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  • WMF

    Comme un ours de cirque qui marche sur son ballon.

    L'homme pédale ce jour-là sur la piste littorale qui 

    va de Sainte-Marie-de-Ré au hameau de La Noue .

    Il se demande :

    " Sont-ce mes deux roues qui font tourner la terre ? 

    À chaque coup de pédale,

    comme un hamster dans son tourniquet sans fin ?

    Ou est-ce la planète qui, dans sa rotation imperceptible me fait croire que j'avance ?

    Que je tourdefrance ? "

     

    L'ours du cirque ne se pose pas la question.

    De savoir si, sous ses patoches, son ballon fait tourner la terre.

    L'ours.

    Il plantigrade.

    Il tourdepiste.

    Point.

     

    Et la planète non plus.

    Elle rote sur son axe.

    Elle hamsterre.

    Depuis que la terre est terre.

     

    Sur son vélo.

    L'homme accélère.

    Ventre à terre.

    Pour voir.

     

    Son cœur s'affole.

    Il manque d'air.

    Son pouls s'accélère.

    Mais pas la terre.

     

    À l'horizon, le métronome des vagues, 

    n'a pas haussé le tempo.

    Pas de chamade. 

    Là-haut, le soleil n'a pas bondi,

    hors de l'ombre du pin, 

    d'un coup de reins.

     

    L'homme respire, aspire. 

    Son front s'emperle.

    Roue libre.

    Jusqu'à l'immobilité du pied-à-terre.

     

    La planète à bougé.

    Dans la poussière de la piste,

    l'ombre du cycliste s'est contractée.

    Là, où tantôt, elle courait sur les murs

    blancs, sautemoutonnant les trémières roses,

    elle se couche maintenant aux pieds, sans dépasser du sentier.

     

    L'homme, pas l'ours, a des pensées terre à terre.

    Sur la petite place des Tilleuls, un autre homme attend.

    Sur un banc. Les yeux injectés de vide.

    Il n'attend pas le premier sourire de la boulangère.

    Il attend qu'une voiture arrive.

    La voiture de la femme qui va ouvrir le bar.

    La femme de la première bière.

    Qu'elle va lui jeter pour trois euros cinquante.

     

    Mais le WWF s'en fiche.

    Il a une planète à sauver.

    Un planète qui tourne en rond

    pendant qu'un homme s'enterre.

    Malade des autres.

    De ceux qui rendent la planète invivable.

    De ceux qui rendent la société intolérable.

    De ceux qui concourent, courent plus vite que la terre.

    Dératés qui ratent le train de leur réussite.

    De ceux qui mesurent leur virilité au capot de leur voiture.

    De ceux qui du haut de leur panama blanc ne répondent pas à son bonjour.

    De ceux qui possèdent la terre et l'argent de la terre.

    Et les gens de la terre..

    De ceux qui voudraient être à leur place.

    Pour être regardé d'en bas.

    De ceux aussi qui désespèrent et qui le désespèrent.

    Et regardent chacun vers leur hypothétique dieu unique.

    Qui se fout de la terre comme de sa première genèse.

     

    La baguette sur le porte-paquets.

    Le vélo roule de nouveau.

    Dans l'autre sens.

    À contre-sens ?

    La terre têtue s'entête.

    Bille en tête. Sens unique.

    Tourne sans se retourner.

     

    Le vélo vole.

    Entre la terre et lui, c'est chambre à part.

    Chacun pour soi.

    Une anti-chambre d'air les sépare.

    Gommant les défauts de part et d'autre.

     

    L'homme qui pédale se sent plus ours.

    À l'odeur d'estran qui monte de la plage,

    il sait, sans regarder, que la mer n'est plus pleine.

    Là-bas,  le beurrier ouvert et le café qui parfume attendent

    la baguette.

    Ça suffit pour aujourd'hui.

    Demain il créera peut-être le WMF (Women & Men's normal life Fund).

    S'il n'y a pas trop de vent...