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  • Piste cyclades (fin)

    Santorin

     

    Une île ne s'approche que par la mer.

    Comme une douce drague.

    Où le regard caresse sans que les mains ne bougent.

    De vagues prémices, qui laissent entrevoir une promesse imprécise.

    Mais que l'on imagine quasi divine.

    Et l'on croit naïvement toujours être le premier à y poser le tong.

     

    Il ne faut pas aborder l'Égypte par les pyramides.

    Au risque de trouver riquiqui la forêt de piliers de Karnak.

    N'abordez pas les Cyclades par Santorin.

    Au risque de trouver fades certaines autres douceurs pourtant

    uniques d'authenticité.

     

    Santorin.

    Ça commence par un petit bout d'île.

    Normal. Rocheux. Avec de blanches maisons.

    Et plus le ferry avance, plus ça monte.

    Et plus on se dit qu'on y est.

    Les falaises zébrées enserrent le lac cratère dans leurs 

    bras déchirés. Striés des couleurs fortes du cœur de la terre.

    Est-ce la terre qui se hausse, ou le bateau qui s'enfonce ?

    Les villages saupoudrent la crête.

    La ville tente une coulée blanche sur une coulée de lave rouge et noire.

    Laissant le zig-zag du sentier des mules s'étendre

    comme un ressort qui touche le vieux port.

     

    Le dernier séisme de 1956 a fait fuir les habitants.

    Des hôteliers venus d'ailleurs ont compris.

    Accrochant terrasses, piscines et balcons aux murs de roche volcanique

    qui plongent en piqué dans l'ancien cratère inondé.

    Les touristes ont suivi.

    Et comme le soleil a souvent la bonne idée de se coucher,

    en toute majesté, à l'occident de leurs regards pâmés,

    ils reviennent.

    Et font revenir les yeux du monde entier.

    Entretenant la légende.

    Soufflant sur les tisons du mythe.

    Sans un sou de pub.

    Ici, en plus du spectacle géologique et des éruptions

    romantiques à fleur de chair de poule, flotte par moments

    comme une idée excitante de danger. 

    Danser sur un volcan ? Il y a un peu de ça.

     

    Certains s'entêtent à prendre eux-mêmes "la" photo, 

    presque toujours la même. Celle de "la" carte postale,

    avec le coucher de soleil et les deux églises. Celle, qui

    immortalise Santorin dans toutes les brochures de tous les voyagistes

    du monde.

    D'autres se contentent d'acheter "la" carte postale et de se faufiler

    dans les failles de la compacte et cosmopolite foule sentimentale

    qui, une heure à l'avance s'agglomère aux points de vue stratégiques

    dûment labellisés : "sunset view".

     

    Santorin se mérite à la force des sandales.

    Seule la marche autorise la multiplication des regards embrassants.

    Embrasants aussi.

     

    Au bord de la piscine du bien nommé hôtel "Volcano view",

    deux jeunes Asiatiques en maillot tournent le dos au cratère

    inondé.

    Leurs smartphones Samsung chauffent. Facebook à l'ombre et nuques au soleil.

     

    Les restos notés au Routard, chez Trip Advisor ou dans Lonely Planet

    se frottent les mains. Leurs voisins se tournent les pouces, le regard sombre.

    À une table voisine, un couple de filles tatouées. Elles boivent des bières en caressant leur iPad du bout des doigts. Vive le Wi-Fi gratuit. Sur la table le très épais Lonely Planet Europe, laisse supposer qu'elle ne s'arrêteront pas que dans les îles.

    À côté, des Singapouriens étudiant à Londres. Deux gars et leurs copines. Ils vont repasser par Athènes, avant Barcelone. Tous iPhones dehors. Branchés sur d'autres fuseaux horaires.

    Un couple de Flamands sympas et écarlates commande un boulettes frites.

    Sans savoir que ce sont les boulettes qui sont frites. Et que les frites sont en supplément. Artistement cramés par deux journées de scooter, ils profitent à fond de leur dernier jour dans les Cyclades. Après le tour de Paros en quad et Naxos en buggy. 

     

    Comme dans Lucky Luke, lorsque le ciel enflamme la dernière case, chacun regarde s'éteindre le ciel de Santorin et s'allumer les villages sur les crêtes.

    Le dernier bateau ramène les derniers excursionnistes au port. L'autocar fait briller ses phares sur les lacets de la route.

    Chacun laisse doucement le bleu et le blanc lasser sa mémoire déjà défaillante.

    Qui mélange les noms des villages qui ont fait défiler leur murs éclatants et leurs dômes pastels.

    Chacun achève sa piste Cyclades en roue libre. 

    La cuisse raffermie et le cuir un peu plus tanné. 

    Mais surtout, l'esprit libéré et le regard lavé. 

    Pour un bon petit bout de temps.

     

     

     

  • Piste Cyclades (3)

     

    Naxos

     

    Chora, Naxos-ville, s'avance vers la proue du bateau. 

    Le castro vénitien bombe un torse doré qui apparaît dans l'échancrure

    de la ville blanche.

    Le marbre lumineux d'un temple d'Apollon encadre parfaitement un carré de ciel bleu taillé à sa mesure.

    Des gens embarquent en souriant.

    Ceux qui débarquent sourient aussi.

     

    Sur la carte de l'archipel, Paros et Naxos forment un couple.

    Mais on comprend vite que c'est Naxos qui porte la culotte.

    Plus escarpée encore, plus râpeuse, Naxos en impose.

    Il y a de la Corse dans ses paysages.

    Et les épaules du conducteur se souviennent des épingles tirées par les cheveux et des enchaînements de lacets tortueux des routes indociles.

    Frôlant des carrières qui en restent de marbre, tout en narguant les régiments d'oliviers qui stoppent leur assaut et restent à distance.

     

    Si le grain fin du marbre de Paros met en émoi les doigts du sculpteur 

    qui le caresse, celui de Naxos est de ceux qui résistent aux tâches quotidiennes.

    On le tranche en dallages, en tablettes, en plans de travail, en marches d'escliers. On le creuse en éviers.

    On en couvre les morts aux cimetières immaculés.

    Même ceux de Paros, pourtant fiers du leur, avouent en rougissant, qu'ils vivent et meurent dans celui de Naxos.

     

    Quand un village surgit à l'heure dépassée d'un repas.

    Et que la cuisinière,

    embarrassée de ne plus tout avoir, propose ce qui lui reste.

    Et qu'on est tout heureux d'accepter ce qu'elle dit sans savoir ni les mots ni les gestes.

    Et qu'on lui fait comprendre que c'était même bien bon. 

    Et qu'elle est tout heureuse et offre deux desserts, comme pour s'excuser

    du peu qu'elle a offert. 

    Et qu'on sort de chez elle rechargé d'optimisme et plus légers de douze euros.

    Plus le prix d'un moment que celui d'un repas. 

    Et qu'on se dit que peut-être on ne reviendra jamais.

     

    Des plages blondes qui étirent leurs bourrelets de dunes pour le plaisir

    de pâlottes familles scandinaves. 

    De byzantines églises venues du XIe siècle proposer des regards peints à nos yeux ébahis.

    Des déesses cycladiques vieilles de trois millénaires qui dorment dans des vitrines

    en rêvant à Brancusi et à Modigliani. 

    Des géants au cœur de marbre. Abandonnés des sculpteurs depuis vingt-sept siècles. Inachevés, paisibles.

    Des gens durs au regard doux. 

    Des senteurs de citrons qui montent des liqueurs.

    Du miel qui se colle aux laiteurs des fromages.

    Une vieille qui cueille son citron juste pour vous le presser.

    Naxos sait aussi oublier qu'elle est âpre et besogneuse, abrupte et rugueuse.

    Même avec du poil aux pattes, un île reste une île.

    Faite pour attirer, mais pas pour retenir.

     

    Et quand la mer s'ennuie d'être trop bleue depuis trop de jours. Le vent fou la réveille et persille d'écume la crête de ses vagues. 

    Comme si, ici, le blanc ne pouvait se passer trop longtemps du bleu. Et inversement. 

  • Piste Cyclades (2)

    Paros

     

    Myconos, une fois démaquillée et dépouillée de ses habits de fêtarde,

    malgré les parasols bien rangés et le sable fin de ses plages, laisse au voyageur un goût aride.

    Une heure d'hydrofoil plus tard : Paros paraît.

    On y moissonne déjà, à l'ombre déjà roussie des oliviers.

    Le vert granny des vignes annonce des jours meilleurs.

    Si le bleu et le blanc restent maîtres des villages,

    ils se passent des enseignes griffues des grandes marques.

    Si les chats y feignassent autant à chaque coin d'ombre bleue,

    sur les marches arrondies des escaliers blancs, ou entre les pélargoniums des balcons, les touristes, moins fluorescents y cherchent plus l'esprit des îles

    que le islands spirit.

    Certains habitants semblent même leur dire merci de ne pas 

    les avoirs abandonnés à une crise qu'ils ne comprennent toujours pas. 

    Ou pas toujours ...

    Paros est une île-pays. Pas une île-décor.

    Elle produit du blé, du vin et de l'huile.

    Elle est ronde et douce à l'œil, et à l'homme.

     

    Samedi. Les pêcheurs de Naoussa ne sont pas sortis.

    Le "meltemi", vent du nord a soufflé une partie de la nuit. Trop tôt dans la saison.

    Les bateaux se reposent. Les filets aussi.

    Ici, les voiliers volent la vedette aux yachts motorisés.

    Entre les omniprésents drapeaux grecs, un pavillon danois, un autre, aux couleurs Ikéa.

    Sous les coques, la poiscaille frétille dans les cristallines transparences.

    Sur le quai, des garçons alignent tables et chaises bleues.

    Quelques anciens s'interrompent pour aider un touriste trop matinal

    à se commander un café.

     

    Dimanche. À l'entrée des anciennes carrières de marbre, d'où sortirent les atours de la vénus de Milo, et le décor circulaire du tombeau de Napoléon, une femme essaye de "placer" l'une ou l'autre figurine de déesse primitive… en marbre blanc. Qu'elle dit sculptées par son homme.

    Un village plus loin. Les hommes à l'unique terrasse. C'est dimanche. D'autres rigolent avec le prêtre, à l'intérieur. La messe est dite. Avec orthodoxie.

    Ici, on a encore un apéro et un café helliniko pour deux euros cinquante.

    Et un petit mezzé gratos. D'autant plus bienvenu que non demandé.

     

    Lundi. Plaque tournante des ferries dans les Cyclades, Paroïkia, la capitale vit sans fureur. Au rythme du va-et-vient des bateaux.

    On pavoise les alentours des églises pour la Saint-Constantin et la Sainte-Hélène.

    Un clin d'oeil à Napoléon ? Les femmes ont tressé artistement des couronnes de fleurs pour encadrer leurs icônes.

    Quelques touristes passent, fouinent et repassent.

    Le temps passe aussi. Mais sans fouiner, ni repasser, lui.

    Aux heures des sorties d'écoles, les bus font un détour pour déposer les écoliers en face de chez eux.

     

    Mardi. Le ferry emporte tout et tous vers d'autres îles.

    Souvenirs déjà cellophanés. Fânés. Dans le Routard, les tickets-signets changent de chapitre, donc d'île. Le voyageur endosse son île prochaine comme un T-shirt tout propre. L'esprit pur comme une page de papier de riz, où le pinceau de ses yeux neufs tracera les contours de la promise à l'encre sympathique.

    C'est le cycle fugace des Cyclades

     

  • La piste Cyclades (1)

    Myconos, le "hic" des Cyclades.

    P1000165.JPG

    Il y a la Grèce antique et le Grèce en toc.

    Il y a Grèce authentique.

    Et Myconos, la Grèce haute en toc.

    Pas de camelote chinetoque.

    Que des tongs dorés et de vrais Crock's

    Des boutiques Cartier et Chanel.

    Rien que du dernier cri.

    Rien que du chic et choc.

    Comme des grains de caviar

    Pointillant un mezzé démocratique.

    Des touristes chnoks ou mi-conios.

    Gays ou hété-roses UV.

    Qui ne boudent pas leur plaisir.

    Ébahis d'être là

    et de parler anglais

    avec tous les accents du monde.

    En sachant quelque part qu'ils font partie du décor.

    Et qui diront qu'ils y étaient.

    Couples replets ou frais mariés.

    Ou ex-noctambules en rade.

    Le regard perdu dans l'écran d'un iPhone 4

    Devant le mousseux café frappé des matins nauséeux.

    Quand la nuit a cogné trop dur

    Et que le soleil prend le relais.

    Myconos, sur le port de : un camping car 62 !

    Deux retraités du Pas-de-Calais.

    Elle est du Touquet, lui d'ici.

    Calais-Ancona, par la route.

    Ancona-Patras, en ferry.

    Patras-Le Pirée, par la route.

    Le Pirée-Myconos, en ferry.

    Ils passent leurs vacances sur le parking des cars.

    Il pêche des poulpes dans le port. Elle lit à l'ombre.

    Ça en jette moins, mais ça existe.

    Myconos.

    La réconfortante impression de se promener

    dans un présentoir tournant de cartes postales.

    Du blanc, du bleu, enflammés çà et là

    par des flambées de bougainvillées fuschia.

    Les moulins sont là. Juste à leur place.

    Les dômes des églises couvent leurs icônes.

    Les norias de cars vident et remplissent

    les cargaisons humaines des paquebots monstrueux.

    Les routards attendent des bateaux pour d'autres ailleurs en "os".

    Paros, Tinos, Naxos, …

    Sacs au dos sur sacs d'os.

    Tétant leur demi d'eau plate.

     

    Myconos.

    À une demi-heure de bateau et 17 euros plus tard,

    il y a Délos.

    La Grèce antique mais plus du tout authentique.

    L'île inhabitée où naquit Apollon.

    L'île où seuls les archéologues ont le droit de loger.

    Ruelles, hôtels, temples, dédales, port, boutiques.

    Délos, le Myconos d'avant J.-C. ?

     

     

     

     

     


  • Hambourg, à fond de cale

    Gérard Manfroy, est un Waterlootois célèbre pour avoir un prénom et un nom parfaitement en rapport avec sa profession. Aujourd'hui à la retraite, il a été chauffagiste durant une quarantaine d'années et s'est servi de son nom pour asseoir sa notoriété. Un nom qui lui a également valu d'apparaître dans un album de Natacha, la célèbre et, néanmoins, sexy hôtesse de l'air de Walthéry. Mais aussi dans une bulle du chat de Geluck.

    Monsieur et Madame Manfroy-Danledos, … ou était-ce - Hauzieux ? -  savaient-ils seulement qu'en baptisant leur fils de ce patronyme, ils pratiquaient l'art du calembour ?

    Pet de l'esprit, pour Desproges, le calembour est ce jeu de mots fondé sur la différence de sens entre des mots qui se prononcent de la même manière. Exemple offert par Larousse : personne alitée et personnalité.

     

    C'est le chinois Djinsé Puki (Dynastie Nang Djeté Plu), repris plus tard par Victor Hugo, qui aurait dit le premier : " Le calembour est la fiente de l'esprit qui vole."

     

    Mais, dans  "Les Misérables ", en 1862, Hugo précise sa pensée, par la voix de Tholomyès : « Le calembour est la fiente de l'esprit qui vole. Le lazzi tombe n'importe où ; et l'esprit, après la ponte d'une bêtise, s'enfonce dans l'azur. Une tache blanchâtre qui s'aplatit sur le rocher n'empêche pas le condor de planer. Loin de moi l'insulte au calembour ! Je l'honore dans la proportion de ses mérites ; rien de plus.  »

    Hugo, qui malgré le quoique souverain mépris affiché à l'endroit du genre, n'hésitait cependant pas à le pratiquer dans ses œuvres : 

    "Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirais qui tu hais ". Par exemple.

     

    François-Georges Mareschal, marquis de Bièvre ( écrivain français du XVIIIe siècle ) fut un calembouriste célèbrement prolixe. Mareschal de Bièvre brilla brièvement à la cour et dans les salons. Encouragé par le succès, il publia plusieurs ouvrages centrés sur ce type de jeu de mots et en particulier quelques pièces de théâtre.

    On lui doit, entre autres, les Variations comiques sur l’abbé Quille, Les Amours  de l’ange Lure (1772), Lettre écrite à Madame la comtesse Tation (1770), Vercingentorixe, tragédie en un acte et en vers (1770), et, Kalembour [sic], supplément à l'Encyclopédie (1777). Rien de moins !

    C'est d'ailleurs dans ce " Supplément à  l'Encyclopédie " qu'il écrivait : "Il y a une remarque assez singulière à faire sur ceux qui écoutent un kalembour ; c’est que le premier qui le devine le trouve toujours excellent, et les autres plus ou moins mauvais, à raison du temps qu’ils ont mis à le deviner, ou du nombre des personnes qui l’ont entendu avant eux ; car dans le monde moral, c’est l’amour-propre qui abhorre le vide".

    " Je passe en car à Vannes et je cale en bourg ", c’est un mauvais calembour. En revanche : " Le camembert est lourd, le calembour est l’air ! ", c'est une contrepèterie approximative au lait écru et moulée à la louche.

    Qui se souvient de la blague-devinette ? Giscard d’Estaing et Mitterrand dînent ensemble. Chacun trouve une mouche dans le potage. Que font-ils ? Mitterrand l’avale et rit. Giscard l’imite et rend. Bof ! Beauf !

    Hé oui, cher Hugo ! Ça ne vole pas toujours très haut, mais, au moins, ça ne mange pas de pain.

    Pourtant, si le calembour ne touche que rarement à la poésie, il a parfois le mérite d'en parsemer notre quotidien.

    On se souvient du " Salaire du zappeur", l'ex-chronique télé de Libération. De ces restos : " Le Saint Quai Toile" à Rixensart, ou " Le thé au harem d'Archimède " à Saint-Josse-ten-Node. Des adresses où pour être heureux il ne faut pas obligatoirement pouvoir manger épicé. 

    Les titres des émissions de France-Inter jouent sur le haut de gamme, en la matière." Carrefour de Lodéon " : émission musicale présentée par le Frédéric éponyme. " Les savanturiers ", de Fabienne Chauvière, …

    Mais la poésie ne réside pas que les calembours, évidemment. Nous aimons aussi, " La troisième oreille ", de Marc Danval. " Sur les épaules de Darwin ", de Jean-Claude Ameisen. Et l'ancienne chronique de Pierre Maury, " Les yeux dans les poches " consacrée naguère, dans Le Soir, aux nouveautés des livres de poche.

    Ces appellations flottent comme des petites bouées suaves sur les vagues douteuses des mers de chaque jour. Des accroche-sourires. Des points de côté d'exclamation, qui forcent à un bref arrêt sur image. Des respirations de l'esprit qui nous distraient un instant du fil rouge barbelé de nos occupations affairées. Ou de la molletonnée monotonie d'un univers répétitif autant que pré-formaté.

    Cependant, on ne rit pas de tout, n'est-ce pas ! Là aussi, l'auto-censure semble régner, à Monaco, comme ailleurs. Ainsi, personne n'a (encore) eu l'idée de baptiser une maison de retraite internationale, " Les cinq continents".

    À tout saigneur, tout bonheur, laissons le mot de l'enfin au commissaire chéri de Frédéric Dard : " Mon Dieu, que votre volonté sois fête ! "

    Et que votre lundi en soit de même.

     

     

     

  • Bonne fête moman

    Bonne fête moman.

    Je sais où tu es.

    Tu es là où le parfum des lilas n'arrive plus.

    Là où l'on n'a plus ni chaud ni froid.

    Là où l'on ne ferme plus les yeux en souriant

    aux anges quand l'odeur d'un bouquet

    maladroit tremble dans les mains d'un gamin

    qui récite son compliment.

     

    Bonne fête moman.

    Pour répondre à mes maux-être,

    les psy-chologues-iâtres, les hypnotistes à cent euros,

    les kinéziologues à la mords-moi l'égo que je me sucre sur ton dos,

    avaient tous la même réponse.

    Tous en chœur bouche en cœur : "C'est votre mère ! "

    Comment diable faisaient-ils pour deviner que le départ

    d'une vieille maman pouvait miner le moral un gamin de quarante-huit ans ?

    Disaient-ils cela à tous les mecs en galère ?

    Et pour les filles était-ce le père ?

     

    Bonne fête moman.

    Ta recette de fondus aux fromages restera un mystère : "C'est simple, il faut deux cents grammes de gruyère râpé et cent grammes de parmesan… mais je ne mets pas tout. "

    Tes " Merde Jules ! " muets, mais bien articulés, dans le dos de papa, et qui ne m'ont jamais fait rire, me font sourire aujourd'hui.

    Aujourd'hui, puisqu'il n'y a plus de danger de dispute à l'horizon. Chaque camp restant dans sa tranchée, pour toujours.

    Chaque camp, qui avait toujours au chaud sa rafale de griefs accumulés.

    Deux listes de bombardements en piqué, baïonnette au canon, que je connaissais par cœur : "Et ton père ci … !", " Et ta mère ça ! "

     

    Bonne fête moman.

    Tu ne connaissais pas Anna Jarvis.

    Elle était la fille d'Ann Maria Reeves Jarvis (1832-1905).  Une maman américaine qui avait rêvé toute sa vie d'un jour de fête en hommage à toutes les mamans.

    Le 12 mai 1907, deux ans après le décès de sa mère et pour lui rendre hommage, Anna lança une campagne pour créer une journée officielle en l'honneur des mamans. En 1914, le texte fut approuvé par le gouvernement américain. Et depuis, le deuxième dimanche de mai est un jour férié aux Etats-Unis.

    L'Allemagne suivit en 1923, la France en 1929. En 1929 aussi, où tous les écoliers hollandais avaient reçu une tulipe pour offrir à leur mœke.

    Chez nous, c'est à Anvers que cette fête est née en 1913 avec le "mœderkesdag" célébré le 15 août, à l'initiative de Frans van Kuyck, artiste et néanmoins échevin libéral.

    Tu ne savais pas non plus que dans l'antiquité les Grecs fêtaient déjà la mère de Zeus et que les Romains célébraient un jour des matrones. Les matronalia, le premier mars. Tu ne savais pas. Et tu as très bien vécu sans ça.

     

    Bonne fête moman.

    Toi qui était si fière de ton papa, tu aurais été heureuse d'apprendre que l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes a lancé une campagne pour promouvoir la double transmission du nom des deux parents à leur enfant.

    L'institut appelle le monde politique à modifier le code civil pour imposer la double transmission du nom et mettre fin à ce qu'elle considère comme une discrimination. 

    Tu vois, les querelles avec papa auraient peut-être trouvé là, un début d'apaisement. Ou pas.

     

    Bonne fête moman. Ton fils, Jacques Maget-Marchal.

     

     

     

     

     

     

  • Ce matin dans la gazette, oeil en coin et mauvaise langue.

    Ce matin dans la gazette, oeil en coin et mauvaise langue.

     

    Bruno Nève, porte-parole au Palais (royal oeuf corse !), commente la future mission de notre Philippe en Californie : "Une entreprise lui a proposé de lancer un tweet et de voir comment il évolue à travers le monde. Il s'intéresse beaucoup à la science et aux innovations technologiques et on va lui montrer ce qu'est un tweet. "

    Ouf ! Il était temps. Comme le commente Pascal Lorent : " Mieux vaut commencer léger, en effet. "

     

    Pas besoin d'aller en Californie pour ça. Il suffisait de demander à sa fille Elisabeth.

    *

    Une étude commandée par le Syndicat Neutre pour Indépendants, et portant sur 5961 salariés de PME,

    s'intéresse aux absences d'un jour.

    D'abord, 30 % des employés ne sont malades que pendant un jour, pour 17 % des ouvriers.

    Et parmi les employés, c'est surtout le lundi (24%) et le vendredi (23,5%), pour 16% le jeudi. Le SNI explique : c'est parce que le premier jour d'absence est à charge de l'ouvrier. C'est le jour de carence. Si on appliquait ce jour de carence aux employés, l'économie se monterait à un demi-milliard d'euros…

     

    No comment.

    *

     

    Accident ferroviaire de Schellebelle. 

    Analyse : " Le train roulait trop vite. "

    Commentaire qui suit : " Différentes enquêtes sont en cours (parquet, SNCB et l'organisme d'enquête sur les accidents et incidents ferroviaires), il faudra certainement un an pour connaître leurs différentes conclusions. "

    Commentaire final : " Des premières analyses, et du témoignage du conducteur, on peut toutefois confirmer que c'est bien parce que celui-ci arrivait trop vite au passage d'un aiguillage que s'est produit le déraillement à l'origine de l'accident."

     

    Un an pour dire qu'un train qui roulait trop vite roulait trop vite.

    *

     

    Le Conseil de l'Union Européenne - qui ne doit pas être confondu avec le Conseil de l'Europe, ni avec le Conseil européen -  compte 3.500 fonctionnaires. Ceux-ci se sont mis en grève mardi pour défendre leur pouvoir d'achat.

     

    Par solidarité avec ceux d'Arcelor sans doute ?

    *

     

    La Commission de régulation de l'électricité et du gaz (Creg) revient subitement sur ces précédentes décisions. Elle se dit qu'aujourd'hui, il vaudrait mieux prolonger la vie des centrales nucléaires. Ce revirement n'aurait-il pas quelque chose à voir avec les agissements de plusieurs membres de la direction de la Creg : voyage payé par GDF Suez, demande de sponsoring à Electrabel,

     

    No comment.

    *


  • Dé-penser

     

    En écoutant la grand-mère de la petite Catherine, cette enfant de deux ans tuée par le fusil

    22 long rifle -modèle Ken ou Barbie ?- de son frère de cinq ans, on ne peut s'empêcher de penser. À la façon de penser des foules.

    L'apparemment brave cinquantenaire confiait sereinement au journaliste, avec un sourire auréolé de quasi-béatitude : " Catherine est maintenant au ciel, dans les bras de dieu. "

    Et le shériff du comté d'ajouter : " On n'aurait pas dû laisser cette balle dans le canon. "

     

    Ma grand-mère a toujours eu trois chats, presque toujours des matous. Quand l'un mourait de vieillesse, se faisait écraser par une des rares voitures de l'époque ou croquer par Loulou, le chien du voisin, il était immédiatement remplacé.

    Ma mère mettait son linge à sécher sur un fil longeant une belle haie de buis.

    Et ces buis embaumaient la pisse de chat. Et chaque jour, ma mère maudissait ma chère grand-mère, persuadée que ses chats venaient pisser sur le buis. Et à chaque dispute les chats revenaient sur le tapis. Et ces brouilles chroniques ont pollué la quiétude programmée de mon enfance.

    Un jour, en participant à une dégustation de vins, je dus donner mon avis sur un sauvignon de passage, et j'osai : " Il a un nez de pisse de chat ! ". L'œnologue abonda dans mon sens : " En effet. Un bon sauvignon doit matouser (sic). Mais plus élégamment, on peut dire qu'il a un nez de buis ! "

    Dommage ! Maman et Grand-Mère, étaient mortes depuis longtemps. Sans avoir fait la paix.

     

    Mon voisin aime les oiseaux. Il aime aussi les chats. Bien que d'un naturel raisonnable et posé, il s'emporte dès qu'on parle d'éoliennes.

    Il est même pro-nucléaire, et anti Écolo, pour la simple raison que les éoliennes tuent les oiseaux.

    Une étude (1) citée par Le Courrier International daté du 5 mai 2013, garantie par Le Monde, nous apprend qu'aux États-Unis, si, par an, 440.000 oiseaux doivent leur trépas aux éoliennes, 80 millions sont tués par des autos, 90 millions par les pesticides, 1 milliard par les chats, et un autre milliard par les immeubles-tours en verre. Mais mon voisin ne lit pas le même journal et n'a pas d'ordinateur. Il n'est par pour tous ces bazars électroniques qui rendent fous. Son truc à lui, c'est les oiseaux. Et les chats… 

     

    Une connaissance, très catho-héréditaire, m'a scié l'autre jour. En faisant la file chez Delhaize, alors que, dans une banale conversation, je venais de lui confier que j'étais incroyant. Elle a fait un bon en arrière, effarée : "Mais, alors ! Tu pourrais me tuer ! Et ça ne te ferait rien ! "

    Elle termina, avec un regard commisérant en me disant : " Mon pauvre ! " Depuis, elle m'évite, les yeux au ciel.

     

    Les foules ont besoin de certitudes, elles n'aiment pas que l'on contrarie leur parcours neuronal. Les foules ont la vengeance prête à porter. Au bord des lèvres, à fleur de gâchette. Et les émocrates anticipent. On autocensure par principe de précaution. 

    On ne peut critiquer Israël sans être accusé de négationnisme. On ne peut se moquer des islamistes sans passer pour un blasphémateur anti-arabe. Et si l'on plaisante sur le pape, on insulte tous les catholiques. Et comme les foules pensent avec leur tripes et avec leur foi, elles aiment les certitudes et les discours simples.

    Et certains médias prennent aussi les devants devant la surenchère de l'émocratiquement correct. 

     

    Monsieur Météo dérape sur FaceBook. Viré. Et les foules déboulent dans la foulée.

    Brouillant le débat. Et un avocat-président de parti de presque extrême droite trouve un nouveau client. Une nouvelle tribune. Un nouveau public.

     

    Derrick, paria à titre posthume, en a aussi fait les frais. Il est vrai que les couleurs vert de gris des décors de la série culte auraient dû nous mettre la puce au képi. Mais désormais, comment feront ses ex-fans pour s'endormir sur le canapé après dîner ?

     

     

     

    (1) http://www.courrierinternational.com/article/2012/08/30/de-l-art-de-faire-cohabiter-eoliennes-et-oiseaux

  • Tweets

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    • Jacques Maget@MagetJac1 Avr

      Le 3/10/2012, je tweetais : "Benoît XVII sera-t-il favorable à l'interruption volontaire de vieillesse ? J'ai été entendu ! Alléluia !"