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  • Merci ! Oh, oui !

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    Que s'est-t-il passé ?

    Mes jolis orteils bronzés ont disparu. Ils se cachent désormais, frissonnant sous de noires chaussettes.

    En une nuit, mon bermuda s'est allongé jusqu'à dissimuler mes chevilles.

    Mes espadrilles basques sont devenues charentaises.

    Ce matin, mon journal a changé de nom. Ma radio de ton. Et mon café de goût.

    Où est ce sentiment si particulier qui faisait que, les yeux à peine ouverts, je savais que la journée allait m'appartenir ? 

    Quelle est cette soudaine souciance ?

    Quelles sont ces connexions qui se repluguent d'elles-mêmes ?

    Nous reliant aux cent soucis, aux cent bonheurs, aux sentiers combattus du quotidien. 

    Refermant sèchement la parenthèse artificielle que l'on nomme " vacances " . Gommant les contours imperméables de la bulle protectrice.  Ouvrant la porte à des mots incongrus qui s'engouffrent dans le fragile phylactère : rendez-vous, maison, tondre, médecin, gazon, courrier, obligation, ranger,   …

    Vacance. Jachère. Temps vacant. Sans emploi à durée déterminée. Esprit en chômage technique.

    Glandeur saisonnier. Sans domicile fixe. Vadrouilleur le temps de quelques semaines. Et soudain la sédentarisation pure (?) et dure. Et qui va durer.

    Sur la carte postale qu'elle nous envoyait de sa quinzaine annuelle de villégiature à la mer, maman ( Renée ) avait l'habitude d'écrire : " Il est marqué sur mon dos : Ça ne durera pas toujours. " 

    Elle devait avoir raison. C'était peut-être sa façon d'écrire carpe diem. Par défaut.

     

    Les matins vacanciers de mes jour-le-jour à moi semblaient conçus pour ne pas connaître de soir. Et surtout pas de lendemain. 

    C'est vraisemblablement pour cela que le blues d'après retour s'insinue toujours dans les fissures d'une sérénité, béatement naïve, soudain mise à mal.

     

    Quoi qu'il en soit, merci.

     

    Merci à vous toutes mes boulangères. Aubes de mes matins. Qui répondiez par vos sourire à ma commande : " Une baguette crapuleusement bien cuite. "

    " Mais toutes mes baguettes sont bien cuites, cher Monsieur ! Vous devriez plutôt dire " Bien dorée ! " .

    Dans l'ordre des vagabondages. 

    Merci à vous, tonique fleur des îles, échouée à Bourges. Berruyère, pas Bourgeoise… 

    Merci à vous, causante dame de Sorges, village périgourdin de la truffe. Merci à vous " spittante " jeunette de la "Halle au pains" de Vieux-Boucau. Merci à vous pétillante rousse de Léon. Merci à vous rieuse brune de Capbreton. Merci à vous communicative pannetière de Biarritz. Merci pour votre mie aérée, votre croûte aussi dorée que craquante. Merci à vous plantureuse trentenaire de Chailloué. Merci à toutes pour vos prévisions météo, pour vos sourires, vos réparties et votre bonne humeur communicative. Vous fûtes les tremplins de mes matins.

    Merci aussi à vous les princesses et les rois des percolateurs du point du jour. 

    Fournisseurs de tuyaux. Perfuseurs de caféine. Distributeurs de tonicité. Merci au barman du " Château d'eau " à Bourges, qui a laissé tomber le déchargement de son pick-up pour me servir, sans bougonner, son premier café de la journée. Merci élégante et non moins matinale hôtesse de " L'auberge de la truffe " à Sorges. Pour le café et les infos sur le diamant noir. Merci à Camille du " Bistrot " à Vieux-Boucau-les-Bains, qui travaille sept mois non-stop pour élever, seule, sa fille de huit ans. Merci à la sportive de Léon et à toutes les mamans du village qui viennent causer-cafer après avoir déposé les gamins à l'école publique. Merci à vous patron du café de la place à Capbreton. Corrézien et ex-buraliste parisien en partance pour la Thaïlande. Thaï Landais ? Qui m'avez offert le café du départ, le dernier jour. 

    Merci aux artisans d'une douce soirée à Lamothe-Landerron. Merci au hasard qui nous fit croiser la route basquaise des amis tarnais de toujours. 

    Merci à vous surfeurs sympathiques et tatoués. Merci à vous artisans de la bonne et lente bouffe. Merci à vous caissières de Super-U et de Leclerc qui vous bronzez les yeux à force de voir défiler les peaux marron des vacanciers. Merci à toi la vie de nomade qui aura permis à ces rencontres furtives de construire, une fois de plus, un édifice de souvenirs. Album de sensations où notre épicurisme aura pu assouvir la faim de ses cinq sens toujours en éveil. Merci à toi, celle qui était là pour m'écouter raconter tout ça. Lorgnant sur la baguette en écoutant passer le café. Merci ! Oh ! oui, merci !

  • Symphonie landaise pour K-way et Sopalin (*)

    Troisième jour de mauvais temps sur les Landes.images-2.jpeg

    Je commence à comprendre pourquoi l'endroit se nomme Capbreton.

    Non pas que la pluie y soit bretonne, à crachin continu.

    Non ici, c'est à jet contenu. Prostatiquement vôtre. Une giclée entre chaque

    semblant d'éclaircie. Le temps de se dire à chaque petit trou bleu : " Tiens on irait bien marcher le long de l'eau… " … Et drash. Tous aux abris.

    Hier, profitant d'une trouée plus importante on a pédalé cinq kilomètres jusqu'à Hossegor. But : photographier les façades  " basco-landaises " du  front de mer.

    Théoriquement bien ensoleillées à cette heure. Ben tiens, la vicieuse drache nous y attendait. Tout comme le soleil à notre retour case départ.

    Tous les matins, au " Bar des six roses et du pastis landais réunis ", la dernière page de " Sud-Ouest " s'amuse à jouer avec le moral des troupes d'occupation de l'aire des camping-cars. Brouillant les prévisions de l'édition de la veille. Entretenant de faux espoirs à coups de petits soleils jouant à cache-cache derrière les culs noirs ou gris des gros nuages pictogrammés. " 

    " Ça devrait se lever demain ", dit chaque matin le préposé au percolateur.

    " Ils l'avaient dit ! " . Ils ? Ils ? Où se cachent-ils ces "Ils" responsables ?

    Si je noyais le représentant local de météo-France, pourrai-je invoquer la légitime défense ? Par les mauvais temps qui courent, me soutiendriez-vous sur Facebook ?

     

    Une surfeuse blonde joliment tatouée vient de sortir du van d'à côté. Trousse de toilette sous le bras. Direction la douche de la plage. Comme dans les films. La voilà qui revient, vêtue de sa seule serviette -qui ne tombe pas en chemin.  C'est vrai que Lourdes n'est pas vraiment loin.

     

    Ce matin, en allant au pain, une dame éperdue m'a crié : " Zauriez pas vu un chien perdu ? Un tricolore ! "

    Instinctivement, hexagone oblige, j'ai visualisé un roquet bleu-blanc-rouge, et je lui ai dit : " Non ! "

     

    Scoop ! Durex s'est associé à Oral-B pour sortir un gel "relaxant" au piment d'Espelette. Faut vous dire que cette engeance-là, les gens d'ici la mettent à toutes les sauces. Ils la déclinent, autrement dit. En gelée, en moutarde, dans le pâté, autour d'un foie mi-cuit, en sauce forte ou douce, en purée, en poudre. Chocolat, huile, vinaigre au piment AOC d'Espelette. Même la cultissime sardinerie bretonne Connétable de Douarnenez en saupoudre ses sardines label rouge. Quand on calcule, cela fait 0,69 gramme par boîte ! Marketing, quand tu nous tiens !

    La poudre d'AOC Espelette fait cinq euros les quarante grammes. Le piment de cayenne moulu de Ducros est à deux euros. Et si vous optez pour l'AOC Espelette "made in Ducros", préparez-vous à allonger près de dix euros. Mais quand on aime, vaut mieux pas compter.

    En revanche pour trouver un piment entier, frais ou séché… Macache ! Faut sûrement aller sur place.

    Allez, samedi on quitte les Landes. Direction le pays basque. Les bérets rouges attaquent à l'aube. Sus à Espelette et à ses piments.  À ses colombages rouge piment, à ses balcons où sèchent les guirlandes de cordes parfumées.

    On devrait bien finir par en trouver de ces satanés piments frais.

    Peut-être, en cherchant bien entre les montagnes de pots de confiture aux cerises noires, les piles de gâteaux basques, les cubis d'Irouléguy et les pyramides de fromage Etorki. Mais qui bouffe tout ça ?

     

     (*) Ben oui, le Sopalin (essuie-tout en belge) c'est pour la selle du vélo... !

  • Chroniques landaises

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    Nos Landes.

    Un doux soir de septembre devant le fronton de pelote basque de Vieux-Boucau. Le plus grand des Landes (40-France). L'accordéoniste en chef de        " Lous Cadetouns ", après avoir rappelé le palmarès international du groupe de bergers Landais de Soustons -le bourg d'à côté-, se plie en deux pour parler dans le micro réglé à hauteur de son piano à bretelles :    " Cher public, les échassiers de nos Landes, vont vous interpréter une polka piquée très typique du folklore de nos Landes… " 

    Le lendemain au marché, ce sera le tour des canards de nos Landes, du fromage de nos Landes ( Eh ! dame ! C'est pas du Gouda ! ), de la tourtière de nos Landes… Et puis les villas de style  "océano-landais"  - pardon, " basco-landais " - d'Hossegor.

    On comprends que les Hollandais commencent à s'y sentir chez eux, en " Nos Landes ". C'est plat et plein de fromage et de vélos. Manque plus que les tulipes…

    Tombé amoureux de la région lors de vacances landaises à Hossegor, François Mitterrand acheta (1965) une maison à Latche, un lieu perdu entre le lac de Soustons et Vieux-Boucau. Pour les gens du coin, il devint ainsi le François " de nos Landes ". François, " nos Landes ".

    Prémonitoire ?

     

    No men's Landes.

    La côte océanique des Landes : ses rouleaux monstrueux, ses surfeurs, ses plages de sable fin sans vraiment de fin visible.

    M'wê .... Sauf que pour avoir le droit de s'en empiffrer le regard et de s'y thalasser les orteils, il faut absolument quitter sa villégiature, sortir de l'épaisse forêt de pins, se farcir l'inévitable grimpette de la vague de dunes sans se faire renverser par les surfeurs à pied et en chaleur, cadenasser sa bécane, s'ensabler les sandalettes, et se farcir l'autre inévitable versant descendant de l'ourlet dunaire. En se disant qu'il faudra inévitablement le remonter taleur.

    On a beau dire ce qu'on veut de la mer du Nord, de ses vagues buildings que les marées ne dépassent pas encore, mais la digue - la dîîk - le matin, en allant chercher le pain, c'est encore ce qu'on a fait de mieux pour voir la mer. Pédaler nonchalamment, une main chaude en poche, l'autre froide sur le guidon. En croisant ceux qui font chier leur chien et ceux qui font suer leur corps - parfois ce sont les mêmes. Ne fut-ce que pendant cinq cents mètres. Cela suffit à se sentir "à la mer".

    Ici, même si l'on entend le grondement des vagues qui s'effondrent lourdement sur le sable à cinq cents mètres de distance, on reste toujours dans la salle d'attente de la mer. On ne peut que deviner l'océan derrière la crête de sable blanc qui sert d'horizon. C'est comme suivre un match de foot dans la pièce d'à côté. Sans voir l'écran plat. C'est l'antichambre du musée des frustrations. Le manque de ce plein la gueule. Si l'on mange aussi avec les yeux, on respire de même. Ici, derrière les dunes, et derrière le lac de derrière les dunes, même si l'air que l'on aspire n'a dû parcourir que moins d'un kilomètre pour nous oxygéner les globules, il nous paraît plus fade. Comme un maatjes sans oignons hachés. Comme un brise-lames qui ne sentirait pas la moule. Moins bénéfique. Comme filtré de ses oligoéléments actifs. Tout ça parce que nos yeux ne peuvent se saouler à gogo de leur cocktail addictif : deux tiers de ciel, un tiers de vagues, un long trait de sable beige. Le tout pris dans l'infinie horizontalité apaisante. Un code barres étiré signifiant zénitude. Une épure rythmée de puissance retenue. L'action visuellement anxiolythique des lignes et de leur infinie parallèlité.  Tout ce qui donne à l'air sa saveur marine, tient aussi dans le regard.

    Louez un appart sur la dîîk avec vue sur l'arrière. Ouvrez la fenêtre, respirez. Hein ? Pas pareil, hein ?

     

    On sent d'ailleurs les Landais plus forestiers et paysans que marins. Un seul port - Capbreton - dans le département. C'est là, et chez sa voisine Hossegor, qu'il faut d'ailleurs aller pour se promener sur une " dîîk " comme à la mer de chez nous.

     

    Les Landes ont en revanche un autre trésor. Des pistes cyclables parfaites qui, si elle ne longent pas l'océan des vagues, en traversent un autre. Plus vert. Univers de la verticalité. La forêt de nos Landes. Apaisante comme une page de bâtons sur un vieux cahier d'écolier. Autre code barres vertical et infini de plénitude.

    Où la résine et la bruyère remplacent l'iode. Un presque no men's Landes. Où les randonneurs se croisent et se décroisent, en route vers des bouts de lignes droites.

     

  • Après nous les mouches

     

     

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    Le vieux du fond, proche de la démence sénile, ne quitte jamais sa chambre

    sans la tapette à mouches rose fluo qui lui sert de sceptre. Sur son trône roulant

    de futur grabataire, quoique encore étonnamment vif et précis, il traque les insectes. Minutieusement. Patiemment. Vicieusement.  Les écrabouillant sur les murs, les posters de la Croix Rouge, les bords des pots de yaourt, les assiettes à dessert, les parties de scrabble ou de solitaire. Sans relâche, les aides soignantes le suivent à la trace, lingette à la main, effaçant du décor les petits corps noirs d'où brotchent des bouillies jaunâtres et sanguinolentes. Tout le monde voudrait qu'il arrête le massacre, mais comme " il ne lui reste plus que ça pour passer le temps…", on ferme les yeux et on supporte. Certaines petites vieilles complotent bien pour lui confisquer cette maudite tapette qui sème la terreur du réfectoire à la salle de jeux… Mais, ça traîne…  

    Ce matin, pourtant elles ont réussi leur coup. Profitant que le vieux était occupé à engueuler sa kiné, elles ont subtilisé l'arme du serial fly killer et l'on planquée derrière la pile d'urinals, en haut de l'étagère, dans le local de l'infirmière.

    Le vieux, pour ne pas régaler ses congénères de l'image de sa colère préféra manger dans sa chambre.

    L'apéro-jus de pomme-jeux s'est enfin déroulé dans le calme. Et le repas de même.

    Mais une odeur suspecte  a écourté la sieste. Se répandant dans les couloirs comme un tweet ravageur, la rumeur d'un nuage toxique provoqua la panique. 

    Certains notèrent la présence des dizaines de petits corps noirs inertes qui, les pattes en l'air, jonchaient les couloirs, les appuis de fenêtres, et les tables dressées pour la bouillie du soir. Le nuage d'insecticide avait fait mouche. Plus tard on remarqua qu'une bombe de destruction massive avait disparu du placard à balais situé non loin de la chambre du vieux.   Branle-bas de combat. La chambre du fond fut fouillée. On ne trouva aucune trace de l'arme chimique. Mais, des petites vieilles à la directrice, en passant par le personnel, tout le monde connaissait le coupable. Après une réunion au sommet chez la directrice, on demanda aux comploteuses de récupérer la tapette rose fluo.  Le placard à balais fut fermé à clé. 

    Et le vieux, bavant à en perdre son dentier, pu reprendre ses expéditions punitives. Spotchant à toute berzingue. Impunément avec l'assentiment tacitement indifférent de la petite communauté toute satisfaite d'avoir tenté quelque chose. Après tout, n'étaient-ce pas que des mouches ?