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Comme ça, en passant...

  • Vingt-et-un septembre

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    L’automne
    A posé sa tête arsouille
    Bientôt rouille
    Sur mon épaule
    Il a enfoncé
    Son nez glacé
    A l’orée de mon col déjà roulé
    A la recherche d’un coin de peau
    A faire frissonner
    Un coin de peau
    Encore basané
    Qui essaie de se souvenir
    De la brûlure de l’été
    Et qui déjà
    S’en fait une raison
    En rêvant de Sicile
    Où les rayons
    Toujours brûlants
    Poussent encore le touriste
    Vers des terrasses d’ombre
    Là où il peut
    S'illusionner de fraîcheur
    Et rêver tout son soûl
    A l’automne
    Qui fait déjà frissonner
    Là-haut
    Bien au nord
    Le froid pays
    Qui est le sien

     

  • Brumaille

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    (Idel Ianchelevici; La Louvière)

     

    Meuse immobile
    Qui laisse aux peluches de brume
    Le soin de caresser
    Son ventre étalé,
    métallique
    Juste hérissé de quelques bernaches
    Indifférentes
    Aux frissons d’un air
    presque piquant
    Qui oublie doucement
    Qu’il fut touffeur étouffante
    Le bouchon fluo
    Au bout de la ligne
    Du pêcheur pensif
    Ose à peine danser
    Disque blanc
    Parfait
    Au-dessus de la mêlée
    Le soleil dessine doucement
    Les crêtes de l’Ardenne condruzienne
    Nous sommes sur le versant
    De l’an qui glisse vers l’automne
    Les boules blanches
    De la symphorine
    Petits pétards gratuits
    De la rentrée des classes
    N’intéressent plus les gamins motorisés
    Le premier marron a rebondi
    Sur le chemin du parc
    Frôlant l’épaule voûtée
    D’un solitaire distrait
    En route vers quelque part
    Les jardins sentent la pomme
    Mon cœur déjà l’automne.

     

     

  • Le déficit du doute

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    A.F.S.C.A. : Attention Fipronil Sous Coquile Avenante

    Ces derniers jours, un peu plus que les autres peut-être, je tente de me rassurer en cochant les rares certitudes qui me permettent d’avancer dans la vie. Du style « je n’aurai jamais tous les jours vingt ans », ou « je ne serai jamais Félicien Rops, ni Albert Londres, Gaston Roelandts (ça c’est pour emmerder les jeunes !) et encore moins Che Guevara », toutes ces places étant déjà occupées…

    La seule chose dont je sois aussi à peu près sûr, et quasiment certain, c’est que les œufs sortent du trou de balle des poules.
    Pour le reste, … les questions se pressent tout en bousculant ma confiance déjà bien branlante. Lisez « ébranlée », petits filous…

    Vivre plus longtemps en bonne santé ne coûte-t-il pas plus cher à la sécu que mourir plus jeune de malbouffe ?

    Qui vole un œuf industriel, vole-t-il un bœuf bio ?

    Le bar de ligne (donc sauvage) qui grille sur ma plancha n’a-t-il pas été pêché près d’un élevage pollué de saumons mous ?

    Si je cuis un œuf contaminé dans une fausse poêle Téfal ® avec de l’huile de palme non équitable et une tranche de jambon d’Ardennes flamandes ai-je plus de risque de voir mon taux de mauvais cholestérol péter le plafond que si je mange un œuf bio frit au beurre de la ferme d’à côté avec du jambon de Piétrain certifié bio de chez  bio ?

    D’ailleurs, comme dit mon voisin, « A part le prix, qu’est-ce qui te prouve que c’est bio ? ».

    Et les bilans énergétiques sur les produits alimentaires ? Qui me prouve que mon yaourt édulcoré fait vraiment 56 Kcal aux 100 g ? Qui me dit que le gars qui calcule ça ne s’est pas trompé d’échantillon, ou n’a pas tapé sur la mauvaise touche de son clavier un vendredi à 17 h 29 et que, à cause de lui, je vais encore prendre 0,753 g de plus sur la balance demain matin à jeun ?

    Ce petit chimiste batave de mes deux becs Bunsen qui a introduit du Fipronil dans le pourougicide utilisé à l’insu de leur plein gré par des braves gens qui, la conscience tranquille, élèvent 100.000 poules dans leur jardin d’Eden… Ce fils de p…lanteur de tulipes et de tireur de caravane réunis a donc remis une couche de doute sur la tartine de Nutella ® de mes déjà pénibles incertitudes.

    Et de me perdre dans un océan pollué de conjectures industrielles…

    La viande de cheval roumain découverte dans les lasagnes Spanghero était-elle vraiment du cheval ?

    Dieu est-il bio ? Ben tiens, tant qu’on y est à nous faire croire n’importe quoi.

    Donald Trump n’est-il pas l’arrière-petit-fils caché d’Oliver Hardy ?
    Et n’aurait-il pas péché avec la femme de Kim Jong-il pour donner naissance à Kim Jong-un, ce qui expliquerait bien des inimitiés et des traits communs de caractère ?

    A quelle date l’homme est-il passé de l’âge du fer à celui du bronze ?

    Que se passe-t-il dans une boîte de saucisses TV Zwan ® la nuit qui suit la date de péremption ?

    J’en étais là quand Michelle m’a dit : « Tu sais, le Fipronil, ils ont découvert ça par hasard. C’est un producteur d’œufs qui a changé de labo. Il a envoyé ses œufs en Allemagne, là où la détection du Fipronil fait partie des routines d’analyses. Alors qu’en Belgique, il faut vraiment le chercher pour en trouver. Donc ma bonne dame… Ben oui, ben non on ne nous dit pas tout… Et ce qui est grave, ils ne nous disent pas tout parce que eux-mêmes ne savent pas encore tout.
    Allez, bon appétit ! Et comme disait mon médecin : « La vie est une maladie mortelle, de toutes façons tu n’en sortiras pas vivant ! »
    Rendez-vous au JT de 13 heures pour la suite des bonnes nouvelles !

  • Américain préparé.

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    Alors que ce sont eux qui ont le plus de succès, il n’y a jamais qu’un sandwich américain pour six au jambon et six au fromage ? Et quand, parfois, les sandwiches ne laissent pas deviner leur garniture, la collation prend des allures de tirage de lotto, … Avec les fouilles au corps que certains n’hésitent pas à pratiquer de leurs doigts gourmands et fureteurs. C’est souvent aussi le signal de rupture de glace entre des « invités » qui ne se connaissent pas… Une preuve de plus que ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers. Et cela fait des décennies que ça dure.

    Ben oui, je reviens d’un enterrement.
    Et d’un « après-enterrement », j’allais oser dire, n’en déplaise au défunt, « surtout d’un après-enterrement ».
    Parce que les sandwiches d’après l’enterrement, c’est surtout une affaire de vivants.
    Revenir à des funérailles dans son village natal, c’est comme tremper une tranche de pain rassis dans le grand bol intact du cacao chaud et odorant de son enfance.
    C’est se retrouver assis entre des dames à qui, adolescent, on n’aurait jamais oser dire autre chose que « Bonjour ! » ou « Bonsoir ! ». Le « grand-âge » (dort ?) réduisant les différences d’âges (justement) et de sexe… ainsi que certains interdits parentaux. Les filles avec les filles et les garçons avec les garçons !
    C’est là aussi que l’on remet les bons couvercles sur les bonnes casseroles des familles. Que l’on démêle les échevaux compliqués des relations. Que l’on trouve des réponses à de sombres questions qui ont hanté nos nuits… Que l’on découvre de belles personnes que nos timidités d’adolescents avaient mise à l’index.
    C’est là enfin qu’on se rend compte aussi que c’est d’abord Facebook qui nous avait permis de nous retrouver. Bien avant le faire-part funèbre. Utiles aussi les photos de profil qui évitent les désobligeants « Je ne t’aurais jamais reconnu ! ».
    Ah ! Oui ! On parle aussi un peu, quand même, de la vedette du jour et des bons moments partagés. Mais sans s’appesantir sur les derniers instants, tacitement, comme pour ne pas casser l’ambiance.

    « C’est dommage qu’il faille attendre un enterrement pour se revoir, mais bon… c’est la vie… ». Et personne, jamais personne, n’ajoute : « A la prochaine ! ». On ne sait jamais...

    Ben ouiche, c’est tout ça un enterrement. Après les souvenirs d’enfant de chœur dans l’église paroissiale où l’on se demande si le confessionnal a gardé l’odeur du cigarillo de Monsieur le curé Carlier, voici le cimetière où l’on profite de l’occasion pour voir comment se portent les tombes des siens. Des visages bienveillants ou toxiques passent un instant dans les mémoires… Inoffensifs, le temps, comme une pelletée de terre, rendant les morts presque tous fréquentables. 

    Et on finit toujours par se dire que, comme quoi, même si on n’est pas parmi les meilleurs, si on n’est que jambon, ou que fromage, on est quand même bien content de rester sur le plateau et de ne pas être partis les premiers…

     

  • Après l'enterrement...

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    Le sandwich au jambon d’après-enterrement avait un gout de non-dits. Celui au fromage aussi.
    Il est des êtres qui tuent des familles entières avec leur langue. En compensation d’avoir raté leur vie, ils distillent leurs poisons dans les alambics de leurs cerveaux aigris. Ils murissent lentement leurs élucubrations nocives en les ressassant, une Jupiler après l’autre, en prenant à témoin un public de comptoir. Et finissent par y croire.
    Tant et si bien que le vide se fait autour. Un vide de silences et de suspicions. Pour les autres, les stupéfactions, les incrédulités, les incompréhensions du début se laissent doucement contaminer par la haine acide qui ronge les derniers questionnements. Pour qu’un jour, chacun campe sur ses positions. Définitivement ?
    Il suffit parfois qu’une des victimes disparaisse pour que les liens brisés se renouent autour du cercueil. Laissant la vipère achever de se confire dans son bocal de fiel. Déconnectée. Incapable même de jouir du mal qu’elle a causé. Inconsciente. Définitivement.
    Mais certains espoirs de retrouvailles restent aussi brisés sur la dalle du cimetière. Les « si j’avais su », les « je n’ai pas osé », restent plantés dans le monticule de terre fraîche au milieu des fleurs déjà passées. Les rescapés, restent là. Désappointés, désabusés, mais coupables de s’être laissés manipuler sans avoir dépassé le mur de mensonges, de non-dits, de pas-vu, de pas-pris, que l’autre bâtissait lentement pour les séparer et les monter les uns contre les autres.
    Coupables ne ne pas s’être levés à temps pour dire à tous «C’est quoi ce bordel ? ». Mais la dynamique des familles est un étouffoir d’élans et un incubateur de médisances.
    Et les rescapés bernés n’ont plus alors, à défaut de certitudes, que des embrassades pour se consoler.
    Le sandwich d’après l’enterrement a surtout, et trop souvent, un goût de trop tard. Et une forte odeur de gâchis.

  • Bidoche ou poisson ?

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    Dimanche 23 avril :

    Chez les Sikotés, on déteste le poisson. Madame Sikotés va donc chez le boucher. Ce sera un magret rosé pour Benoit, un faux-filet à point pour François, une escalope pour Emmanuel et un steak-tartare bien rouge pour Jean-Luc. Les Tricolo-Bontain, eux, préfèrent de loin le poisson. Chez le mareyeur de Madame Tricolo-Bontain l’encornet décongelé est en promo. Ce sera donc encornet armoricaine pour tout le monde.

    Dimanche 7 mai :

    Madame Sikotés arrive chez le boucher mais il n’y a plus que de l’escalope ! Résultat Jean-Luc, François et Benoit vont encore râler… Mais ce sera escalope ou rien ! On va pas passer au poisson quand même ! N’auront qu’à faire avec.
    Chez son poissonnier, Madame Tricolo-Bontain tire la tronche. Encore de l’encornet ! qui vont dire… Ben ouiche, mais dimanche passé ils ont adoré, alors, on remet ça ! Espérons que la bestiole céphalopode ne goûte pas trop l’escalope… Et s’ils râlent trop, en juin je leur fais des tripes ! Chiche ?

    Lundi 8 mai :

    Chacun aura sûrement encore un peu faim et tirera la tronche sauf peut-être Emmanuel, repus et souriant aux anges... Désormais, et pendant cinq ans, ce sera vraisemblablement escalope à tous les repas. Et pour tout le monde !


    Ah ! Oui ! Ce lundi, c’est aussi l’anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. Mais bon, ça c’est tous les ans depuis quarante-cinq.


    (Jean-Charles Perrault de La Fontaine)

  • Le premier "Mais"

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    Le premier « Mais »

    Tout commence avec « Areu ! »
    Ou « Areu ! Areu ! » chez les plus bavards.
    Ensuite « Pappp-a » et "Mammm-an"
    Et puis, beaucoup de « Non », « Nan » ou équivalents temps plein.
    Et, enfin, le « Oui »
    Le plus dur à sortir
    Le premier « Mais » se produit généralement
    juste après
    En fait, il s’agit plutôt d’un premier « Oui, mais ! »
    Le « Oui mais », ou, plus grave, le « Oui, ………. mais »
    Celui qui te laisse croire que c’est arrivé … mais que… c’est pas encore gagné
    « Je t’aime… mais… »
    « Je veux bien te filer un coup de main… mais »
    « Je t’appellerais bien plus souvent… mais »
    L’amour, l’amitié sans mais
    Le « Oui » seul, sans surprise, sans arrière-pensée, sans échappatoire, …
    La capitulation sans conditions

    Le « Oui » dernier prix
    Le « Oui » tout de suite, sans réfléchir…
    Pas le «Oui, mais » qui te donne envie d’un « Premier joint »…

  • Grisaille

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    La nuit avait laissé trainer son crayon
    Frissonnant
    Le matin s’en est emparé
    Il a ôté le bleu du ciel
    L’orangé des toits
    Et le rose des briques
    Tremblotant
    Il a hachuré le vert salade qui
    poussait sur les branches
    Et estompé les mots joyeux
    des chansons des oiseaux
    Son haleine a voilé mon cœur
    d’une buée infinie
    Il a regardé le papier
    Puis s’est ravisé
    Il a cherché la gomme
    Mais le mal était fait
    Il a cherché la gomme
    Mais n’est pas revenu
    Le vent
    Complice endormi
    N’a rien dit
    Et sur l’étain poli du fleuve
    Glisse un oiseau blanc
    Seul signe de vie
    Dans ce paysage
    De papier sale
    Infusion d’encre de chine
    Qui attend la pluie
    Perfusé de thé gris
    Mon cœur
    S’est assis
    Pour attendre le soir
    Pour qu’il dise à la nuit
    De ranger son crayon
    Avant de s’en aller
    Afin que le matin
    N’aie rien plus rien sous la main
    Pour griffonner demain

     

     

  • Parenthèses de bonheur

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    Les forces occultes qui nous gouvernent ne sont ni en enfer ni au paradis, elles sont dans les banques et les cénacles politico-financiers.
    Elles résident aussi dans l'obscurantisme (entretenu) des électeurs.
    Les Trumps, Orban, et autres Erdogan, ne sont pas des putschistes. Ils ont été démocratiquement élus.
    Ce qui veut dire, plus qu'hier encore, qu'il ne faut plus faire confiance aux peuples pour savoir ce qui est (ou pas) bon pour eux. 
    Les puissances  qui nous gouvernent ne sont pas occultes, mais identifiées autant qu'inaccessibles. Et ce ne sont pas les frétillements des campagnes électorales, ni les résultats des scrutins, qui vont fondamentalement changer la donne. 
    En choisissant parmi les solutions extrêmes qu'on lui  présente le citoyen opte pour un hypothétique meilleur. Dans ce cas, c'est une part de sa liberté qu'il joue à pile ou face. Rien n'étant moins sûr que l'incertain. Et s'il choisit un parti plus soft, il vote  pour la certitude d'une continuation de ses frustrations.
    Libre à l'homme d'adhérer à une religion pour l'aider à supporter tout ça.
    Ou, pour celui qui ne croit pas en l'existence d'une puissance supérieure extra-terrestre ou de divins envoyés spéciaux venus d'ailleurs, libre à lui de se créer des parenthèses du supportable. 
    Changer toute la société est impossible. Il y aura toujours des profiteurs qui embobineront des électeurs pour satisfaire "majoritairement" leurs ego. Bien loin de l'intérêt général.
    Aux hommes libres de se constituer des ilots de liberté, à l'abri des anti-cyclones de la réalpolitique du tout à l'économique et du bénéfice à court terme.
    Et ces hommes-là existent. Leur simple combat est de vivre autrement. Rattachés à la société par un minimum vital. Société à laquelle ils participent et contribuent  solidairement, se réservant une "double nationalité" salvatrice entre leur écosystème librement créé et la matrice globale à laquelle ils ne peuvent matériellement renoncer.
    Schizophrènes ? Certes, un peu.
    Mais leur bonheur, leur sérénité et leur équilibre est à ce prix.
    Les écologistes ont voulu d'abord changer le système de l'extérieur, puis de l'intérieur.
    Leur combat plein d'espoir se poursuit, entre le mépris supérieur des élites économico-financières (et finassières) qui brandissent le plein emploi, le chaos et la misère à chaque proposition d'avancée écologico-humaniste, d'une part, et les quolibets agacés de ceux qui veulent un air pur sans changer leurs habitudes, d'autre part. 
    Leur idéal et leur courage pèse souvent peu face à l'obscurantisme de ces majorités de moins en moins silencieuses. Mais leur "maladie" de l'esprit est contagieuse.
    Pour vivre positivement il faut à l'homme libre "cancériser" le monde à coups de petites métastases oxygénantes (gênantes ?). Lesquelles, loin de s'attaquer au grand corps sociétal malade, vont créer des cellules de vie immunisée où il sera possible de s'épanouir autrement que par la compétitivité. 
    Par une activation volontariste des propensions naturelles au bonheur. 
    Propensions naturelles à la création désintéressée, individuelle ou collective, à l'initiation à la culture, ... A l'amitié, la famille, le bénévolat, l'art de vivre ensemble, la méditation, le soin de soi par une alimentation raisonnée...
    Des propensions que la paresse légitime engendrée par le travail et ses conditions vient sans cesse contrarier. Aidée en cela par l'engourdissement de l'esprit, cultivé par l'action soporifique de certains médias de masse, propriétés des pseudo-forces obscures dont question plus haut.
    Loin du parasitisme, puisqu'ils payent leurs impôts, ces schizophrènes du bonheur osent sauter du train fou de l'abrutissement. Juste le temps  de récupérer les forces nécessaires  à supporter le stress  de la compétitivité à outrance et du burn-out réunis qu'on leur impose à l'extérieur.
    Sans cracher dans la grande soupière, ils font bol à part.
    Il faut arrêter de croire aux spectres que les politiques traditionnels (et leurs sponsors) agitent sans cesse : sécurité et plein emploi.
    Ils (et nous, et nos parents aussi) ont doucettement, et bien involontairement (pour certains), créé les conditions de cette insécurité généralisée. Faite de mondialisation et d'insatisfaction planétaire. Faisant du bien-être matériel dont nous jouissons un appât pour les moins favorisés. Et il nous faudra nous habituer à vivre avec. Si cela n'est déjà fait.
    Le plein emploi et les technologies de pointe, et l'automatisation qu'elles entrainent, ne feront jamais lit commun.
    Le chômage deviendra une profession reconnue. Il faut s'en  faire une raison, sans juger, ni condamner. Comme les migrations. Sans juger ni condamner. 
    Si la société, et ceux qui travaillent, sont devenus incapables de fournir du travail à tous, il faudra bien un jour passer par le revenu universel, ou quelque chose de semblable, pour éviter les guerres civiles et les marginalisations outrageantes et frustrantes. Ce qu'on appelait le progrès, destiné à sauver les humains, est devenu un poison universel. Mais l'antidote existe. Et il est individuel.
    On ne changera cette société du progrès qu'en s'y adaptant.
    En douceur, parallèlement. Volontairement.
  • Météo fluviale

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    Le poète trace le profil de ses sentiments avec le pinceau de son cœur et les couleurs de ses mots.
    Il travaille en musique aux sons acides des voyelles vertes et des consonnes, sonnent sonnent, sourdes ou vibrantes.
    Son dessin se lit de gauche à droite et de haut en bas.
    Son tableau se lit tout bas pour ne pas déranger la résonance des voix intérieures qui mettent « a capella » ses rimes en musique.
    Ce qu’il dessine importe peu, ce qu’il chante ne compte pas. Seuls comptent les échos que ses mots et ses sons produisent sur le diapason de l’âme.

    IMG_1723.jpgCe matin, le fleuve qu’il regarde ne réfléchit qu’un ciel d’ardoise et les visages tristes des maisons en attente de bruine.
    Le fleuve qui ne réfléchit pas, et qui avance.
    Dont la vie n’a qu’un sens.
    Avaler.
    Répondre à l’appel de la mer, lointaine.
    Comme les anguilles répondent à celui de celle des Sargasses.
    Encore plus lointaines.
    Le temps du fleuve n’est pas celui des hommes. Ni des anguilles.
    Les humains  pestant dans le bouchon qui s’est formé au rond-point du pont des Ardennes.
    Les humains qui courent au boulot, immobiles au volant.
    Les humains qui courent dans tous les sens pour en donner un à leur vie.
    Sur le RAVeL, un chien tire son propriétaire mal éveillé vers un informel urinoir. Ils s’arrêtent. Le maître libère l’animal pressé. Il file au pied d’un magnolia qui entrouvre déjà la coupe de ses fleurs mauves.
    Le temps d’une crotte, l’homme a regardé l’eau. Mouvante. Perdu dans ses pensées et dans l’illusion d’avoir arrêté le temps.
    Une première péniche a troublé le fleuve, indifférent et noyé dans ses réflexions de façades. Brisant le miroir lisse où le ciel se refaisait une griseur, et dérangeant des pensées que l’homme voulait sereines.
    Les temps se sont entrechoqués.
    Le temps de la péniche contrecourante. Pressée par un marinier obsédé par l’idée d’une bassinée imminente.
    Le temps du fleuve, avalant, métronomiquement réglé par l’éclusier et ses ventelles. Imperturbablement nonchalant.
    Le temps du chien. Enfin soulagé et passant sans remord à autre chose.
    Le temps des hommes. Bloqué sur le pont.
    Le temps du maître du chien. Illusoirement maître de son temps. Rêvotant, la laisse pendante au bout du bras.
    Le temps du poète conjuguant à tous les temps.
    Les mille temps de la valse du temps.