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  • Infoxication alimentaire

    Scoop : le capitaine Igloo aurait découvert des traces d'hippocampe dans ses sticks "cent pour cent pur fish". 

     

    Rumeur ou infox ? Infox. Non. Non. C'est pas une fôte.

    Une infoxication alimentaire. Ça vient de sortir.

    Le consommateur n'en meurt point. Quant à sa confiance, à l'immunité déjà bien déficiente, on verra ce qu'il en reste…

     

    Il y aura toujours l'emballage et ce qu'il contient. 

    Et question dorure de pilule, les hommes cupides savent y faire.

     

    Dommage qu'on n'ait pas procédé à des tests de dégustation de toutes ces lasagnes sorties du même atelier grand-ducal, et ensuite parées des couleurs à l'image des marques Findus, Picard, Auchan, Monoprix et Carrefour. Sûr que l'émotivité, subjective comme elle se doit, des foules sentimentales y aurait trouvé des différences gustatives évidentes. 

    Sûr aussi que personne n'aurait détecté une vache landaise au départ du Quinté Plus.

    Normal : du moment qu'il y a un jockey dessus, ça ne peut-être qu'un cheval.

     

    Infoxication alimentaire. 

    Comme dans la pub télé où le chef Knorr fait archicuire un super roastbeef pour en extraire le jus de cuisson dont il fait - passe-passe en vitesse sous son tablier blanc - un cube de concentré qu'il ajoute illico presto à ses légumes dans la casserole d'à côté. Repassez au ralenti, analysez, réfléchissez. Voyez pas un truc qui cloche ? Non ? 

    Et encore le même chef qui fait venir sa mémé en cuisine pour lui faire goûter une soupe en boîte "Les secrets de grand-mère" et recevoir le petit-filial bisou de félicitations. Arrêt sur image : donc, dans la cuisine d'un grand resto un chef met en boîte la soupe de sa grand-mère puis il ouvre ladite boîte pour faire goûter la soupe à la même grand-mère… Tordu ? Non ?

     

    À force de brouiller les pistes pour " faire croire que ", 

    les publicites transforment les publivores en merdivores potentiels. 

    À force de tout gober en image, certains mammifères omnivores, mais néanmoins humains, sont prêts à croire tout ce qu'on veut leur faire avaler. Et même à  dire que c'est bon. Et qu'ils aiment ça.

    Ils achètent l'emballage sans lire l'étiquette.

    Pas le temps.  " Qu'est-ce qu'il y a pour souper ? - Va voir au surgé ! "

     

    Les braves gens aiment les beaux habillages. Surtout s'ils les voient photoshopés à la télé.

    Ils achètent une idée en boîte. Une promesse de repas gastro sur papier glacé. Un clone de pseudo-parfum d'enfance sur une nappe à carreaux. Une impression de savoir-faire traditionnel jalousement gardé pour être dilapidé en grande-surface. Une idée de convivialité surgelée. Une atmosphère qui ne doit sa chaleur qu'aux watts du micro-ondes. 

     

    Et les braves gens, quelque part, le savent qu'on se fout de leur gueule. Mais ils se sentent obligés de jouer le jeu. Par facilité. " L'esprit critique ? - Au surgé aussi ! "

     

    Et quand, par hasard, ils lisent " 100 % bio " sur un emballage de légumes, ils en arrivent à croire que ce sont des couillonnades, comme le reste.

     

    Et quand, l'autre jour au Colruyt de Marbais, je jette un coup d'oeil à l'étiquette d'un paquet d'américain préparé. Et qu'on y indique clairement " viande de porc", sans  aucune mention de " boeuf ". Et que la gentille dame en blanc de la boucherie me répond : " Non, non. Ce n'est pas une erreur. L'américain préparé, c'est du porc. C'est le "filet américain" qui est fait avec du boeuf ! "

    Je connais des tænias qui en sont morts de rire. Solitaires dans un coin d'intestin grêle.

     

    Les braves gens aiment les beaux emballages. 

    En politique aussi. Hélas.

    "Pour qui je vais voter ? - Va voir la télé !"

     

    Et les merchandisers politiques emballent leurs idées pour mieux les faire passer.

     

    On croit le boniment d'un clown séparatiste qui jongle avec les médias. On fait ses provisions de waterzooi N-VA, et on s'étonne de l'odeur quand on commence à  réchauffer.

    On salive en  achetant des lasagnes "Come a Vaticano". Et on s'étonne que Benoit, le chef seize étoiles, veuille qu'on enlève sa photo de "Monsieur tout blanc" de l'emballage. Parce que lui, il n'a plus besoin de lire l'étiquette pour savoir que le contenu n'est pas très catholique. Parce qu'il est temps pour lui de se refaire une virginité, le temps d'une " courageuse " démission.

    On supporte Israël contre les Arabes parce qu'il est écrit " Terre sainte " sur le sachet.

    On fait confiance à ces barbus, rasés le temps d'une campagne de séduction. Ceux qui emballent de " vert-j'espère " les printemps arabes pour mieux masquer l'islamisme caché entre les couches opaques de pâte démocratique. En oubliant de lire le conseil imprimé en petit sur le paquet :

    " Ne jamais recongeler une jeune démocratie après dégel sous peine de guerres intestines. "

    Et, très près de nous, tout un pays se prépare à une nouvelle indigestion de cannellonis Berlusconi.

    Parce que c'est tellement bien emballé que ça a l'air facile à digérer.

    Parce qu'un faux chef d'opérette au visage hyperlifté de momie télévisuelle 

    sourit sous une toque blanche. Roulant dans la farine ses vieux tuyaux pourris de bateleur usé.

     

     

    Parce qu'il y aura toujours  de ces abuseurs des masses. Amuseurs de ducasses. Madrés roublards impénitents. Cupides de pouvoir, de cul et d'écus?

    Parce qu'il y aura toujours des foules pour s'emballer avant de se laisser voluptueusement emballer. 

    Emballage, quand tu nous tiens… 

     
  • All Inclusive

    L'Airbus de Thomas Cook en provenance de Bruxelles

    s'est posé à Marsa Alam. Bien plus au sud de la déjà bonne vieille Hurgada trop envahie par les hordes cosaques post-gorbatchevniennes.

     

    Les passagers "sérieux" à destination de Louxor restent à bord.

    Des hiéroglyphes plein les yeux.

    Considérant d'un petit air supérieur ceux qui quittent le navire.

    Ces futurs ex-cachets d'aspirine impatients de profiter d'un " all inclusive " dans une des stations de la dernière née des régions balnéaires de la mer Rouge. 

    Ces frustrés de soleil, prêts à dégainer le kit "palmes-masque-tuba" acheté la veille chez Decatlon.

    Ces Belges, ternis par les mauvaises nouvelles et transis par un hiver humide, qui ont sauté à griffes jointes sur un "last minute" prometteur de soleil,

    de "nietsdoen" (farniente) et d'oubli.

    Ces Belges prêts à affronter les Russes, Ukrainiens, Tchèques, Italiens et autres Germains lors de l'assaut tri-quotidien des buffets, où les plats changent plus souvent de noms que de goûts.

    Ces Belges qui sont encore attablés quand le JT de Véronique Barbier

    passe, avec une heure de décalage, sur TV5Monde. 

    " Etat d'urgence à Port-Saïd et au Caire…" 

    Ici, c'est couvre-feu dès 21 heures. Sauf pour les fans juvéniles et russes d'une discothèque quasi-déserte pour cause de troisième âge fatigué

    par une journée de plage et de grand vent.

     

    Le personnel égyptien râle de voir l'hôtel à moitié vide. Mais personne ne parle des émeutes de la place Tahir ou de Port-Saïd.

    Email (diminutif d'Emmanuel en copte), un des maîtres d'hôtel, surveille le petit personnel comme si sa vie en dépendait. Les serveurs rigolent dans toutes les langues. Portant les plateaux chargés de bières et de godets de gros rouge "Pharaon". " All In " oblige.

    Quelques mères égyptiennes, en foulard et perdues dans la masse, surveillent le repas de leur nichée en vacances. Pendant que leurs mâles fument une chicha à la terrasse.

    Notre "homme de chambre" exhibe ostensiblement son badge doré en souriant de toutes ses dents. Il s'appelle Mohamed Morsy (sic). Certains vacanciers ne font même pas le rapprochement. Le Caire, c'est tellement loin.

     

    A midi, au bar de la piscine chauffée à 28°, un septuagénaire allemand excite le barman égyptien en lui montrant les femmes à poil de son magazine Auto Bild. 

    Un Russe bodybuildé pose, face au soleil, en se tapotant les muscles. Gardien du temple du rosé à gogo. Ou à gogos. C'est selon. 

    Une jeune Ukrainienne insiste vivement auprès d'un maître-nageur : " Non !  Je pas être Russe ! "

    Quatre italiennes, en polairs à capuches, frissonnent en tétant leurs malboros. 

    Un vieux Wallon lit les "Chroniques de la haine ordinaire" un karkadé glacé à portée de sourire. 

    A deux transats de lui, un Flamand rouge, exécute page après page son recueil de mots fléchés.

    Une Hollandaise, seule, joue au solitaire sur sa tablette.

    Plus loin, un sexagénaire Tchèque attend que sa madame revienne avec les dernières des dix bières de matinée. 

    Sur la télé des chambres, Al Djazeera occupe le canal 28. Mais tout ce petit monde s'en fiche.

     

    Au resto de la plage, les hamburgers " pur boeuf " ont un goût de mouton, les verres à eau un arrière-goût d'ouzo ou de raki, le whisky un goût de brandy, le rosé un goût de trop peu et les babouchkas une manque de goût certain. Une tourterelle peu farouche picore des frites dans une assiette oubliée.

     

    Sur le sable, les masseurs du "spa" racolent. Le chamelier en anorak aussi. Les animateurs à ressorts tentent de réveiller les corps rouillés de ces misanthropes à la petite semaine. Vieux corps bronzés claquemurés derrière les paravents de rotin.

     

    A une centaine de mètres à pied du rivage, quelques idéalistes se laissent flotter

    au-dessus du récif. Petits Coustaud du dimanche, inlassablement admiratifs devant le va-et-vient de la poiscaille exotique qui sarabande silencieusement ou frétilleusement devant leur hublot portatif en verre trempé. Le bonheur à un euro cinquante. Le monde du silence à vingt mille lieues sous les merdes du monde.

     

     

    Et l'Egypte dans tout ça… ? 

    Elle se bat pour ou contre sa liberté. Loin là-bas. Loin de la mer turquoise

    et des poissons fluos. 

    Ici, c'est d'une autre liberté qu'il s'agit. Loin de la foule déchaînée.

    Une liberté âprement gagnée pas des années de labeurs belgicains, germains ou bataves. Ou nouvellement acquise par les rejetons roublissimés du communisme déçu.

    Une liberté " Last minute all inclusive ". 

    " Last paradise all in et win for life ! Tout le monde descend !" .