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  • Sauver les sacro-saintes apparences

    Un entrefilet, dix-sept lignes dans Le Soir.

    Un communiqué Belga repris en chœur, presque tel, quel par les grands médias.

    Du nord au sud.

    Sans contrefilet de commentaires.

     

    " L'ancien Premier ministre Wilfried Martens s'est marié religieusement avec Miet Smet, en l'église  de Lokeren. Environ 300 personnes ont assisté à la cérémonie, parmi lesquelles de nombreux cadres du CD&V.

    Wilfried Martens, 77 ans, et Miet Smet, 70 ans, s'étaient déjà mariés civilement en septembre 2008,  à la maison communale de Lokeren. Le ministre d'Etat n'avait toutefois pu alors se marier à l'église car sa première épouse était encore en vie. Mais celle-ci est décédée au début de l'année. Veuf, Wilfried Martens a donc pu se remarier à l'église. "

    Ben, à vrai dire, tout le monde s'en fiche.

    Quoique.

    Qu'un ancien premier ministre catholique flamand soit un chaud lapin, c'est plutôt

    l'affaire de ses femmes. 

    Qu'il ait déjà divorcé deux fois, avec cinq enfants, de ses deux premières unions,

    c'est un problème de conscience et de portefeuille.

    Ce qui est pathétique ici, c'est cet impérieux besoin de mise en conformité.

    Bon, résumons :

    a) Premier mariage civil et à l'église. Pendant trente ans. (deux enfants)

    b) 1998 : Deuxième mariage avec une collaboratrice. Mariage civil uniquement, puisque un divorcé ne peut se remarier à l'église, sauf s'il est veuf. (trois enfants).

    c) Mais pendant tout ce temps, il brûle d'amour pour Miet Smet.

    d) Troisième mariage civil en 2008, avec Miet Smet.

    Pour en arriver là, on sait qu'il a dû allègrement tromper sa première épouse, et la deuxième, évidemment, aussi. 

    Mais cela ne compte pas.

    La conformité d'abord.

    Il avouera d'ailleurs qu'après son premier divorce il a continué d'aller à la messe, mais sans communier.

    Streng verboten by the Vatican.

    Et voilà que la première épouse décède.

    Youppie ! Gai ! Gai ! Marions-nous enfin devant le seigneur et cessons de nous vautrer dans luxurieuse clandestinité et le gluant péché. Et avec cela, un peu de glauque culpabilité ? Allez, je vous le laisse. 

    Évidemment, Miet Smet était en blanc ! Couleur de la virginité !

    Normal puisque pour la demoiselle, c'était le premier mariage religieux.

    Moralité ? (Ben oui ! Il faut oser ce mot !)

    Un : vive l'amour ! D'après la rumeur, la liaison amoureuse aura duré près de quarante ans. Et donc en parallèle aux deux premiers mariages. 

    Deux : vive le politiquement correct ! Civilement, et à retardement, l'ex-Premier aura régularisé ses frasques ! Sans compliquer la vie de son parti bien pensant et chatouilleux sur toute publicité relative aux histoires de plumard entre ses membres. Virils ou non.

    Trois : vive le catholiquement correct. La régularisation de la situation religieuse arrive comme le ketchup sur le Mac Do ! Adversaires du " mariage pour tous ", dormez tranquilles.

    Big ! Giant !

    Ô apparences vous voici sauves.

    Heureusement, que le mensonge, et sa fille Hypocrisie, n'est considéré comme péché mortel par aucune des grandes religions monothéistes.

    Et on comprend pourquoi.

    De toute façon, en cas de dérapage, il reste toujours la confession et sa copine Absolution. 

    Que chacun batte sa couette comme il veut baiser, et sa coulpe quand il se sent gêné. Soit.

    Mais que ces gens-là se mêlent d'intervenir en moralisateurs dès qu'une évolution sociétale se fait jour, et descendent dans la rue, au nom de la sainte famille. Bannières en tête et poutre dans l'oeil…

    Ça pose pas problème ? Non ?

    Non. Ah ! Bon !

     

    Pour en savoir plus : (si, si !)

    http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/453426/wilfried-miet-et-les-medias.html : 

  • Se taire

     

    Se taire.

    La sceller.

    Se dépluguer du clavier. 

    Tout garder à l'intérieur.

    Laisser les idées, les envies, les colères,

    se démerder dans leur cellule.

    Les priver de préau, de promenade, de visites.

    Rester hors-clôture.

    Comme un maton mateur.

    Laisser les images perdre leurs pétales

    sur le gazon indifférent.

    Laisser la beauté se dépouiller de son obsolescente pureté.

    Sans l'habiller de mots.

    photo.JPG

    Laisser le cerisier fleurir sans rien en dire à personne.

    Se contenter de le regarder.

    Pomponneux en aube de communiant

    attendant les abeilles.

    S'asexuer. 

    Ne plus s'exciter devant deux mots en passe de s'accoupler.

    Regarder le matou châtré mater les mésanges bleues.

    Du nid au cerisier.

    Du cerisier aux boules de graines.

    Dans leur hamac de résille verte.

    Et retour au nid.

    Sourire quand le matou devient fou.

    Ne sait plus où donner de la moustache,

    Quand le grimpereau, la sittelle, le rouge-gorge, la merlette,

    se joignent aux mésanges.

    Quand le matou oublie qu'il a été "coupé".

    Son instinct émoussé.

    Trop gras pour s'élancer à la croque-moineau.

    Quand je le débaptise.

    Quand Lechat devient Monseigneur.

    Omnimpotent.

    Rageant, fulminant de la mosette. 

    Devant ces oiseaux libres.

    Indifférents à sa sourcilleuse omniprésence.

    Monseigneur.

    Seigneur de quoi-de-qui ?

    Râlant, pestant d'impuissance.

    Inconcevant que le bonheur puisse voler haut

    sans l'ombre de sa houlette castratrice.

    Que le printemps puisse se passer de ses consignes.

    Sourire en se disant que se taire n'est pas

    encore pour ce matin d'avril.

    Et que les idées, comme les chats,

    ne naissent pas pour s'engraisser

    sur un appui de fenêtre.

    Regardant au dehors la vie qui bat.

    Qui s'ébat.

    Qui se bat.

     

     

     

  • Lames soeurs

    Rémi, le petit-fils de mon ami François, m'a écrit hier
    pour m'annoncer que son parrain Eric lui avait
    rapporté de France un couteau Opinel.

    Cela m'a inspiré ceci, en guise de réponse à Rémi :

    Le riche Monsieur Laguiole

    Avait cinq filles.

    Mais de toutes

    La petite était la plus belle.

     

    La veuve Madame Opinel

    N'avait qu'un fils.

    Son costume de bois naturel

    Cachait une lame des plus belles.

     

    Quand le petit Opinel

    Rencontra Mademoiselle Laguiole

    Il fut de suite fou d'elle.

     

    Faut dire qu'elle était belle 

    La petite Laguiole

    Plutôt "rentre dedans"

    Ne manquant pas de piquant.

     

    Mais Opinel était timide,

    Et manquait, lui, de tranchant.

    Et la petite Laguiole

    Regard humide

    Et lame à l'oeil

    S'amusait comme une folle

    À aiguiser son penchant.

     

    Malgré son Virobloc ©,

    Opinel

    Se trouvait plouc

    Devant la belle

    Chic et choc.

     

    Et la belle avait l'art 

    De pousser l'amoureux 

    Dans des retranchements

    Douloureux

    Où son fil allait s'émoussant.

     

    Pourtant, sa mère,

    La grande Opinelle,

    Avait toujours promis

    Une belle petite Laguiole

    Comme épouse au petit

     

    Un jour de rage

    Marre de se laisser

    Essuyer la lame

    Sur le velours côtelé

    D'un pantalon de vigneron,

    Petit Opinel 

    Surmonta sa grande peur

    Et s'en fut chez le rémouleur.

     

    L'effet fut saisissant

    Et le tranchant luisant

    La petite Laguiole 

    Ne résista pas longtemps

     

    Et le riche Laguiole,

    La mort dans lame,

    Consentit cependant.

     

    Quand ils croisèrent leurs lames

    La gerbe d'étincelles

    Fit rougir les parents.

     

    Et le repas de noces

    Fut un saucisson sec 

    Où ils plantèrent leurs dents.

     

    Ils n'eurent point d'enfants

    Et jusqu'ici, leur contrat

    N'a pas trouvé de canif

    Pour faire un coup dedans.

     

    ( 23 avril 2013)

     

     

     

     

     



  • Les vélos s'éveillent

     

    Juin 2011, en revenant de 

    Valensole

    (Alpes de Haute-Provence)

    P1040822.jpg

    Les clés des vacances dormaient dans leur trousseau tranquillle.

    Comme des slips de bain inutiles oubliés sur un fil.

     

    Les clés du motorhome (il y en a six) unies aux deux alliances des cadenas des vélos.


    Les vélos.

    Sommeillant sous la capuche de poussière déposée par l'hiver.

    Encore crottés des croûtes de la dernière ballade.

    Une feuille de châtaignier pendue au dérailleur en rade.

    Une toile d'araignée qui " goldengate " entre guidon et porte-bidon.

    À la douche, canassons de métal.

    Petits poneys de l'été.

    Faut vous refaire une beauté.

     

    En rêvant.

    Aux matins sur les sentiers de l'île de Ré.

    Sur les remparts d'Oléron,

    ou sur les quais de Noirmoutier.

    L'ombre de la baguette, fixée au porte-paquets,

    courant sur les mur blancs aux volets bleus étonnés.

    Se faufilant entre les trémières roses.

    La baguette achetée juste à temps.

    Juste après le petit café serré du bar juste éveillé.

    Après un oeil jeté sur l'Ouest-France froissé oublié au comptoir.

    Tout frais pondu et déjà dépassé.

    Juste pour la météo et ses jolies couleurs.

     

    La baguette magique.

    La baguette " bien cuite ".

    Qui va éclairer son regard craquant.

    Quand croquera sous ses dents la fleur de sel du beurre

    échiré sur la croûte bronzée.

    Comme le café aura le goût des matins d'ailleurs.

    Quand causent sur France-Bleue les gens de l'intérieur.

    Comme il parfumera les rayons d'un soleil qui s'étire.

    Chassant de son doigt tiède 

    La miette collée au coin de son sourire.

     

     

    C'est ainsi qu'on s'éveille, un tuyau d'arrosage à la main,

    les espadrilles trempées.

    Par un matin d'avril, quand juin est encore loin.

     

    (22 avril 2013)

     

     

     

     

     

  • Tantôt


    Tantôt  (adverbe) : de tant et tôt. 

     

    Familier : Peu après dans la journée (se dit surtout de l'après-midi par rapport au matin) : Je reviendrai tantôt. À tantôt.   

    Ou : Peu auparavant dans la journée (par rapport au soir) : Je suis venu tantôt.

     

    Tant tôt.

    Temps tôt.

    Ô tant tôt.

    Tôt ou tard.

    Tôt tout tard.

     

    Tantôt, c'est presque déjà du demain.

     

    Tantôt, c'est aussi presque déjà de l'hier avec encore un peu le goût de maintenant.

     

    Tantôt, c'est encore le bout du feu rouge qui s'accroche au lent sillage de mon vélo. 

    Et c'est aussi le bout de mon nez rougi qui snife le rail de pollen de bouleaux venant à ma rencontre.

     

    Tantôt, c'est parfois tout à l'heure.

    Dans peu de temps.

    Dans un instant.

    Plus tard.

    Il y a peu.

     

    C'est du presque pas fait de l'imparfait et déjà du tout à faire de l'infinitif.

    Du pas encore fait à parfaire.

     

    Maintenant c'est de la confiture entre deux tranches de tantôt.

     

    De l'impératif vivant en roue libre.

    De l'apéritif présent prêt à trinquer.

     

    Du temps que l'on mâche en se souvenant d'un goût qui participe déjà au passé.

    En regardant le morceau manquant à la tartine entamée.

    De l'à peine futur presque déjà postérieur.

     

    Le temps d'oublier le plaisir de la bouchée suivante.

    En perdant des miettes de dégustatif présent à se demander 

    si elle aura le même goût que celle qui déjà fait partie de nous.

     

    Maintenant, ce sont des grains d'instants.

    Des atomes de dunes qui s'écoulent entre les orteils libres des enfants bronzés.

     

    Des paroles d'éoliennes quand le soleil se couche.

    Des soupirs de chats contents.

    Des bruits de mots paisibles qui jouent, contrejouent,

    dans l'esprit étale du siesteur qui s'endort.

     

    Maintenant. 

    Participe présent.

    Un poignée d'instants que l'on tente de maintenir à bout de doigts.

     

    Un présent auquel on participe.

    Temps qui suspend la conjugueuse aux lèvres du conjugué.

    Baiser infinitivement prolongé.

    Carré de sucre né pour adoucir, mais qui refuse

    à l'amertume le droit de le dissoudre.

     

    Maintenant. Là. Tout de suite.

    Un temps tout terrains.

    Par tous les temps.

    En laissant la suite à tantôt.

    À tout tantôt.

  • N'ayons pas peur des mots...

    " N'ayons pas peur des mots ! "

    " Appelons un chat un chat ! "

     

    En un mot comme en cent, plus les gens s'expriment moins bien, moins ces gens sont très indulgents avec les mots utilisés par les autres.

    Me suis-je bien fait comprendre ?

     

    Exemple : Quelle est la différence entre deux bombes à Boston et une canette de Canada Dry ?

    Les premières ont le bruit, le pouvoir destructeur et aveugle du " terrorisme ", mais n'ont pas été posées et actionnées par des " terroristes ".

    La seconde contient un liquide qui a la couleur de l'alcool, etc. Mais ce n'est pas de l'alcool.

    L'émocratie communicationelle qui dirige, non seulement les peuples, mais, par ricochet électoral, leurs dirigeants, oblige chaque preneur de parole à marcher sur des oeufs.

     

    Comme ces gens qui ne mettent jamais les pieds dans une église, hors mariages et enterrements, et qui s'indignent du passage des " vacances de Noël " aux " vacances d'hiver ".

     

    Des mots, des mots.

     

    Comme le nouveau débat sur les cours de morale à l'école. Il paraîtrait que ces cours de morale ne sont pas neutres, qu'ils seraient trop laïques. Lisez " engagés ". Et c'est parti pour en encommissionnement de poils-de-cutteurs. Cours de morale neutre ou cours de morale laïque ?

    " Laïc ", suivant le dico, ne signifierait donc plus " indépendant des organisations religieuses " ? " Neutre " ne voudrait-il plus dire " neutre ".

    Et la ministre Simonet, qui n'a pas peur des mots, ose : " Un jeune ne peut pas vivre dans le déni de ce qu'il est. " Klette Simonette ! Tout ça pour, en passant, justifier le maintien des cours de religion dans l'enseignement officiel.

     

    Des mots qui parfois prennent de la hauteur -n'ayons toujours pas peur des mots- en une nuit. Ainsi, le mardi soir, le gardien de but japonais du Standard bredouille, au micro d'un Fred Wasseige toutes louanges dehors, quelques récurrents  bouts de phrases en français.

    Et, le mercredi matin, Le Soir publie, entre guillemets, la citation de ces propos : " J'étais sorti un peu frustré du match de vendredi… où nous avions certes gagné. Aujourd'hui, j'ai pu exploiter ma vitesse au sol pour venir en aide à mes partenaires (???). Maintenant, il reste à faire fructifier ce 10 sur 12… "

     

    Comment dit-on "Assimil nocturne" en japonais ?

     

  • Cupidité et transparence

    La cupidité n'est  pas soluble dans la transparence.

     

    Avant 2008, Citibank proposa un intérêt alléchant, à ceux qui ouvraient un compte et y déposaient, pendant six mois minimum, leurs économies. Rendement élevé garanti.

    Vu ce que les autres banques -encore belges- proposaient, nombreux furent les petits épargnants qui profitèrent de l'aubaine. Et ce fut un bingotje, pas le jackpotiquet du siècle, mais de quoi quand même surbeurrer les épinards surgelés de la retraite.

     

    Six mois plus tard, la Deutsche Bank, qui avait repris le Crédit Lyonnais, faisait la même proposition. Et le brave malin petit peuple, en toute légalité et confiance, retira ses petits sous de la Citibank, pour profiter de la nouvelle bonne occase.

    Les petits pensionnés hilares se prenaient pour des traders fous en voyant

    grimper les intérêts de leur petit capital.

     

    Mais personne, ni chez Citi, ni chez DB, n'est venu leur dire qu'ils spéculaient méchamment avec leurs économies. Ni que derrière ce retour gagnant se cachaient de méchants produits toxiques.

    On connait la suite.

    Sans le savoir, des milliers de petits (que dire des grands ?) ont contribué, à la hauteur de leurs petits moyens, à une gigantesque autant que folle spéculation.

    Et l'argent qu'ils ont empoché, d'une manière ou d'une autre, ils doivent le ressortir aujourd'hui.

     

    Pour aider l'Etat à sauver les banques.

    Lesquelles se remettent à spéculer en bavant sur leurs claviers dorés.

    Pour aider l'Etat à sauver d'autres pays spéculateurs et imprudents.

    Pour aider l'Etat à se sauver lui-même.

    Pour aider l'Etat à instaurer une austérité " structurelle " qu'il nous assure indispensable.

    Pour aider un Etat qui semble tolérer les gros fraudeurs, ou du moins

    qui ne s'en occupe que très mollement. (1)

    Ces gros fraudeurs qui aidés par les mêmes banques s'en remettent plein les poches en jouant à saute-frontières.

     

    Dans certaines familles défavorisées, certains enfants n'ont jamais vu travailler leurs parents.

    Avec la nouvelle génération, certains n'auront jamais vu travailler leurs grand-parents non plus.

    " Et tu seras chômeuse ma fille ! "

     

    Dans d'autres familles, moins nombreuses, certains, non plus, n'ont jamais vu "travailler" ni parents ni grand-parents.

    " Et qu'est-ce qu'il fait ton papa ? Il téléphone à son banquier. Une fois par mois ! "

    Dans les tiroirs du haut, il n'y a plus que l'argent qui travaille.

    Ceux-là n'engendrent que des fils à papa.

    " Et tu seras fraudeur mon fils ! "


    Et la gauche de dire à la droite : " Tant que tu fiches la paix à mes chômeurs, je ferme les yeux sur tes fraudeurs ! "

     

    Dans le bas, pour ceux qui n'ont rien, les riches sont ceux qui n'ont presque rien.

    Les autres, les " gros ", ils les regardent à la télé en rêvant. Et ils applaudissent nos sportifs quand ceux-ci daignent sortir de Monaco.

     

    Les ménages qui n'ont qu'une pension jalousent ceux qui en ont deux, en oubliant qu'ils ont travaillé pour.

     

    Ceux qui ont un travail ont peur de le perdre.

    Et les entreprises en profitent à coup d'exigences de souplesse et de modération salariale. 

    On freine la rémunération du travail pour préserver le salaire des actionnaires.

     

    Paradoxalement, la main-d'œuvre coûte trop cher. Disent les patrons.

    Mais c'est l'Etat qui ponctionne ce salaire de base soi-disant trop élevé, tout en demandant de l'austérité.

     

    Les banques exsangues, nous menacent du pire, et se font transfuser l'argent de l'Etat en un week-end.

    Le gouvernement exsangue met trois semaines pour trouver la même somme.

     

    Et pendant que les paradis s'engraissent en engraissant les gras sous le manteau ( d'alpaga à 2000 €) des journalistes travaillent.

    Œuvrant ligne à ligne contre la désinformation.

    Usant lentement la corde de la banalisation et du fatalisme.

    Dénonçant calmement les manipulations.

    Se substituant à une administration impuissante en apparence.

    Sans évoquer de populiste grand complot.

    Objectivant. Démontrant. Démontant.

    Dissolvant la cupidité dans la transparence.

     

    Le sale boulot est fait. Ou en voie de l'être.

    Le caca est sur la table.

    Aux politiques de se mouiller les mains en tordant la lavette.

    Aux politiques de racler là ou les tiroirs n'ont pas de fonds. 

    Aux politiques d'arrêter de jouer avec notre confiance qui n'est pas sans limites. 

     

    Et s'ils n'osent pas. Que l'électeur n'oublie rien d'ici 2014 !

     

    (1) Faut-il trouver la cause dans la présence continue d'un certain libéral liégeois aux Finances de 1999 à 2011 ?

     

  • Nouvelle prestation de serment

    Une nouvelle formule de prestation de serment vient d'être approuvée par les gouvernements : 


    " Je jure fidélité au Roi, obéissance à la Constitution et aux lois du Peuple belge. "

     

    " Je jure aussi n'avoir dissimulé aucun avoir dans un des endroits suivants :

    Anguilla, Botswana, Guatemala, Niue, Belize, îles Cook, îles d'Oman, Panama, Brunei, îles Marshall, Philippines, Costa Rica, Liberia, Dominique, Montserrat, Grenade, Nauru, îles Turques-et-Caïques, Saint-Vincent et les Grenadines, … "

  • Kandinski & Russie

    slider-kandinsky.jpg

    Quand, pour la première fois, une oeuvre de Vassili Kandinski

    a accroché mon regard, j'avais vingt ans. Elle figurait dans un petit

    livre au format poche qu'un ami m'avait acheté au "Furet du Nord" : " La peinture abstraite ". D'un certain Michel Seuphor.

    À l'époque, il faut bien dire qu'elle ne sortait pas en tête du classement de mes préférés. J'avoue que je ne comprenais pas l'intérêt que mon ami lui portait déjà.

    Enfantillages, gribouillages, qui ne faisaient vibrer chez moi aucune émotion.

    Je sortais du giron d'un culte familial voué aux impressionnistes et autres paysagistes. Ma révolte se limitait à adorer Permeke.

    Aujourd'hui, quarante-cinq ans plus tard, c'est tout naturellement et avec appétit

    que ce béotien a pris le chemin de la grande expo de Bruxelles.

    Comme quoi, acquérir un regard neuf peut parfois prendre du temps.

    Comme quoi, la fréquentation des grands musées et la curiosité, sans autre formation "théorique" intensive, suffisent à éduquer l'oeil et le coeur. À hisser l'éternel profane que je resterai, à hausser le regard, pour pénétrer de plain pied dans d'autres univers.

    Vassili Kandiski (1866-1944 ). "Kandinski & Russie" : 1903-1920. Si ce juriste et économiste de formation n'a peint ses premières toiles à Munich qu'en 1900, sa période créative en Russie se "limite" à ces dix-sept années. Et ce sont aussi les frontières temporelles de l'exposition de Bruxelles.

    D'abord bravo à la conception graphique de la biographie monumentale, sous forme de ligne du temps, qui ouvre le parcours du visiteur.

    Gravures sur bois, populaires et illustratives de contes russes, dessins figuratifs à la détrempe, paysages fauves. Les premières oeuvres de Kandinski montrent la non-nécessité d'une formation académique pour passer à la création abstraite. Et puis tout bascule. Les paysages perdent toute volonté de représenter quelque chose, et l'on "assiste" debout et éberlué à la naissance de la première toile abstraite de l'histoire : " Tableau avec un cercle" (1911). 



    images.jpeg                        "Tableau avec cercle" (1911) >


    Le grand mérite de l'expo, est cette volonté didactique de plonger l'œuvre de Kandinski dans ce grand bortch de l'âme russe. Les toiles sont toujours présentées en perspective avec les artistes contemporains de Kandinski. Ainsi qu'avec des objets d'art populaire. Contemporanéité temporelle, mais aussi géographique. Et le parallèle entêtant et très peu conventionnel entre les icônes et l'abstraction procure une réelle jubilation au visiteur.

    La bonne idée aussi, c'est d'avoir d'emblée inclus l'audio guide dans le prix d'entrée. Élevant d'office le niveau de celui-ci. 

    Quel commentaire brillant autant qu'érudit. Indispensable à la pleine jouissance du spectateur. Il suffisait de regarder l'air un peu perdu des visiteurs qui avaient préféré s'en passer.

    Et c'est bien cela qui interpelle. Contrairement aux artistes figuratifs, où certains repères historiques peuvent parfois suffire, les abstraits sont toujours accompagnés d'une abondance de littérature et de commentaires. De citations. Comme autant de justifications de l'abstraction qui montre encore trop souvent l'aridité intellectuelle de la démarche qui la sous-tend.

    Et si ma mémoire est bonne, je n'y pas souvent entendu le mot "poésie".

    L'exposition montre aussi, de façon émouvante, les périodes de doute, et les fréquents retours à la figuration. 

    Quoiqu'il en soit, cette exposition, un peu à la manière de celle sur Piet Mondrian, en 1994 à La Haye, est l'occasion unique de pouvoir sentir et comprendre l'impérieuse nécessité, pour certains artistes de passer à l'abstraction. Pure et dure pour certains. Poétique, joyeuse, musicale et débridée pour Kandinski.

     

    Quand elle avait six ans, ma petite-fille Eva m'avait dit, dans sa fraîche candeur : " Donc, bon-papa, l'art abstrait, c'est quand ça ne ressemble à rien ! "

     

    " Tout juste Eva. Mais ne dis pas ça à n'importe qui. Ou alors avec d'autres mots. " 

     

    ****

    Et un bijou de catalogue ( 35 € )

     

  • Humeur "pascale" ou de "printemps" ?

     

    Quelle affaire !

    On frémit d'effroi à l'idée que les vacances de Noël vont devenir "vacances d'hiver", que la Toussaint deviendra "automne", que Pâques sera désormais "printemps" et Carnaval, "détente". 

    Et Monseigneur Léonard d'oser réveiller les iconoclastes, et de mettre en garde contre le danger de "dépouiller nos discothèques et nos musées" de tout l'héritage chrétien. Que toutes les Pascale et Marie-Noëlle, tous les Pascal, Toussaint, et autres Noël, se rassurent. On ne va pas les renommer. Même s'ils sont baptisés.

     

    D'abord, "Carnaval" est une fête païenne, il nous semble.

    Ensuite ces changements d'appellation sont fixés depuis un décret de 2002, un arrêté de 2000, et même un texte de 1984. Et alors, personne n'avait moufté.

    Cette sensibilité exacerbée à tout ce qui touche le religieux traditionnel ne concerne, heureusement, qu'une partie de la population qui reste toujours sous l'emprise d'une imagerie autant naïve qu'accessible. Mais oui, il faut se montrer aussi condescendants que certains d'entre-eux le sont vis-à-vis des athées !

    "Oh ! Mon pauvre ! C'est vrai que toi, tu ne peux pas comprendre… "

     

    On n'a pas assez mis en exergue que le but de l'opération était de détacher les périodes de congés de Carnaval et de Pâques de la mobilité des fêtes religieuses auxquels ils étaient liés, afin d'établir un calendrier à long terme, plus en phase avec les impératifs pédagogiques. 

    Et puis, on oublie aussi que seuls 50 % des Belges se disent encore catholiques.

    Et que c'est l'église qui a commencé en bidouillant le calendrier pour faire correspondre la fête païenne du solstice d'hiver avec la naissance de Jésus. 

    La caractère sacré de Noël permettant d'interdire ces réjouissances " licencieuses".

     

    L'Histoire, même celle de leur propre religion, n'a jamais intéressé les croyants.

    La foi et ses images leur suffisent. C'est tellement plus simple.

     

    books.jpegDans son ouvrage : " L'art en croix : le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art. ", (1) Jacques De Landsberg, remet les pendules à l'heure (d'été) à propos de l'imagerie pieuse.

     

    Dans son introduction, il propose une étude historique sérieuse sur le supplice préféré des Romains à l'endroit des esclaves, étrangers, révolutionnaires, comploteurs contre l'Etat, à la condition qu'ils ne fussent pas citoyens romains.

     

    On y apprend que la "croix" romaine était en forme de T. D'abord un poteau vertical, le stipes enfoncé, à l'avance, d'un mètre dans le sol. Et qui restait à demeure sur le lieu du supplice. Seul, le tasseau transversal était mobile. Ce patibulum, d'environ 1,70 m et qui pesait à lui seul une quarantaine de kilos, était porté par le futur supplicié. Porter la "croix" entière, environ 200 kilos, eut été physiquement impossible.

     

    Le condamné était d'abord lié ou cloué par les poignets au patibulum. Si l'on avait enfoncé les clous dans la paume des mains, celles-ci n'auraient pas résisté au poids du corps lors du redressement. Les jambes étaient liées pour éviter qu'il ne se débatte et gêne les bourreaux.

     

    Ceux-ci soulevaient patibulum et condamné pour déposer la mortaise de la traverse sur le tenon du montant. Ce dernier était pourvu d'une sedula, une pièce de bois en forme de corne et amovible, sur laquelle le supplicié était posé à califourchon afin de lui éviter de glisser lors de l'opération suivante.

    Les pieds étaient alors liés ou cloués. Et l'on enlevait la sedula. Sous le poids du corps, les jambes se laissaient aller et les bras s'étiraient. L'étirement des muscles pectoraux rendant impossible la respiration, le crucifié, pour reprendre de l'air, n'avait d'autre ressource que de prendre douloureusement appui sur les pieds afin d'essayer de se redresser. La mort survenait par asphyxie. 

     

    Alors, de quoi se sont inspirés les artistes qui au cours de l'histoire n'ont cessé de représenter des crucifixions ?

    Sûrement pas des évangiles qui ne donnent aucun détail. Tous les quatre se bornent à un simple : " Et ils le crucifièrent." Point.

     

    Par exemple, cette sedula ne fut jamais retenue par les artistes. A partir du VIe siècle, ils inventèrent le suppedaneum. Cette planchette ou petit piédestal qui servait d'inutile repose-pieds. A partir du XIIe siècle, cette planchette sera stylisée, dans les icônes byzantines, sous la forme d'une traverse inclinée. C'est elle qui est à l'origine de la croix "orthodoxe". 

    On peut aussi penser, que le T des Romains devint la croix chrétienne à cause

    du titulus -le célèbre INRI- que l'on plaçait au-dessus de la tête du crucifié.

    Quant aux clous dans les mains, c'est tellement plus pictogénique… Les stigmatisés devront revoir leur copie.

     

    Mais allez dire aux foules sentimentales que les artistes sont des farceurs et qu'ils jouent avec leurs pieds depuis des siècles…

    Au moins, les protestants et les musulmans ne connaissent pas ce problème d'imagerie. Un problème d'image, peut-être ? Mais ça, c'est une autre histoire.

     

     

    (1) Le Renaissance du Livre ; Tournai; 2001.

     

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    Version intégrale du texte sur : 

     

    http://books.google.be/books?id=9yg0zRbcleAC&pg=PA11&lpg=PA11&dq=christ+clous+crucifiction&source=bl&ots=rmkdAWDooo&sig=s37ehNNipCaafP2vYf-xkyDNryI&hl=fr&sa=X&ei=qTtZUYv5BayY0QXi54CwAQ&ved=0CHcQ6AEwCQ#v=onepage&q=christ%20clous%20crucifiction&f=false