations chantées par le maître qui traînait ses cent pas sur la craquante estrade.

    Souvenirs qui font que, chez certains, l'orthographe reste une torture inutile, une valeur désuète.

    Une coquetterie ringarde martyrisée à coup de SMS. 

    Messages en short et en tongs dans la Sixtine du plaisir de lire.

    Victoire par forfait du fond sur la forme.

    Sur des mots impuissants devant le laisser-faire.

    Sous les coups des textos sauvages, bourreaux, tortionnaires,

    les mots se terrent en se taisant au fond des dictionnaires. 

    Passant sous le manteau une ancienne grammaire.

    Entrant en résistance.

    Ils n'attendent que nous pour se relaisser faire.

    Rester au coude à coude avec leurs british frères.

    Sortir de l'ornière.

    Et rejouer entre eux par notre intermédiaire.

     

    Comme les courriels sont tristes quand ils n'ont à offrir qu'une pièce attachée à un vulgaire trombone.

    Les mots valent bien mieux que de traîner en croix sur des grilles de papier ou de se laisser double-tripler en tirant le Scrabble © par la queue.

    Les mots en ont marre de se laisser lire.

    Ou de s'écouter dire.

    Pour les maintenir en vie il nous faut les écrire.

    Écrivons-les.

    Écrivons-nous.

    Ils sauront bien ce qu'on veut leur faire dire.

    Et nous laisseront souvent avoir le dernier mot.

     

    N.B. Chaque fôte d'ortografie sera punî de trentes minute de privaçion de klavier.

  • Interview exclusive de Johnny Thijs

    The right man at many wrong places...


    Une question à Johnny Thijs :

     

    - Après avoir empoisonné pas mal de monde en travaillant de 1974 à 1981 comme product et marketing manager pour les tabacs Vander Elst (Belga); après avoir ensuite et jusqu'en 1986 contribué au surpoids de plein de gens en dirigeant le marketing et les ventes de Masterfood (Mars, etc.); après avoir continué à gaver ces générations de futurs obèses chez Côte-d'Or-Jacobs Suchard jusqu'en 1991; après avoir, de 1991 à 2000, alcoolisé des centaines de milliers de supporters (qui ne savent toujours pas pourquoi) en poussant les ventes d'Interbrew par tous les moyens; après avoir fourgué de la bouffe industrielle et cholestérolisé ceux qui avaient résisté à ce qui précède en bossant chez Ter Beke à Waarschot (Come a Casa, charcuteries l'Ardennaise made in Flanders,…) jusqu'en 2002; après avoir fait gagner du pognon à bPost en supprimant des bureaux, en augmentant les tarifs et en stressant les facteurs jusqu'en 2013; et ceci tout en parachevant indépendamment votre tâche (tache ?) chez Quick Restaurants, pralines Gyulian et Bel (Apéricubes, Vache qui…); après tout ça, donc,

    pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait des douze fois 1,1 millions que vous avez gagnés à La Poste en douze ans ? Une fois payés le loyer, les courses, les vacances, la rentrée des enfants, le mazout, les traites de la Mercedes, il devait bien rester un petit quelque chose à placer dans des fonds spéculatifs ? Non ? 

     

    La réponse de Johnny Thijs :

     

    - Ma vie privée ne regarde que moi.

  • François

     

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    François :

    2 mai 1946 

    27 décembre 2012

     




    Forêt

    Hier elle a perdu un arbre familier.

    Le bruit de la tronçonneuse résonne encore.

    Une biche renifle les copeaux encore frais

    près de la souche.

    Les bûcherons ont emporté le tronc et les ramures.

    Mais la trace claire, perlante de sève, indique que les racines sont intactes.

    Pour longtemps.

    Pour que la forêt se souvienne. 

     

     

  • 2014 : Bahamienne en vue ?

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    Johnny Thijs était le patron de la Poste belge. Douze années à la tête de  "bpost". Un patron qui a fait du bon boulot et dont le salaire annuel était de 1,1 million d'euros.

    Mais voilà, il ne rempilera pas. Son ministre de tutelle (un socialiste pragmatique) a décidé de limiter les salaires des grands "serviteurs de l'Etat" à 650.000 euros.

    Question : Après avoir empoché douze fois 1,1 million, n'est-il pas possible de continuer d'effectuer son boulot avec excellence tout en vivant décemment  avec 650.000 € par an ?

    A que Johnny il aurait donné un signal formidable à tous ces ex-yuppies qui jouent à celui qui a la plus longue dans les cercles feutrés de leurs cocons friqués. Ces cours de récré où l'on compare son bonus et la brillance de son parachute.

    Un geste désintéressé, formidable de médiatisation potentielle. 

    Mais non, c'est raté.

    Et le patronat flamand d'incendier ces marxistes de la majorité fédérale en portant le sujet sur la place du marché communautaire. Ce kafé du grand commerce des égos-négociants. " 

    L'acceptation du départ de Johnny Thijs ne fera que creuser le fossé entre nos deux communautés.", déclare Karel Vinck, poids lourd écouté en Flandre. Nous y voilà. Le communautaire. Le vieux démon flamand. La moitié des CEO flamands va voter pour la N-VA. La Flandre riche a choisi son camp. Et la N-VA ne fait rien pour cacher qu'elle a aussi choisi le sien. Celui des patrons. C'est là que les "beste mensen" vont se faire piéger. En se laissant séduire par l'anorexique De Wever, cette Flandre profonde croit protéger sa pureté linguistico-territorialo-culturelle. En fait l'ex-boulimique concentre désormais son appétit  sur l'économique. Il a depuis longtemps laissé tomber le "socio" des familles. 

    Mais comment le faire savoir à ces "beste mensen" qui marchent comme un seul homme derrière la bannière de leur leader maximus ?

    Comment leur dire ce qui les attend ?

    "Beste mensen, vous voulez de l'ordre. Du nouvel ordre ? Vous allez en avoir."

    Mais peut-être êtes vous faits pour ça. C'est aussi ce qui nous différencie.

    La N-VA toute puissante en 2014, voilà l'attache-remorque rêvée pour les libéraux.

    Sur le fond, leurs idées sont proches. Mais le MR  joue "mémère la pudeur" pour pas faire peur à ses électeurs du sud. Comme le Grand Schtroumpf qui donnerait en cachette des croquettes au gros matou Azraël.

    De Wever l'a dit tout haut : " Il ne faut pas attacher d'importance aux déclarations incendiaires du MR avant les élections. C'est ce qu'ils feront après qui est important."

    La seule façon de contrer cette alliance bleu-noir-jaune (une bahamienne ?) au fédéral serait un PS très très fort, aussi incontournable que la N-VA.

    Dès lors chers petits écolaux et humanistes wallons, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Rougir vraiment le petit rond blanc dans le carré noir.

    A contre cœur. Sûrement pour certains. Mais la raison à ses raisons que le cœur doit parfois ignorer. 

    Vous direz, pourquoi s'en faire puisque le fédéral a été dépouillé de presque tout ses moyens ? 

    Certes, mais à vous de juger… et à voter différemment, selon votre cœur, pour le parlement régional. Histoire de rééquilibrer le bazar.

     
  • En guise de conte de Noël

     

     

    Un jour que sa petite fille Eva (quatre ans) avait l'air triste et un peu beaucoup en colère, Barbara lui demanda : "Alors ma touquette ? Qu'est-ce qui ne va pas ?"

    Eva lui répondit : "Je serai jamais une princesse ! Voilà ! Pasque une princesse ça a des longs cheveux blonds. Et pas une tignasse brune toute crolée comme moi ! Voilà !"

    Et comme tout bon-papa, j'aime pas quand ma petite-fille est triste. Alors, je lui ai écrit ce conte, pour la consoler. C'était en 2004.

     

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    Little Diva, la petite princesse aux yeux noirs

     

    Comme chaque matin, le vieux monsieur qui écrivait des histoires regarda à l’intérieur de sa tête. Certains jours, il n’y passait rien d’autre que des nuages ou des bancs d’un brouillard si épais qu’il ne trouvait rien à écrire. D’autres matins, c’étaient des tourbillons de poussière et de feuilles mortes que le vent faisait danser. Mais ce matin-là, l’intérieur de sa tête ressemblait à un terrain vague. 

     

    Un terrain vague, perdu au milieu d’un village. 

     

    Derrière la palissade, colorée par des dizaines de graffiti, il vit un vieux tas de briques, coiffé d’une tignasse d’orties, et un autre de ciment durci, tout blanc, comme le sable d’une plage. Il vit aussi un sac poubelle bleu dont le ventre entrouvert laissait s’échapper un vieux tétra de lait demi-écrémé et quelques bouteilles en PVC écrabouillé. A côté, deux pneus achevaient de brûler en puant, et leurs volutes de fumée noire venaient caresser la barbe blanche et le bonnet rouge d’un nain de jardin ébréché qui souriait tristement en regardant le ciel bleu et noir. A part la fumée, rien ne bougeait. 

     

    Soudain, une des tôles de la palissade s’écarta doucement, et le vieux monsieur qui écrivait des histoires vit apparaître une petite tête brune toute frisée et un doux regard sérieux et mélancolique à la fois. Les deux grand yeux noirs inspectèrent chaque recoin du terrain vague pour voir si personne ne s’y cachait. 

     

    Rassurée, la petite fille à la chevelure brune toute crolée, vint s’asseoir sur le tas de ciment durci. Distraitement, elle cueillit quelques boutons d’or et les jeta dans les braises du feu de pneus pour les voir grésiller et s’en aller en fumée blanche. Elle s’approcha et cracha doucement sur les braises pour voir ce que ça faisait. Et ça la fit sourire quand elle vit sa salive bouillonner comme le blanc de l’œuf dans la poêle chaude de sa maman. Il y avait aussi une flaque d’eau huileuse où l’on voyait le ciel avec toutes sortes d’arcs-en-ciel qui flottaient sur la surface. 

     

    Elle découvrit alors le nain de jardin et lui demanda : Comment tu t’appelles ? 

     

    Une voix sortit du petit bonhomme de plâtre ébréché : Je m’appelle Détritus ! Et toi ?

     

    - Moi je m’appelle Little Diva et j’ai quatre ans !

     

    - Mais pourquoi as-tu l’air si triste, lui demanda Détritus ?

     

    - Parce que j’ai des cheveux bruns frisés, répondit Little Diva.

     

    - Moi, je les trouve plutôt jolis, et ils te vont si bien.

     

    - Oui, mais à cause d’eux, je ne serai jamais une princesse. Parce que toutes les princesses ont des cheveux blonds, tout lisses et longs, longs, si longs …

     

    - On pourrait peut-être arranger cela , dit le nain, vu que je suis un peu magicien !

     

    - Toi, un magicien ? Mais tu es tout cassé !

     

    - Attends un peu ! Je vais te montrer un truc !

     

    La voix qui sortait du nain de plâtre se fit soudain plus forte, et Little Diva entendit : Détritus abribus sakapus miraculus !

     

    Immédiatement, il devint un petit bonhomme tout vivant et habillé d’une belle robe bleue comme le ciel d’un soir d’été mitraillé d’étoiles. Et son vieux bonnet rouge se transforma en un beau chapeau de magicien scintillant de mille éclats.

     

    Little Diva écarquilla ses grands yeux noirs tellement fort qu’on ne voyait plus qu’eux. Et ses beaux cheveux bruns semblaient encore plus frisés. Comme si de l’électricité magique les faisaient vibrer.

     

    Détritus, la regarda dans les yeux. 

    Il lui sembla que le nain magicien lisait tout ce qui était écrit au plus profond de son cœur. 

     

    - Es-tu bien sûre de vouloir ressembler à une princesse aux longs cheveux blonds, lui demanda Détritus ?

     

    - Oui, je le veux du plus profond de mon cœur, répondit Little Diva !

     

    Le nain prit alors un brin d’herbe au bout duquel il fixa une des étoiles brillantes qui ornaient son costume scintillant.

     

    - On dirait une baguette magique, dit Little Diva !

     

    - Mais c’est une vraie baguette magique, répondit le nain tout offusqué !

     

    Alors, il caressa les beaux cheveux bruns bouclés du bout des rayons brillants de l’étoile fixée au bout du brin d’herbe.

     

    Little Diva ne sentit rien. A peine un petit frisson qui  fit tressaillir sa douce peau de petite brune. Et tout à coup, il lui sembla qu’elle s’endormait.

     

    Quand elle se réveilla, elle sentit quelque chose de très doux qui lui caressait le front et le bas du dos. Elle se leva comme pour chercher un miroir et ne trouva que la flaque d’eau huileuse.

    Elle vit alors la soyeuse cascade de ses longs cheveux blonds qui encadraient ses merveilleux yeux noirs.

     

    Elle se retourna et vit que Détritus avait repris son air de nain de jardin ébréché. Sur le sol crasseux du terrain vague, il ne restait qu’un brin d’herbe avec un petite étoile éteinte et un billet plié en forme de bonnet de nain.

     

    Quand elle déplia le billet, elle lut ceci : Belle Little Diva, si tu veux devenir princesse, il te faut maintenant rencontrer un prince. Je connais un endroit où il en passe parfois. C’est dans le chemin creux du bois de la sablière, pas très loin, à la sortie du village.

     

    A l’envers du billet, Détritus avait dessiné un plan pour qu’elle ne se perde pas en chemin.

     

    Quand Little Diva arriva sur la crête du ravin qui coupait en deux le bois de la sablière, elle se rendit compte qu’elle n’était pas la seule. Une dizaine de jolies petites blondes aux longs cheveux  étaient déjà assises sur la mousse verte qui tapissait les pieds des vieux arbres. 

     

    Elle ne dut pas attendre longtemps.  Au bout de quelques minutes, on entendit le bruit des sabots d’un cheval .

     

    -Voilà le prince, s’écrièrent en se levant toutes les petites filles aux longs cheveux blonds et lisses !

     

    Little Diva se leva aussi. Elle aperçut alors un mignon petit prince blond qui chevauchait un grand cheval noir. 

    Le petit prince passa en regardant chacune des petites filles. Quand il arriva à la hauteur de Little Diva, il s’arrêta.

    -Bonjour, lui dit-il. Tu as de bien jolis cheveux blonds. Mais ton beau regard et tes yeux si noirs sont tellement différents de ceux des autres filles qui me regardent passer chaque jour. On dirait que ces cheveux ne sont pas les tiens. On dirait que tu portes une perruque ! 

     

    Et il continua son chemin.   

     

    Little Diva, toute déçue, revint vite au terrain vague. Les pneus fumaient encore un petit peu. Les boutons d’or avaient fermé les yeux  et la flaque reflétait les derniers rayons d’un soleil tout rouge prêt à se coucher.

    Le nain de jardin, toujours à  sa place,  regardait tristement le soleil disparaître derrière la palissade.

     

    Little Diva lui dit : Tu sais,  ton truc de cheveux blonds et tout le baratin, ça n’a pas marché !

     

    Détritus ne bougeait pas. Tout fêlé, avec son vieux bonnet rouge écaillé et ses crottes de terreau sur ses petites épaules de nain.

     

    Little Diva eut tout à coup l’attention attirée par un petit éclair qui illuminait le pied des orties sur le vieux tas de briques. Elle s’approcha et vit un minuscule bonnet de nain tout scintillant, comme celui que Détritus portait au moment où il était devenu magicien. Elle prit le bonnet brillant et le posa sur la tête immobile du nain de plâtre. Il scintillait comme le ciel d’un soir d’été mitraillé d’étoiles. C’est alors qu’elle entendit une petit voix lui dire : Détritus abribus sakapus miraculus !

     

    Elle ne sentit presque rien. 

     

    Le lendemain matin, quand elle alla se brosser les dents, elle vit, dans le miroir de la salle de bains, qu’elle avait retrouvé ses beaux cheveux bruns tout bouclés. Son merveilleux regard noir si doux, sérieux et mélancolique à la fois, n’avait pas changé. 

     

    Dans la poche de sa petite salopette en coton fuschia, elle retrouva, tout raboulotté, le petit billet de Détritus, avec le plan pour arriver au chemin du bois de la sablière.

     

    Toutes les petites filles de la veille étaient déjà là, assises sur la mousse verte, guettant le passage du petit prince blond. Quand Little Diva arriva sur la crête du ravin, elles eurent toutes de petits sourires moqueurs. En se disant : Celle-là, avec ses cheveux bruns tout crolés, elle peut toujours attendre !

     

    Quand le prince arriva sur son cheval noir, il ne regarda que les yeux  de toutes les petites filles. Arrivé devant Little Diva, il s’arrêta et lui dit tendrement : Maintenant, tu es toi-même. Et quand nous serons grands, c’est toi qui sera ma princesse !

     

    Little Diva revint en courant jusqu’au terrain vague. A bout de souffle, elle poussa la vieille tôle de la palissade. Elle cria très fort : Détritus abribus sakapus miraculus ! 

    Et soudain, tout s'illumina

    Le vieux tas de briques se transforma en gâteau aux fraises et les orties en bougies brillantes. Le tas de ciment devint une plage blanche. La flaque huileuse, tout à coup bleu turquoise, tressautait de vagues joyeuses. Le sac poubelle avait laissé la place à une cascade d’eau pure, et, à l’endroit des vieux pneus, brillait un feu d'artifices. 

     

    Un peu plus loin, tout seul, un nain de jardin ébréché et immobile, regardait, une larme à l’œil, le beau ciel de ce soir d’été mitraillé d’étoiles … filantes.

     

    Pour Eva Sallustio. Bon-papa. 

     

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    Ce jour-là, Eva s'était déguisée en princesse pour aller au carnaval de Villers-la-Ville.

     

     

     

      

     
  • Hiver

     

    Vingt et un décembre. Solstice. C'est l'hiver.

    Comme c'est le jour le plus court de l'année, c'est aussi mon jour de régime annuel. Les plus courts sont les meilleurs.

    C'est l'hiver.

    GAIA regratte son psoriasis annuel. "Faisons du 24 décembre la journée sans foie gras". Et de ressortir son Faux Gras qui n'atteint pas la cheville du bon voeux pâté Zwan.

    Tant qu'à faire contre le gavage des palmipèdes hépato-adipogènes, qu'ils cancanent ou qu'ils gloussent, ne pourrait-on envisager d'autres campagnes gagayantes ? Liste non exhaustive : "Une année sans pub Vanish, Cillit ou Dash". Une semaine sans "Place Royale". "Un 14 février sans cœur"…

    Les restos qui cartonnent en Belgique sont justement ceux du cœur. Là, au mois GAIA est rassuré. Le foie n'y est pas gras dans l'assiette. Ailleurs, c'est pas son truc...

    C'est l'hiver.

    Chômage des jeunes : 47,4 % à Bruxelles, 18,1 en Flandre et 31,5 en Wallonie.

    Taux général du chômage en Belgique : 8,7 % contre 7,8 l'an dernier.

    Mais GAIA s'en fiche.

    C'est l'hiver.

    Willy Borsus change électoralement de province. Damien Thiéry change électoralement de parti. Les grenouilles bleues s'activent dans le marigot.

    GAIA s'en tape.

    C'est l'hiver.

    Ça sent le sapin dans le living. Un sapin qui n'ira plus jouer au bois. Allez raisonner une musette quand le roi des forêts se taille !

    Les gosses de riches en ont marre de bouffer du cougnou depuis la Toussaint. 

    C'est l'hiver.

    Le Front de Libération des Huîtres d'Oléron et l'Organisation pour la Libération du Homard Canadien intentent un procès à GAIA pour discrimination obsessionnelle. Et promettent une immolation massive dans la soirée du vingt-quatre.

    C'est l'hiver.

    Puisqu'on ne veut décidément pas lui donner son nom, Fabiola abandonne le parrainage du Concours Reine Elizabeth.

    L'Espagne rend l'avortement plus difficile. Fabiola décline toute irresponsabilté. GAIA aussi.

    C'est l'hiver

    L'âne grelotte, le bœuf tousse, Joseph regarde sa montre, Marie se retient, GAIA s'en fout. 

    Dans trois mois c'est le printemps.

     

  • Des jours, et encore des jours...



    C'est peut-être parce que la vie est faite pour nous coller aux semelles qu'elle a, certains jours, la couleur, l'odeur et la consistance du fruit de nos digestions les plus intimes.

    Il est des jours où l'on aime mal à force de se croire mal aimé. À force de vouloir écrire les mots que l'on aimerait entendre sortir de la bouche de l'autre.

     

  • Jingle bulles ! Jingle bulles ! ...

     

    Pensée positive : " C'est pas parce que la vie n'est plus ce qu'elle était qu'il faut croire que ça va s'améliorer. "

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    Plan Alcool 2014-2018

     

    Pour quelqu'un qui "aime" boire, en attendant peut-être un jour d'en avoir "besoin", la période qui précède les fêtes est à la fois l'enfer et le paradis.

     

    Le paradis. 

    Dans toutes les grandes surfaces, il est accueilli par le couloir de la mort ou les murailles de Byzance. C'est selon.

    Les pyramides de flacons bullifères le plongent dans un univers de bonheurs promis, de fantasmagories millésimées, de tentations légalisées. De la fête en bouteilles. Comme les parfumeurs, les maîtres-brasseurs et distillateurs poussent le marketing à ses extrêmes en créant des coffrets-cadeaux et des "mètres à boire" irrésistiblement attractifs.

    "Ben, pour tonton Marcel, du moment que ça se boit, y s'ra content ! ".

     

    L'enfer. 

    Sur la route on essaye de le traquer. On le " bobilise", on lui brandit le fatal éthylomètre, avec retrait de permis à la clé (1)… À la maison, on le "carbobonnise". On lui promet le pire s'il recommence comme chez Bobonne l'an passé. L'enfer dans sa tête, aussi : "Tenir debout, jusqu'à minuit ! Tenir debout jusqu'à minuit ! … "

     

    Clic ! Sept heures du matin : Pierre sort de la boutique de l'autoroute. Une canette argentée planquée sous son blouson. Clic ! La soirée d'hier a été dure-dure. Un vrai guet-à-pintes. Faut se remettre la tête et l'estomac en état de marche. La bière à 14° fait doucement son effet. Une canette de 50 cc à 14°. Ça ne fait jamais que l'équivalent de deux chimay rouges. Tranquillos, et en un seul clic, sur le parking, avant de se mettre en route. Cling ! Poubelle. Ni vu ni connu.

     

    Clic ! Dix heures du matin. Dans une coquette bourgade du riant Brabant wallon, Charles-Étienne, 16 ans, sort du collège et entre chez le petit marchand de journaux. Clic !

    Il en ressort avec une canette dorée. Un seul clic et 50cc de zénitude liquide pour supporter le reste de la matinée. Quatre chopes en dix minutes à portée de cour de récré.

     

    Seize heures. La pause obligatoire. Kevin, gare son bus sur le parking, à côté de la station service. Clic ! La canette argentée aux précieux reflets mordorés change de propriétaire. De retour dans son bus, Kevin la passe discrètement sur son front. Le rituel fraîcheur. Le geste alibi. Clic ! La bière "extra-strong" à 12° commence à lui faire des gentillesses dans la tête. Cinquante cc à 12°. Plus de quatre chopes, en toute impunité. Hors de tout contrôle social. Sans même devoir s'arrêter au bistrot. Le bonheur … ?

     

    Que penser des marketing-minds qui imaginent ces conditionnements XXL ? Qu'ils visent l'amateur épicurien qui aime se préparer une nuit tranquille, le dernier Gunzig à la main, en dégustant une divine mousse ? Comme leurs pubs semblent le suggérer. Rien n'est moins sûr. 

     

    Mais dormez tranquilles lobbyistes, libraires, bistrotiers, distillateurs, horécasseurs, brasseurs, vignerons et autres night-choppeurs…

    Les 22 ministres de la conférence chargée du "Plan alcool 2014-2018" viennent de nous distiller un accord. On ne touchera pas à la vente. Mais, tenez vous à carreau quand même, on va intensifier les contrôles routiers, on va sensibiliser, mesurer, analyser, soutenir.

     

    Pour se faire une idée de l'hypocrisie qui entoure ce petit monde éthylique, il suffit de vouloir accéder aux sites internet de quelques grands brasseurs de notre pays !

     

    Morceaux choisis :

     

    " Anthony Martin encourage une consommation responsable de ses bières.

    En entrant dans ce site vous reconnaissez avoir l'âge légal pour boire de l'alcool. 

    Une bière brassée avec savoir, se déguste avec sagesse. "  Validez. Clic !

     

    Chez Jupiler : " Ceux qui savent pourquoi doivent avoir plus de 18 ans. " Confirmez. Clic !

     

    Ou, chez Chimay : " Je déclare être en âge légal de boire de la bière dans mon pays." Non/Oui. Clic !


    Donc, pour accéder au site il faut cliquer. En revanche, pour acheter et consommer … Une loi élaborée avec hypocrisie se contourne avec adresse.

     

    Et chacun de se retrancher derrière la notion d' "adulte responsable". Un peu à la façon du libre-arbitre de la religion catholique. Histoire d'immuniser parlementairement le dieu tout-puissant.

     

    Question ? Un alcoolique pratiquant ou en devenir est-il un "adulte responsable" ?

    Réponse : L'alcoolisme étant une maladie progressive, incurable et mortelle, reconnue par l'OMS, l'alcoolique est donc un malade.

     

    Mesdames, Messieurs les 22 ministres, y aurait pas de la non-assistance à personne en danger dans l'air là ?

     

    Jingle bulles ! Jingle bulles ! …

     

    P.S. : Ce billet élaboré avec colère devrait de déguster sans ivresse.

     

    (1) En 2010, parmi les conducteurs belges impliqués dans un accident avec dommages corporels, 11,6 % étaient sous l'influence de l'alcool. Cela veut dire aussi que près de 90 % n'avaient pas bu. Et que donc il y a des gens qui, même pas bourrés-beurrés, sont naturellement dangereux, distraits, impétueux, maladroits ou cons.  Mais dans quoi les faire souffler pour détecter leurs graves manquements ? Je vous le demande.

  • Le syndrome de la boîte à biscuits

    jewels-of-belgium-1kg.jpgQu'il s'agisse de la célèbre boîte métallique contenant l'assortiment des Delacre (passé de Campbell Soup Company US à General Biscuits UK) ou des Desobry (biscuiterie tournaisienne dans le giron d'Albert Frère), le syndrome est connu.

    Au premier passage, ce sont les biscuits chocolatés et "un peu spéciaux" qui dégustent. Et ce sont toujours les mêmes qui restent au fond. Les pauvres secs, les basiques. Et qui restent pas facile à placer en attendant d'entamer une nouvelle boîte. Après les enterrements aussi, ce sont les sandwiches américain qui cavalent les premiers...

    En matière de listes électorales il en va de même. Les électeurs se jettent d'abord sur les grosses pointures. Mais dans les gros partis, certains biscuits secs de fond de liste parviendront quand même à trouver acquéreurs. Et, une fois élus, il faudra leur trouver un semblant d'utilité. Ou d'inutilité rémunérée. Et il faudra aussi les garder en attendant d'ouvrir une nouvelle boîte.

    Dommage quand on sait que dans d'autres boîtes, de marques moins populaires, figurent des gens valables, aux idées claires et qui resteront au fond. Sous les collerettes de papier vides. Séchant leurs idéaux, déchargeant leur batteries, en prenant un goût de vieille armoire.

    Aux communales, il est de coutume de dire : "Ici, on vote pour un homme. Pas pour une liste !" Ouais ! Mais pas toujours. Ni partout.

    Au fédéral et au fédéré (lisez " régional") les partis (pris ?) se la jouent coudes serrés et petit doigt sur le pli (pris ?) du pantalon du président-mégaphone.

    Chez nous la majorité est un gros centre. Avec un centre-avant de gauche et un arrière-central de droite. Un qui pousse et un qui bloque. Mais à l'intérieur  de chaque parti composant ce centre multicolore, et vaguement consensuel hors période pré-électorale, le schéma est le même. Il faudrait dès lors que l'électeur puisse identifier les pépères modérés et les ultra excités. Les bleu ciel et les marine. Les rose et les pourpre. 

    Mais dans la nuit de la campagne beaucoup de chats sont gris et miaulent avec les loups.

    Et on va se la faire une nouvelle fois à coups de sondages.

    Et on se rapprochera encore plus de "The Voice", ou le vote "populaire" viendra contrarier l'avis des spécialistes. 

    Plus près de "Top Chef" que de "Comme un chef".

    Pour en arriver à "Belgium got's no talent !"